DE STANISLAS LE BIENFAISANT
tion et nos larmes ! Ce n'est qu'au pied du trône de Louis-le-Bien-aimé que nous pouvons trouver quejque adoucissement à nos malheurs; ce n'est qu'en voyant notre maître, ce maître dont la France éperdue craignit plus la perte que celle de ses frontières et de sa gloire; ce n'est qu'en voyant le vainqueur de Fontenoi entouré de trois princes élevés par la sagesse à toutes les vertus de leur père , que nous croyons encore que l'éternel veille sur la postérité de saint Louis, et sur la première monarchie de l'univers. O Stanislas, ton ombre heureuse doit pardonner ces transports à notre juste douleur!... Comme nous anéanti par la perte fatale de ton auguste petit-fils, toute ta fermeté ne put résister à ce coup horrible; des soupirs, un morne silence, une douleur profonde obscurcirent tes derniers jours : ce ne fut enfin que l'accident le plus affreux , ce ne furent même que les approches de ta dernière heure qui rendirent à ton ame tout le calme et toute la vigueur de tes belles années. Alors plein de foi , d'amour et d'espérance , on t'a vu tressaillir de joie, lorsque l'éloquent Elysée te fit une peinture aussi vraie que sublime de la mort du juste, et te fit goûter les premières délices d'un bonheur éternel (i).
(i) Le père Elysée, qui j3ièchait l'Avent, lut au roi de Pologne, dans sa chambre, son beau sermon sur la mort, le jour mcme de cet accident si fatal.
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Attentif à nous cacher les maux violents qui le dévoraient, Tair serein reparut alors sur le front de Stanislas : sensible jusque dans ses derniers moments, ses yeux mourants nous cherchaient encore ; et nous étioAs encore tendrement serrés par une main que nous baignions de nos lannes.
Il n'est plus ce grand homme, ce maître chéri, ce père de son peuple, ce libérateur de sa patrie! il n'est plus!.... vérité cruelle qui retentit dans nos cœurs , qui les glace , et qui répandra l'amertume sur le reste de notre vie! Qu'il vive du moins dans la mémoire des hommes, comme un de ceux qui a le plus travaillé pour leur bonheur ; que les temples, les places publiques, et jusqu'aux hameaux, retentissent du nom de leur bienfaiteur.
La terre se tut en présence d'Alexandre et de Cyrus; son sein fut abreuvé de sang, sa surface fut ravagée par les flammes , les monuments qui la décoraient furent renversés. Conquérants barbares ! tels sont les événements affreux qui caractérisent votre siècle ; l'histoire ne vous place qu a regret au rang des grands hommes ; la vraie philosophie, cet amour pur de la sagesse, déteste les actes sanglants , et les conquêtes souvent coupables qui vous tracèrent une route trop facile vers l'héroïsme : les gémissements sourds de la misère, les cris aigus du désespoir ont troublé les chants de vos funestes triomphes; vos palmes furent ternies par le sang; la terre se tut, et la nature frémit en votre présence !
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Quel contraste plus frappant que celui d'un roi qui n'oublia jamais les droits respectifs (ie Thunianité, et qui, dans les différents rapports qui l'unirent aux autres hommes, se sacrifia lui-même, et réussit sans cesse à leur être utile ? Jamais Stanislas ne sépara sa propre gloire d'avec celle de sa nation ; il ne se regarda sur le trône que comme lé premier mobile d'une vaste machine dont il devait entretenir l'harmonie. Couronné deux fois, lune par les mains de l'amitié , l'autre par celles de ses concitoyens, deux fois sa vertu sublime lui fit déposer son sceptre sur les autels de la , paix : la sûreté de sa patrie, le sang de ses sujets, la fortune de ses amis, ces objets (toujours les plus grands pour un sage) lui parurent d'un prix bien supérieur à celui d'un trône; mais en perdant un empire extérieur sur les Polonais, il s'en assurait un à jamais durable dans leurs cœurs, et ses deux abdications seront également immortelles dans l'histoire de la philosophie et dans les fastes de l'univers.
Si la terre se tut en présence des conquérants qui la ravagèrent, quelle nation policée pourrait ne pas répéter avec nous : La terre dut tressaillir de joie en présence de Stanislas : Sa surface fut embellie ; son sein fut cultivé par un travail plus industrieux , et toujours paisible ; nul citoyen en état d'agir ne fut inutile, nul citoyen languissant ne fut sans secours : semblable à l'astre du jour, il vivifia, il rendit fécond tout ce que sa belle ame