‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 56 sur 123 · ODE ANACRÉONTIQUE · texte numérisé non relu

ODE ANACRÉONTIQUE

A MADAME D***

Sur le Pinde , entre ces ormeaux , J'entrevois la jeune Thémire ; Amour, viens accorder ma lyre ; .

Inspire-moi des sons nouveaux.

O muses! quel puissant génie Près de vous Tamène en ces lieux î Je vois la céleste Uranie Qui conduit ses pas et ses yeux.

Elle vient... j aperçois les Grâces, Les Nymphes , ainsi que l'Amour ; Toujours empressés sur ses traces , Ils vont embellir votre cour.

En vain la muse qui la guide Éclaire à ses yeux l'univers ;

Elle approche d'un air timide ; Elle respecte vos concerts.

Mais déjà , près de l'Hippocrène , Clio, par de brillants accords, Chante la déesse d'Athène, Et croit qu'elle honore ces bords.

Les traits si doux de Melpomène Semblent adoucir sa fierté , Et Terpsichore égale à peinç Sa taille, et sa légèreté.

Euterpe , d'un air de mystère , Lui dit , en abaissant la voix :

« Ah ! c'est vous , charmante bergère , « Que Daphnis chante dans nos bois.

« C'est pour vous que , dans la prairie , » Dès l'aurore , il cueille des fleurs ; « Dans une douce rêverie , « C'est pour vous qu'il répand des pleurs.

« Hélas ! vous reverrais-je ensemble , « Vous seuls animez tous mes sons ; « C'est à l'amour qui vous assemble , « Que je consacre mes chansons, »

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ODES ANACREONTIQUES

A GBLLE QUE lE PLEUEE ET PI^EUEEKAI TOUJOUES.

Muses, donnei-moi cette Ijre Que Sapho baigna de ses pleurs :

Pour chanter la jeune Thémire , Je yais la couronner de fleurs.

Amour! que ton flambeau medaire Autant qu'il me sait enflammer!

Donne-moi le talent de plaire; J ai déjà le bonheur d*aimer.

Par elle, mon ame ravie Sacrifie encore aux amours :

Thémire règne sur ma vîe, Et peut seule embellir mes jours.

Déjà , loin de moi, la jeunesse Fuyait d'un pas précipité ; Mon cœur abattu , sans tendresse , Languissait dans la liberté.

L'amour de la philosophie Avançait pour moi la saison

ODES. 3!2t9

OÙ la sombre mélancolie S'honore du nom de raison.

Quelle erreur!..*» dans la solitude Je passais les nuits et les jours :

Ah ! peut-on donner à l'étude Un temps que l'on doit aux amours P

Je vois Thémire,... et dans mon anié Le sentiment renaît soudain ; Ses yeux ont allumé la flamme Qui vient de réchauffer mon sein.

Eh! comment pourrais-je encor lire Locke, de ses rivaux vainqueur?

Je n'écoute plus que Thémire; Ma seule étude, c'est mon cœur.

Newton , c'est en vain que tu m'ouvres 13 n chemin brillant dans les cieux; Les grands secrets que tu découvres.

Sont moins qu'un regard de ses yeux.

Eh! que m'importe, en un système, De trouver l'ordre et la clarté ?

C'est dans le cœur de ce que j'aime , Que je cherche la vérité.

Une ame et si belle et si pure , Les attraits qui m'ont su charmer, C'est pour moi toute la nature:

Aujourd'hui je ne sais qu'aimer.

33o ODES.

Quels transports! Quel beau feu m'anime! Quel bonheur pour moi d'être amant !

Tout l'essor d'un esprit sublime Vaut-il un tendre sentiment?

L'amour a remonté ma lyre; Ce dieu , d'Uranie est vainqueur :

Je ne chante plus que Thémire; Tout mon esprit est dans mon cœur.

Je voulais à la jeune Annétte Faire une tendre chansonnette.

Et je cherchais des sons nouveaux.

Ainsi que le zéphir volage.

Qui se cache dans le feuillage Des peupliers ou des ormeaux; De même l'amour, en cachette, Vint s'enfermer dans ma musette , Et lui donna plus de douceur; Mais, dès que la chanson fut faite, L'eniant sortit de sa retraite , Et soudain passa dans mon cœur.

Si , près de celle que j'adore , J'ai souvent chanté mon bonheur, Par des sons plus touchants encore Puissé-je exprimer ma douleur!

Toi , dont la beauté, la tendresse Égalent celles des amours !

Toi, dont la main enchanteresse Serre ma chaîne tous les jours ,

Que ne vois- tu couler mes larmes!...

Ces vers en sont presque effacés...

Mais ils en auraient moins de charmes, Si ma main les eût mieux tracés.

Les traits de cette main tremblante Seront déchiffrés tour à tour; Rien n'échappe aux yeux d'une amante , Qui lit au flambeau de Tamour.

Ton amant loin de toi soupire , Tandis que Paris enchanté T écoute, et tous les jours admire Et tes talents et ta beauté.

Le triste joug dont la fortune

M accable et m'impose la loi ;

Ces vains honneurs,... tout m'importune.

Je ne lui demandais que toi.

C'est en vain que pour moi l'aurore Du soleil hâte le retour :

Je ne dois point te voir encore , Je désire la fin du jour.

Toute la nature en silence N'offre qu'un désert à mes yeux :

33a ODES.

Et les oiseaux, en ton absence, N'ont plus de chants harmonieux.

Pour éviter les jours de fête, Je voudrais fuir dans les forêts; Je n* j couronne plus ma tète Que de soucis et de cyprès.

Quelquefois couronné de lierre , De Silène le nourrisson M'agace, me présente un verre, Et me demande une chanson.

Mais du vif amant de Délie Ma voix a perdu les accents ; Et du triste amant de Julie J'imite les sons languissants.

En vain je voudrais à l'étude Pouvoir donner quelques moments ; L'esprit a trop d'inquiétude , Et le cœur trop de sentiments.

Souvent, sans dessein et sans guide, Je m'égare au fond des vallons :

Là , de Maupertuis et d'Buelide Je veux répéter les leçons.

Je passe , en ces sombres demeures , Le jour sans m'en apercevoir.

Et n'y calcule que les heures Que je dois passer sans te voir.

La nuit, dans cet espace immense Que Newton soumit à sa loi, Je n'observe que la distance Dont je suis éloigne de toi.

Mon ame abt^ée et ravie Croit ainsi presser ton retour :

Dans tous les moments de ma vie , Tout se rapporte à mon amour..

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