SUR L INCERTITUDE DES SCIENCES ELEVEES ET DES SYSTEMES
C'est, de mon charmant hermitage.
Mon cher Caylus , que je t'écris.
Sans toi, je serais assez sage Pour n'y point regretter Paris.
(i) BuMy-Rabutin , évéque deLoçon, venait de mourir.
^46 iPITRES.
L'amour et la philosophie , Serrant la chaîne qui nous lie, Nous occupent dans ce séjour ; LW a quelques moments du jour, Et l'autre a toute notre vie.
Raisonnant en enfant gâté ,
Là mon cœur jamais ne murmure
Contre un désir qui l'a flatté 2
Toujours soumis à la nature,
Je conserve ma liberté,
Entre la riante imposture
Et l'apparente yérité.
Vérité! point imaginaire, Dont l'orgueil nous rend si jaloux; Pour toi, nous sortons loin de nous, Sans que ton flambeau nous éclaire; Et nous n'avons sur le vulgaire Que le don d'être un peu plus fous.
Croyons Socrate : à l'évidence En v^in le^ mortels ont recours ; ' Uans le doute et l'insuffisance Destinés à passer nos jours , Contentons-nous de l'apparence.
Le monde, après son plus long jour, Sera toujours dans son enfance.
Trop taibles pour rien établir, Toujours assez forts pour détruire, En nous efforçant d'ennoblir
ÉPItRES. »47
L*instinct qui sert à nous conduire ,
Nous ne faisons que l'affaiblir.
Distraits , séparés de nous-mêmes ,
Suivant l'imagination,
Nous nous quittons pour des problèmes ,
Vérités de convention ,
Ou fondés sur )a fiction.
Regardez déployer les ailes D un astronome audacieux :
Mortels, par des routes nouvelles, Suivez-moi , dit-il, dans les cieux ; Je connais leurs lois , leurs distances , Leurs orbes, leur attraction; JTai calculé dans mes balances Leur poids, leur gravitation.
L'autre vous dit : De la nature Je connais la cause, Teflet :
Lorsqu'elle veut se rendre obscure , Je sais la prendre sur le fait.
C'est ainsi que, dans son délire, Tout homme aime à s'entretenir ; Lui qui ne peut se définir Réalise ce qu'il désire.
Eh ! comment cet être fini Pourrait-il mesurer l'espace.
Où tout d'un pouvoir infini A reçu son ordre et sa place ?
Voyons queb sont les instrumenta Dont il se sert pour s'en instruire,
Sl48 ^ ÉPITRES.
Quoi ! peut-il compter sur des sens Qu'un rien abuse, ou peut détruire?
Et quand il se laisse séduire.
Ah ! quels fragiles fondements !
A nos faibles intelligences Rien de certain n'est apparu :
Le cercle de nos connaissances Depuis long-temps est parcouru ; Et tout bas je vous dirais même :
De Newton la sublimité , De René la fécondité , Dans un fol amour du système N ont prouvé que leur vanité.
Tourbillons, subtile matière,
Vide , atomes , attraction ,
Espace, gravitation,
Elément pur de la lumière,
Tout est d'antique invention ;
Et Démocrite, et Pythagore,
Imaginèrent autrefois
Ce que le bel esprit adore ,
Et nous donne aujourd'hui pour lois.
Moi , je compare ces chimères Dont on veut éblouir nos yeux, A l'obscurité des mystères Dont la faiblesse de nos pères Remplit le cidte des feux dieux.
Toujours ami du merveilleux.
L'homme se repaît de mensonges ;
Il révère ses propres songes , Et leur donne un air spécieux.
Ne nous lasserons-nous jamais De vouloir forcer la nature ?
Si tout nous borne à ses effets , Et nous cache sa source pure.
Consolons-nous; et sans murmure Sachons jouir de ses bienfaits.
Voltaire *** ! couple aimable , Si vous cherchez la vérité , Venez..., elle est à cette table, Où déjà le désordre aimable Mène en riant la volupté !
Quittez l'optique et les monades ; L amour et les folles ménades Vous appellent sur ce gazon:
Le plaisir, Taimable délire, Que leur présence nous inspire :
C'est la suffisante raison.
Abandonnez donc Tempyrée , Venez rejoindre Anacréon ; Il folâtre dans ce vallon Avec la jeunesse égarée , Qui vient écouter sa chanson , De pampre et de myrte parée.
De Richelieu suivons les pas;
l5o ÉPITRES.
Voyez-le , ainsi que Mëcénas , Quitter la cour pour la guinguette, Puffendorf pour TAloisia; Mainte altesse pour la grisette , Et Xénophon pour l'opéra.
Maître en Fun et l'autre langage, Vif ou profond , il passera Du vrai sublime au badinage , Et par les grâces séduira L'ami , la maîtresse et le sage , Que toujours il éclairera.
Et toi, pour qui la sympathie Agit à rinstant en mon cœur^ De la saine philosophie, Cher Gaylus, zélé défenseur^ Avec Duclos, avec Surgère, Lis donc ces vers, qui, pour te plaire, Sont bien Subies et bi^n diffus :
Mais les brûler , c'est un abus { Nul rims^illeur r^'a ce cpurage.
▲ MESDEMOISELLES DE SURGÈRE, ET d'aRMENONTII'LE-' ▲MELOT, NIÈCE DE M. DE BOMBARDE.
Recevez donc mon rabâchage , Jeunes beautés, filles d'amour; Vous , qui reçûtes en partage La simplicité du village, L'air noble et galant de la cour, L'esprit et la raison du sage.
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Heureux, et mille fois heureux, Quiconque peut entre vous deux, Passant les beaux jours de sa vie , De Tune toujours amoureux , Mériter l'autre pour amie.