A LA MARQUISE DE MAUPEOU
MA FILLE, En lui donoant rAmadis de Gaule.
De TAmadis je te dois bien Thommage ,
Toi , dont je fus Tunique précepteur ;
Dieux ! qu'il m est doux de te voir à ton âge
Etre ma gloire et faire mon bonheur!
Oui, mon enfant! ton esprit enchanteur,
Ton goût exquis, veillèrent sur Touvrage;
Tu le parais souvent de quelque fleur.
En te peignant dans ma Briolanie,
On voit qu'aux mœurs de la chevalerie.
Qui des amours fut toujours Tâge d'or,
Je prétendais ramener Galaor.
Garde ce livre, et conserve les traces
De cette main qui te fit commencer
D'heureux essais avoués par les grâces ;
Car tu ne dois qu'à toi l'art de penser.
De cette faulx qui fait tout disparaître ,
Ma tête approche , et ne craint point les coups;
ÉPITRES. l'jS
Dans mes enfants je me suis vu renaître ; Du long sommeil ils me défendront tous. Du vieux Nestor , sans avoir la sagesse , J'espère bien atteindre les longs jours : Mais il me faut les plus riants secours. Je veux te voir et t'écouter sans cesse, Me promener sur les bords du Permesse ; Chemin faisant, rire avec les amours, Me rappeler avec toi leurs bons tours ; Aux plus jolis voler quelque caresse , Les amuser, et t'amuser toujours.
A MADAME DE***
Depuis trois ans la muse qui m'inspire,
A refusé de me dicter des vers.
Dieux ! quel pouvoir lui rend tout son délire f
Cruel amour ! est-ce toi que je sers ?
Aht sous tes lois, amant tendre et fidèle,
J'ai vu fleurir près de douze printemps ;
Plein d'une ardeur toujours vive et nouvelle.
Près de Chloé je retournais aux champs.
L'affreuse mort, en me séparant d'elle,
Au froid hiver , à la plainte éternelle ,
Semblait livrer le reste de mes ans.
De cet en&nt quelle est donc la puissance f Son feu renaît au milieu de mes pleurs ;
^'jd lÊPITRES.
Le cyprès tombe , il fait naître des fleurs, n me rappelle à la douce espérance....
Déjà mon cœur obéit à sa voix , Déjà ce cœur , tel qu'il fiit autrefois , Ne combat plus le charme qui Tentraîne^ Il se soumet à sa première chaîne.
Il ose encor vous demander des lois. ^
Les feux légers de la folle jeunesse M*ont loin de tous entraîné malgré moi ; Je n'étais point digne de votre foi ; De votre cœur vous n'étiez plus maîtresse.... Jaloux et fier je m éloignai de vous.... Tendre et soumis je tombe à vos genoux; Rien aujourd'hui ne manque à votre gloire : Sur l'inconstance et les mortels regrets Vous remportez une double victoire, Et dans mon cœur vous régnez à jamais.
A MADAME LA MARQUISE DE B*^
Charmante nyiliphe du Madon , Vous qui sur ces rives sauvages , Apportez les mœurs du Lignon , Et qui méritez les hommages D' Adamas et de Céladon ; Pendant votre cruelle absence ,
L'infortuné Tressanius
Voulait de ses amis en us
Ranimer la correspondance ;
Mais c'est à vous seule qu'il pense-
Dès l'instant qu'il ne vous voit plus.
Que tiens-je d'eux que je compare •
Au bonheur de vous écouter ?
Ils ne m'apprennent qu'à douter;
Sur leurs pas souvent je m'égare ,
Ou me plais à les réfuter :
Près de vous , mon ame enchantée-
Jouit du calme le plus doux,
Et ne veut plus avoir d'idée
Qu'elle ne la tienne de vous.-
La vîtes-vous jamais rebelle
A votre imagination ,
Qui, toujours brillante et nouvelle,.
Sait dans la moindre bagatelle
Porter la vie et l'action ,
Et de la folle fiction
Tirer une beauté réelle ?
Non , Eglé ! mais pour l'éclairer ,
Vous la troublâtes trop cette ame :
N'en parlons plus... Sans m'égarer.
Je veux qu'une si douce flamme
Ne serve plus qu'à ra'inspirer ; ^
Mais je vous dois quelques nouvelles »
Et ne vous parle que de moi.
Commençons... Hier en désaroi.
Dédaigneuses sans être belles ,
Sans chevaliers, sans palefroi, .
Vinrent les cousines du roi.
Chatun courut au-devant d'elles',
J*y suivis le
Ah ! qu'il fut grand !..• jargon , sourire, De lui, tout sut les amuser; De Tart de parler sans rien dire Avec grâce il sut abuser...
Mais... puis-je un seul instant médire, Puis-je conserver de Thumeur, Quand je me plais à vous écrire ; Vous à qui je ne voudrais dire Que ce qui se passe en mon cœur?
Revenez, charmantes princesses (i),
Effacer ces tristes altesses ,
Revenez parer ce séjour ,
Beauvau, Bouillon!... noms que lamour,
Les ans , les Français et la gloire
Ont consacrés du même jour
Où Ton commence notre histoire ;
Revenez orner notre cour ,
Et faire à la nuit la plus noire
Succéder les feux d*un beau jour.
Telle on voit la naissante aurore
Avec rétoile du matin ,
Dans rhorizon quelle colore
Effacer Tédat incertain
D une comète ou d*un phosphore ,
Et dans nos vergers faire éclore
La rose, le myrthe et le thym.
(i) Madame de Boufflers, née de Beauvau; et madame de Bean- ▼au , n^e de Bouillon.
ÉPITRBS. 379