‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 51 sur 123 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

SUR LE MALHEUa DE l'hOMHE ET SUE SES \EAIS BBSOIRS.

J'obéis à ta yoix, ô vérité sublime!

Seconde le feu qui m*anime;

A mes yeux obscurcis fais briller ton flambeau. .

Mortels qui m'écoutez, c'est elle qui m'inspire; Tremblez aux accents de ma lyre, Connaissez-vous dans ce tableau.

A peine cet enfant commence sa carrière ,

Qu'il est blessé par la lumièrç ; Ses yeux ne sont ouverts que pour verser des pleurs : Les cris, la nudité, les besoins, l'impuissance, Tout annonce que sa naissance Vient de commencer ses malheurs.

Cependant il s'élève, et le printemps de l'âge

Echauffe son jeune courage; Il reçoit dans son cœur l'audace et les désirs ; A la raison alors il impose silence ,

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Il perd son heureuse innocence ; En aveugle il vole aux plaisirji.

Mais , quels crim<es, grand Dieu ! quelle funeste image !

On déshonore votre ouvrage; Je vois de toutes parts des mortels furieux, Livrés aux sens trompeurs ; leur ame est assoupie;

Leiu*s blasphèmes, leurs voix impies

Osent s'élever jusqu'aux cieux.

Tonnez sur des ingrats, puissant Dieu de la guerre :

Ils ont bravé votre tonnerre ; Us ont rompu des vœux sacrés et solennels : Ciel!... que vois-je! ô clémence! ô grâces secourables !

Par vos feux, ces enfants coupables

Rentrent dans les bras étemels.

Mais déjà sur leurs sens l'hiver répand ses glaces ;

Les soucis volent sur leurs traces ; Ils n'ont plus à passer que des jours malheureux :

La mémoire, l'esprit, tout leur est infidèle ; Des liens d'une ame immortelle Chaque instant voit briser le$ nœuds.

Sans retour, sans espoir, l'imbécile vieillesse Traîne ses jours dans la mollesse ;

La parque impatiente obscurcit leur flambeau ;

Si quelquefois encor la raison étincelle , Elle s'étonne , elle chancelle Au lugubre aspect du tombeau.

Ah ! fuyons les humains : cette triste peinture Fait trop de honte à la nature ;

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Dans le fond des déserts allons cacher nos jours.

Mais , hélas ! à Terreur abandonner ses frères, Et fuir le foyer de ses pères Pour 1 affreux repaire des ours !

Non : la raison m'éclaire, elle parle à mon ame; Un plus noble dessein l'enflamme;

Sur mes premiers devoirs elle m'ouvre les yeux :

A la société je dois toute ma vie ; Ïj^ fuir, c'est une perfidie, La servir, c'est aiiner les dieux.

Que l'orphelin en moi trouve toujours un père !

' Touchons d'un repentir sincère Le cœur de ce mortel dans le crime abattu j Par l'immortalité consolons la vieillesse ; Conduisons l'aimable jeunesse Dans les routes de la vertu,

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