‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 36 sur 123 · RÉPONSE DE M. GRESSET · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. GRESSET

Monsieur, je suis persuadé que vous ne doutez pas de rempresseiûeiit que j^ai de prendre ma revanche , et de répondre à votre lettre charmante.

EPITRES. a59

Mais comment écrire à Paris ?

Toujours le dieu des vers aima la solitude; Dans cet enchaînement d'amusements suivis,

De choses et de riens unis , Où trouver. le silence, où fuir la multitude?

Gomment être seul à Paris ?

Pour cueillir les lauriers et les fruits de Fétude

Aux premiers rayons du soleil, Je veux, dès son coucher, me livrer au sommeil : Je me dis chaque jour que la naissante Aurore Ne retrouvera pas mes yeux appesantis.

Dix fois je me le suis promis ,

Je promettrai dix fois encore :

Comment se coucher à Paris ?

On veut pourtant que je réponde Au badinage heureux d'une muse féconde ;

On croit que les vers sont des jeux , Et qu'on parle en courant le langage des dieux,

Gomme on persiffle ce bas monde.

Par les grâces, dit-on, si vos jours sont remplis. Par les muses du moins commencez vos journées : Oui, fort bien; mais est-il encor des matinées?

Gomment se lever à Paris ?

Des yeux fermés trop tard par le pesant Morphée

Sont-ils si promptement ouverts ?

De l'antre du sommeil passe-t-on chez Orphée , Et du néant de l'ame à l'essor des beaux* vers? N'importe cependant, malgré l'ombre profonde

Qui couvre mes yeux obscurcis,

a6o ÉPITRES.

Dès que je me reTeille, à peine encore au monde, Je m'arrange, je m'établis; Dans le silence et le mystère, Au coin d'un foyer solitaire Je me vois librement assis.

Le ciel s'ouvre : volons! Muse, oublions la terre; Je vais puiser au sein de l'immortalité, Ces vers faits par l'amour, ces présents du génie, Et faits pour enchanter par leur douce harmonie Les dieux de l'univers, l'esprit et la beauté* Enflammé d'une ardeur nouvelle.

Déjà je me crois dans les cieux; Déjà!... Mais quel profane à l'instant me rappelle Aux méprisables soins de ces terrestres lieux ! Quel insecte mortel vient m'arracher la rime! Ou , pour tout dire enfin sur un ton moins sublime ^ Bientôt mon cabinet est rempli de fâcheux. La brochure du jour, et mille autres pancartes,

Des vers , des lettres et des cartes , Viennent en même temps de différents endroits ;

Il faut y répondre à-la^fois ; Bientôt il faut sortir, l'heure est évanouie :

Muses , remporter vos crayons.

Dans l'histoire d'un jour voilà toute la vie;

Car vainement nous nous fuyons ; Jusqu en nos changements tout est monotonie ,

Et toujours nous nous répétons.

Or, sur cette image sincère,

Prononce5& , voyez si je puis Devenir diligent ou rester solitaire ?

Gomment donc rimer à Paris P

EPITAES. 261

J'espère cependant , monsieur , qu'avec la grâce du dieu des Francs-Maçons , l'autre réponse finira quelque jour. J'ai l'honneur, etc. etc.

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