DE L ORATOIRE
Qni m'avait écrit une lettre avec ce titre : Plaintes de la Nature i M. le comte de Tressan , au sajet de sod> qaémoire sur T^lectricité.
Ah, monsieur! deux mois de travail, bien des expériences et des recherches, bien des veilles, tout est effacé par un seul de vos songes.
Vous chantez rélectricité,
Vous avez assuré sa gloire.
De ce nouveau présent de la* divinité J*essayais vainement, dans un triste mémoire,
De prouver la réalité.
Dans ces jours d'incrédulité , Le tortueux dilemme , en la nuit la plus noire ,
Plonge Taimable vérité.
Non, je n'aurais jamais remporté la victoire ,
Si, chantant Télectricité ,
Vous n'aviez assuré sa gloire,
Qu'il m'est honorable, monsieur, que vous receviez mes idées! pourrais -je craindre encore pour mon système , lorsque je vois son principe et ses conséquences soutenus et ennoblis par
3lO I^PITIIES.
une muse qui rassemble tous les talents et les charmes de ses sœurs?
La vive imagination
A la justesse réunie,
Uélégante précision,
L'enchantement de Tharmonie
Et les traits hardis d'un crayon
Guidé par la main d'Uranie , Sont les ressorts puissants dont un brillant génie Se sert pour entraîner à la conviction.
Vous ne vous êtes pas borné, monsieur, à cette seule victoire : le portrait que vous me faites de la nature , ne me fait que trop sentir que je ne connaissais encore qu'imparfaitement ses véritables charmes; il est une beauté qui ne ma que trop souvent séduit : vous la peignez dans votre lettre ; elle est , sans doute , l'ouvrage de la divinité.
Hélas ! dans ma jeune saison ,
Privé d'une lu^^ière pure.
Sans principes certains exerçant ma raison , Lorsque je m'éveillais à la voix de Zenon , Mon esprit , rebuté d'une l^çou si dure ,
En appelait à la nature;
Et, d'une douce illusion
Recevant la séduction.
S'endormait avec Ëpicure. .
Que je rougis de l'ascendant Que prit sur moi cet invisible guide !
ÉPITRES. ifl
Mon coeur tendre et trop imprudent^ Sur la foi d*un fripon d enfant > S égara sur lès pas qu'Ovide Traça lorsqu'il était amant.
Que d'erreurs, que de contradictions et d'incertitudes se succédaient alors dans ma façon de penser! Trompé sans cesse par les ptDmesses des passions , le vrai bonheur fuyait loin de moi ; êg^^ lement séduit par une fausse philosophie, lors< que je faisais quelques efforts pour m'élever^ je cherchais dép secours dâiis les leçons d'Épictète et de Zéticm ; mais quelle force , quels secours pouvais -je espérer dé leurs principes? Ils ne portent point le caractère sublime de la vérité. Je retombais bientôt dans des chaînes plus étroites, plus dangereuses, en croyant y élre ramené par la raison.
Religion, lumière pure,
Seul recours des faibles mortels ^
Ce n est qu'au pied de tes autels
Qu'on doit consulter la nature.
En vain, d'un vol impétueux Le fier Stoïcien sur les ailes d'Icare S élevant dans les airs , se croit seul vertueux.
Un sentiment voluptueux.
Vient troubler son cœur et l'égaré ; Il retombe , il frémit , il cède à son vainqueur ; Il rougit du pouvoir qu'a sur lui la nature ;
Toujours lieitve, toujoiurs obscure^ Elle fuit à ses yeux, en soumettant son oœur.
3ia EPITRES.
C'est à vous 9 monsieur y c'est à M. Rable , que je devrai le bonheur de réfléchir dans ces moments où je jouis encore de la force de l'âge. Le souvenir du passé est humiliant; mais il ne faut point en être accablé. L'avenir est trop incertain, et, quand même ce temps nous serait donné, peut -on s'assurer de pouvoir en faire un bon usage ?
Hélas ! quand sur nos sens Thiver répand ses glaces ,
Les soucis volent sur nos traces , Et nous ne comptons plus que des jours malheureuse : La mémoire, l'esprit, tout devient infidèle;
Des liens d'une ame immortelle
Chaque instant voit briser les nœuds.
Sans retour, sans espoir, l'imbécile vieillesse
Passe ses jours dans la mollesse ; La parque impatiente obscurcit leur flambeau ^ Si quelquefois encor la raison étincelle ,
Elle s'étonne, elle chancelle .
Au lugubre aspect du tombeau.
Il faut donc profiter de la force de l'âge ;
Il faut donc rendre au créateur
Un tendre, un pur, un libre hommage j Il prépare, il attend celui de notre cœur. Dans un faible mortel quel titre de grandeur!
Il nous a faits à son image.
Voyons donc tout en lui , jouissons bien du don
Qu'il nous a fait de. la raison; Dieu! quelle ingratitude! avec ses propres armes Osons-nous attaquer un objet plein de charmes ?-
4pitr£s, 3i3
Enfants de la dilection, Pouvons-nous préférer les doutes ^ les alarmes ,
A la juste soumission?
O toi qui portes dans mon ame Cas rayons inconnus , Ces troubles renaissants y Achève, Dieu puissant, fais triompher ta flamme; Dans un torrent de feu viens épurer mes sens.