‹ Œuvres du seigneur de CholièresChapitre 6 sur 41 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

l'anagramme sous laquelle il a caché le nom de cette belle, comme lui-même a caché le sien sous l'anagramme de A, Diane ou Ange. Les Mélanges poétiques offrent plusieurs sonnets dédiés à VŒU d^Avis, et, dans les stances à l'Amour [Enfant qui m'a dompté, dit-il), il nous apprend quelle était son innocente manière d'aimer :

De l'œil je fais l'amour, de Tœil je me contente, Je soulage de l'œil le mal qui me tourmente.

Et par l'œil je jouis de mon bien souhaité.

« Mademoiselle £uthelie », qui figure dans un des plus étranges chapitres des Après-Disnées (De la puissance de V arbre de vie), aurait pu nous révéler le secret de VŒU d'Avis, puisque le seigneur de Cholières, après avoir dit d'elle : « La doucette d'Euthelie, comme elle a VŒU d'Avis » , avoue qu'il était « affectionné à VŒU d'Avis ». Plus loin, un des entreparleurs, nommé le sieur Théophanes, prononce cette phrase, qui achèvera de dérouter les chercheurs de VŒU d'Avis : a Et moy je me fais accroire (ah! que ne suis-je pas seul en Beaussel) que la bonne grâce de celle que je respecte pour VŒU d'Avis anagrammatisé me cause une félicité.» On ne s'étonnera donc pas que l'imprimeur de la Guerre des masles contre les femelles, ne comprenant pas plus que nous^ ce que pouvait bien être cet ŒU d'Avis, ait cru bien faire en écrivant VŒU d'Aris dans les premiers feuillets des Mélanges poétiques.

Eh bien ! le seigneur de Cholières, que nous voyons proclamer si haut l'admiration qu'il, avait des grâces qui émailloient le cristal de VŒU d'Avis, était marié. C'est là une triste vérité, qui ressort éclatante de tous ses ouvrages, où il ne se lasse pas de plaindre les pauvres maris et de tomber à bras raccourci sur les méchantes femmes. « J'ay veu les Matinées que vous avez communiqué au

SUR CHOLIÈRES IX

public, monsieur de Céans, lui dit un des entreparleurs des AprèS'Disnées (p. i3i de notre édition ); vous leur en donnez bien'dans le dos, comme aussi dans vostre furieuse et effroyable Guerre desmasles contre les femelles,» La plupart des chapitres de ces trois ouvrages roulent sur les accidents et les chagrins du mariage. Le seigneur de Cholières ne se met point en scène comme mari malheureux et trompé, mais il ne se fait pas faute de dire qu'il est devenu auteur pour tâcher d'oublier son martyre et sa douleur ( Voj. le sonnet de l'auteur, en tête des Ma^ linées). Il exhale enfin ouvertement sa colère contre sa vilaine épouse dans un sonnet de ses Mélanges poétiques :

... M*est advis que l'on me voit tenir Ma Xantippe desja sur le coin de renclume.

C'est seulement dans la Forêt nuptiale qu'il change de ton et de visée, jusqu'à faire amende honorable aux bonnes femmes et au mariage. Il n'était plus jeune alors, comme il l'avait constaté lui-même dans une élégie où il accuse son âge en disant adieu aux amours :

Car mojTy qui des amours ay passé la saison, Qui ay morne le sang, le sens demy grisou.

Le seigneur de Cholières, en dépit de ses infortunes conjugales, avait l'esprit gai et alerte, l'humeur joyeusfe, le parler franc et gaulois. Comme Rabelais, son maître, il aimait à rire et à faire rire les autres. « J'aime par trop mieulx rire avec toy, dit-il dans son avertissement Au Liseur des Matinées, t'apprendre le moyen de te tenir joyeux et te servir de quelque recepte singulière qui te tienne ton esprit gaillard. £n ce temps, obscurci du nuage de tant de malheurs, calamités et misères, si oncques on en eut mestier, il fait fort bon se tenir joyeux. » On a

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