A M. LE PELLETIER DE MORFONTAINE
Étant chez loi au château de Morfontaine.
Jardins délicieux , bosquets où la nature
Obéit sans regrets à l'art qui l'embellit ,
Vous m'offrez de Tempe les nymphes , la verdure ;
Et cette source qui jaillit ,
Et de roche en roche bondit , Me semble du Lignon l'onde amoureuse et pure, Qui dans ces prés fleuris vient pour s'ouvrir un lit ! Bosquets charmants ! les Mansards , les Lenôtres
Ne TOUS ont jamais compassés :
Un goût exquis vous a tracés ; On quittera toujours ses roses pour les vôtres.
C'est dans ces lieux... oui... je le sens...
C'est ici que la faulx du temps,
Malgré les glaces de mon âge, S'émousserait pour moi , respecterait mes sens : Ma muse formerait encor quelques accents ,
Et sans humeur, sans radotage.
J'approcherais de mes quatre-vingts ans.
O Pelletier ! je t'y rendrais hommage :
De ton esprit les agréments
Se répandent sur ton ouvrage ;
En riant tu sais être un sage ,
Tu dédaignes de maints pédants
L'air guindé, le froid persifBage,
Et dans Soissons, dans ton village, Un père, un bienfaiteur est avec ses enfants. J'amènerais Fanny; son rustique langage,
Son maintien , ses jeux innocents ,
Un petit reste d'air sauvage
Embelliraient ses dix-sept ans ,
Et plairaient à ces bonnes gens.
Si son modeste badinage De mes beaux jours passés me rappelait l'image ,
Si même encor de mon printemps
Il me donnait quelques moments.
J'en ferais un bien bon usage.
a'J2 ^PITRES.
A MADAME LA MARQUISE DE B
De ma chère électricité O rivale trop redoutable !
Pourquoi ne suis-je plus tenté De découvrir la vérité, Ou tout au moins le vraisemblable ?
Quel pouvoir me tient enchanté ?
Belle Eglé, vous faites renaître La douce espérance en mon cœur; Par la plus légère faveur Vous me donnez un nouvel être Et me rappelez au bonheur. Chère Eglé , je n'ai d existence Que celle que je tiens de vous...
Dans le Styx, par votre courroux...
Dans le néant, par votre absence...
Et dans TOlympe , à vos genoux.
G*est alors que, d'un vol rapide, Je suis votre esprit qui me guide , Je m'élève au plus haut des airs.
Éclairé par vos feux , j'embrasse Et l'immensité de l'espace , Et l'agent qui meut l'univers :
Sur les ailes de la pensée Quand vous désertez sagement^ Et démêle^ si finement
JÉPITRBS. 173
La réalité d une idée Des nuances dun sentiment, Par TOUS ma raison éclairée Apprend à juger sainement :
Si VOUS la voyez égarée.
L'esprit, les grâces, l'enjouement La rappellent si doucement, Que , de ce bonheur enivrée , Et d'un trait de feu pénétrée , Elle soumet son jugement.
Jamais Apollon ne m'inspire; Je crains ses savantes leçons :
Eglé seule accorde ma Ijre; Je lui dois les plus tendres sons.
Lorsque je vois sa main charmante Voltiger sur un clavecin , Et d'une ariette brillante Rendre par sa touche savante Les agréments et le dessin ; L'enchantement de l'harmonie.
Le feu qui brille dans ses jeux , Mieux que la céleste Uranie, Me donnent l'art et le génie Que m'avaient refusés les dieux.
L'amour est mon unique maître!... Eglé !... vous seule faites naître Mon goût et mes faibles talents :
Chère Eglé!... ce que je puis être Dépendra de vos sentiments :
Ah ! rendez mes progrès moins lents.
OEuttcs diveriet. II. I O
•J74 JÉPITRES.
Que votre feu brillant m'éclaire ^ Que le mien passe en votre cœur, Et , par Fexcès de mon bonheur, . Rendez-moi digne de vous plaire.