A M. GRESSET
LA MÉtEMPSYCOSE DE CHAPELLE.
De Chapelle l'ombre badine Porta jusques aux sombres bords Cette humeur folle et libertine , Qui, pour le Tin et sa Corinne, Lui donnait de brillants accords.
Entre Chaulieu, Nolet^ La Fare , Aux pieds de l'aimable Ninon , Cette ombre , sur le même ton , Au-delà même du Tartare , Chantait mirdondaine et flon flon.
Quoi ! s'écria le noir Pluton , Est-ce encor ce benêt d*Orphée, Qui vient , par sa fade chanson , Redemander sa femme ? Non , Lui répondit tout TÉlysée; De celui-ci y gentil garçon , Un cabaret fut le Lignon , Et mainte catin fut FAstrée....
Lors , d'une mine rechignée, Le dieu des enfers l'appela :
Chapelle en chantant arriva , Tant badina, tant folâtra, Que tout l'enfer en murmura.
Quoi ! dit le dieu du noir empire , Il pourrait nous forcer à rire !
Per dio ! questo non sarà.
Sitôt des enfers il chassa L'ombre folle qui s'envola ; Dans Paris elle s'arrêta \ Pendant long-temps elle guetta Corps que nature façonna Pour chanter, boire, et cœtera, Tant qu'à la fin elle trouva Joyeux enfant , qui lors quitta Le triste habit de Loyola, Classes, sermons pour l'opéra.
Et la férule pour la lyre.
Sitôt elle s'en empara ; A ce jeune homme elle inspira Accords touchants, heureux délire, Qui chante tout ce qu'il désire, Et ne veut chanter que cela.
:ÉPiTRES. a57
L'ombre du triste saint Lazare,
Que jadis elle ayaif dépeint,
L'effarouche un temps ; elle craint >
Qu'un sort fatal ne la prépare
A ranimer un nouveau saint.
Mais, abandonnant sa retraite,
Moins séjour de dévotion
Que de la sombre affliction.
Jeune profès, de sa chambrette
Fait un saut et sort de prison
Entre les bras de la raison.
Non de cette raison cruelle
Qui veut , dans la belle saison ,
Tenir notre cœur en tutelle;
Cette vieille sempiternelle
Est l'humeur, et non la raison ;
Mais celle qui ne s'effarouche
Que du vice et de la noirceur ;
Qui porte toujours dans sa bouche
L'aimable langage du cœur ;
Qui s'occupe à faire sans cesse
Le bien de la société ;
Qui permet la douce paresse
Et l'innocente volupté ;
Qui donne à cette liberté,
Charme de la folle jeunesse,
Certain air de délicatesse ;
Qui, sans avoir trop de fierté,
Mais sans montrer trop de faiblesse,
Fait distinguer avec sagesse
Ce qui doit être respecté;
Qui porte enfin la vérité
OEuvres diverses. II. ï 7
58 iPITRES.
Jusque dans la plus folle ivresse,
Et dans les bras d'une maîtresse
Ferait respirer la gaîté
A la lente et triste vieillesse.
En ranimant avec adresse
Ce qui lui reste de santé :
Depuis trois mois , ta voix légère
Se plaît à chanter avec nous ;
Du grand Vert Vert te rend FHonière,
Et nous peint des traits les plus doux
Et tes amis et ta bergère.
Tes vers, du vrai ton fait pour plaire^
Brillent des feux de leur auteur,
Et font réloge de son cœur.
Avec toi je trouve dés charmes
A pleurer un illustre ami ;
Les muses, les grâces en larmes
Par toi s'expriment aujourd'hui :
Sans doute elles l'auraient suivi ,
N'est quà ta voix qui les rappelle,
Elles vont, d'une ardeur nouvelle,
Te servir aussi bien que lui.
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