VI NOTICE
vait Têtre un docteur de la Faculté de Montpellier. Et pourtant il déclare formellement, dans une de ses préfaces, qu'il n'est ni médecin ni apothicaire. N'étaitce pas seulement un amoureux de la science, un savant préoccupé de philosophie, de chimie, d'astronomie et de toutes les connaissances humaines ? On est tout surpris, en effet, de l'entendre parler des observations astronomiques de Copernic (Voy. Après-Disnées, p. Soy de notre édition), comme en eût parlé un véritable astronome, dans un temps où le nom de Copernic était à peine parvenu en France. Il parie aussi de la métallurgie {De l'or et du fer, première Matinée) comme s'il avait suivi les cours de Bernard Palissy, quoiqu'il ne le nomme pas parmi les autorités scientifiques qu'il invoque. Le seigneur de Cholières n'était peut-être qu'un gentilhomme érudit, philosophe et poète, qui vivait à sa guise, de même que le seigneur de Montaigne, s'adonnant à l'étude, se consacrant tout entier aux sciences, aux lettres, aux arts libéraux. « J'estois aussi grand seigneur, pour le moins, chez mon père, dit-il dans les Après-Disnées (p. i35 de notre édition), que le charbonnier en sa logette. »
Mais nous ignorons dans quelle province de France, dans quelle ville, dans quel château, il a passé sa vie. En i585, il était à Paris, peut-être de passage, pour faire imprimer ses Matinées, puisque la dédicace de cet ouvrage est datée de Paris. En i SSy, il datait de Saincte^ Bonne lez Marignon la préface facétieuse de la Guerre des masles contre les femelles. Nous n'avons pas réussi à trouver Sainte-Bonne ni Marignon parmi les communes de France ; mais nous remarquons que le sieur Félicien Valentin, qui est un des entreparleurs des Après-DisnéeSy a daté de la Kéolle sa Missive au seigneur de Cholières, imprimée en tête de la seconde éditioil des Matinées, et datée du 17 mars i586. Faut-il en conclure que le sei-
SUR CHOLIÈRES VII
gneur de Cholières et le sieur Félicien Valentîn entretenaient des relations de bon voisinage ? Enfin, dans les Mélanges poétiques qui suivent la Guerre des masles contre les femelles, le seigneur de Cholières consacre deux sonnets à faire Téloge d'un domaine nommé l'Etan, où il avait passé les plus doux moments de son « neuf prin* temps » , et dont il regrette toutes les liesses, dit-il,
Qiie là m'ont departy trois honnestes déesses.
Il nous faut pourtant renoncer à chercher et à découvrir la situation topographique de VEtan,
Le vignoble, le pré, les bois, les grands pasquiers, Les sausayes...
de cette maison champêtre, qui avait laissé tant de souvenirs heureux dans la mémoire du seigneur de Cholières : car la France comptait et compte encore par centaines les localités qui répondent à ce nom générique de I^Etan ou l'Etang. Le seigneur de Cholières avait donc pu changer de résidence durant le cours de sa vie; mais il déclare lui-même, dans la préface de la Foret nuptiale, qu'il n'avait pas voyagé hors de son pays natal. Il se bornait à s'intéresser aux récits des voyageurs et à lire des relations de voyage dans les différentes parties du monde.
Tout est vague, tout est mystérieux, dans ce que nous pouvons savoir ou supposer à l'égard du seigneur de Cholières. Dans ses Mélanges poétiques, il chante ses amours, comme tous les poètes contemporains, et il nomme les trois honnestes déesses, qu'il aimait sans doute platoniquement, l'Œil d'Avis, Marine et Callirée. C'est VŒU d'Avis qui semble avoir été l'objet préféré de toutes ses affections; mais nous n'avons pas levé le voile de