ODE
OuÈLS sons ! quelle clarté nouvelle Fait luire à mes yeux un beau jour !
Quelle est cette jeune immortelle Qui vient embellir ce séjour ?
Telle sur les bords du Scamandre , Anchise te voyait descendre, O Vénus j mère des plaisirs !
Telle, dans un bois solitaire, La sœur du dieu qui nous éclaire, Charme l'objet de ses désirs.
Je la reconnais au délire De ses agréables concerts :
C'est la muse qui, pour Thémire j Se plaît à me dicter des vers.
Pour charmer mon inquiétude, Elle vient, dans ma solitude,
3f8 ODE$.
M'itlftpirer de notrreaux accords :
Tous ses feux coulent dans ma veine.
Je m'élève ,... et de rHippocrène Déjà je reconnais les bords.
Tous les amants dont l'esclavage Fut illustré par leurs chansons , Se promènent sur ce rivage , D'Ovide écoutant les leçons.- Là j Tibule aux pieds de Délie Peint tous les charmes de la vie^ Et l'innocence des hameaux :
Properce y couronne Cynthie ; Et Catule de sa Lesbie Grave le nom sur les ormeaux.
J'entends la trompette éclatante Célébrer le fils de Thétis ; Taime à voir le vainqueur du Xanthe Esclave aux pieds de Briséis. Hésiode, en sa docte ivresse, S'élève au plus haut du Permesse , A la terre il donne des dieux; Dans ses chants , le divin Alcée Vole plus haut que Prométhée, Pour ravir la flamme des cieux.
O Vénus ! devenez sensible ; De Sapho recevez les pleurs :
Sur ce promontoire terrible, Elle court finir ses malheurs.
Conduisez l'amoureux Orphée
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Dans ces routes que 5uit Alphëe Pour arriver aux sombres bords;' Qu'il y suspende son supplice, Et qu'il dorre son Eurydice A la douceur de ses accords^
Près d'Apollon, je vois Pindare :
De l'ode il dicte les leçons ; Le beau désordre qui l'égaré Ne fait qu'animer ses ohansoiis.
Paies! viens écouter Virgile; n chante, aux genoux d'Amarilie^ Tes dpns ennoblis par sa voix :
Près d'Auguste il reprend sa lyre; Du fondateur d'un vaste empire Ses chants consacrent Ies< exploits.
En vain une troupe effrénée De satyriques fuiieux.
Veut, d'une haleine empcHsonnée, Infecter ces aimables lieux; Je vois sur eux la noire envie , Les vices et la calomnie, Secouer d'horribles serpents ; Pour eux Thalie inexorable Déteste une veine coupable , Qui déshonoi« ses talents.
Quelles sont les troupes riantes Qui m'attirent dans ce vallon ?,..
C'est Bacchus , suivi des Bacchantes , Et conduit par Anacréon.
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Les Satyres et les Dryades , Se joignant aux folles Ménades^ Frappent Therbe d un pied léger; De roses ils forment la chaîne Dont, en riant, le bon Silène^ Cherche en vain à se dégager^
A son secours sa voix appelle Sarrazin , La Fare et Ghaulieu i Ils accourent avec Chapelle ; Ils entourent le demi dieu :
L*un d'eux lui vole sa bouteille y L'autre d'une mûre vermeille Le barbouille d'un air badin ; Ninon lui présente son verre , L'agace d'une main légère^ Et Nolet lui verse du vin.
Marot chante sur la fougère Valois q\xi\ retrouve en ces lieux ; Sous les habits d'une bergère, On reconnaît le sang dés dieux^ Je vois les grâces attentives Caresser les muses naïves , Charmantes sous leurs vieux atours^ Leurs guirlandes toujours fleuries Ont le vif émail des prairies, Et parent encor les amours.
De Malherbe la muse altière Ne se pare que des lauriers^ Qu'elle cueille dans la carrière
Des demi-dieux et des guerriers :
D*un ton [^Ins naïf et plus tendre Deshoulières se fait entendre ; Tous les cceurs s'ouvrent à sa voix :
Au bord d'une onde vive et pure , Elle reçoit de la nature Les leçons dont elle a fait choix.
Sous un berceau que l'Hippocrène Entoure ^ en suspendant son cours , Je vois l'aimable La Fontaine Badiner avec les amours :
Il s'entretient avec Horace:
Quelle majesté! quelle grâce Animent leurs brillants portraits !
Tous deux ils couronnent Thémire; Tous deux ils accordent ma lyre , Pour en célébrer les attraits.