ODE
SUR LE MALHEUa DE l'hOMHE ET SUE SES \EAIS BBSOIRS.
J'obéis à ta yoix, ô vérité sublime!
Seconde le feu qui m*anime;
A mes yeux obscurcis fais briller ton flambeau. .
Mortels qui m'écoutez, c'est elle qui m'inspire; Tremblez aux accents de ma lyre, Connaissez-vous dans ce tableau.
A peine cet enfant commence sa carrière ,
Qu'il est blessé par la lumièrç ; Ses yeux ne sont ouverts que pour verser des pleurs : Les cris, la nudité, les besoins, l'impuissance, Tout annonce que sa naissance Vient de commencer ses malheurs.
Cependant il s'élève, et le printemps de l'âge
Echauffe son jeune courage; Il reçoit dans son cœur l'audace et les désirs ; A la raison alors il impose silence ,
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Il perd son heureuse innocence ; En aveugle il vole aux plaisirji.
Mais , quels crim<es, grand Dieu ! quelle funeste image !
On déshonore votre ouvrage; Je vois de toutes parts des mortels furieux, Livrés aux sens trompeurs ; leur ame est assoupie;
Leiu*s blasphèmes, leurs voix impies
Osent s'élever jusqu'aux cieux.
Tonnez sur des ingrats, puissant Dieu de la guerre :
Ils ont bravé votre tonnerre ; Us ont rompu des vœux sacrés et solennels : Ciel!... que vois-je! ô clémence! ô grâces secourables !
Par vos feux, ces enfants coupables
Rentrent dans les bras étemels.
Mais déjà sur leurs sens l'hiver répand ses glaces ;
Les soucis volent sur leurs traces ; Ils n'ont plus à passer que des jours malheureux :
La mémoire, l'esprit, tout leur est infidèle ; Des liens d'une ame immortelle Chaque instant voit briser le$ nœuds.
Sans retour, sans espoir, l'imbécile vieillesse Traîne ses jours dans la mollesse ;
La parque impatiente obscurcit leur flambeau ;
Si quelquefois encor la raison étincelle , Elle s'étonne , elle chancelle Au lugubre aspect du tombeau.
Ah ! fuyons les humains : cette triste peinture Fait trop de honte à la nature ;
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Dans le fond des déserts allons cacher nos jours.
Mais , hélas ! à Terreur abandonner ses frères, Et fuir le foyer de ses pères Pour 1 affreux repaire des ours !
Non : la raison m'éclaire, elle parle à mon ame; Un plus noble dessein l'enflamme;
Sur mes premiers devoirs elle m'ouvre les yeux :
A la société je dois toute ma vie ; Ïj^ fuir, c'est une perfidie, La servir, c'est aiiner les dieux.
Que l'orphelin en moi trouve toujours un père !
' Touchons d'un repentir sincère Le cœur de ce mortel dans le crime abattu j Par l'immortalité consolons la vieillesse ; Conduisons l'aimable jeunesse Dans les routes de la vertu,