IMITATION D'ANACRÉON
Dans nos bois tristes et déserts, Déjà les habitants des airs Aux échos ne font plus redire Tout ce que lamour leur inspire ; Déjà l'Aquilon furieux Chasse de ces aimables lieux Flore et le volage Zéphire ; Cependant je vois un enfant Qui, tout nud, s'expose à l'orage, Ghloé! sauvons-le de sa rage.
Appelons-le.... Il vient à l'instant.
Avec transport il nous caresse.
Ah! dans nos bras, gardons long-temps
Ce bel enfant, quoiqu'il nous blesse;
Que dans notre vive tendresse
Il trouve toujours le printemps.
Dieux! que leurs traits redoublent ma tendresse! J'y reconnais et ta bouche et tes yeux.
Ainsi que toi , ton Olympe sait plaire , Et de son cœur peindre la vérité :
Par mille jeux, Alix cherche à distraire Le noir chagrin qui ne m'a pas quitté.
Mon seul secours est cette aimable enfance , Et tout mon temps se passe à la former ; Mon seul désir, en cette longue absence, C'est d'embellir ce que tu dois aimer.
Si quelquefois mon amour se partage, C'est à ton père , à ton meilleur ami , Qu'avec transport j'aime à rendre l'hommage De ce Hen par se» mains affermi.
Je lui dois tout,... il a formé ton ame, n t'a donné son esprit enchanteur; ^
Il a vu naître , il a nourri ta flamme , Qui de mes jours assure le bonheur.
Ainsi que moi , son amour te rappelle : Viens par tes soins embellir ses vieux jours ; Brise les traits de la Parque cruelle; Viens en donner de nouveaux aux amours.
Déjà l'hiver ravage nos campagnes ; Les noirs frimas et les vents orageux Viennent blanchir la cime des montagnes ; Qu'attends-tu donc pour te rendre à mes vœux
Reviens baiser les lèvres de tes pères ; Viens couronner leurs antiques foyers.
A notre amour, à ces dieux tutélaires, Viens consacrer ta vie et tes lauriers.