Chapitre IIII
Après la lecture des letres susdictes, Pantagruel tint plusieurs propous 5 avecques l'escuyer Malicorne, et feut avecques luy si long temps que Panurge, interrompant, luy dist : « Et quand boyrez vous ? Quand boyrons nous ? Quand boyra monsieur l'escuyer ? N'est ce assez sermonné pour boyre ? — C'est bien dict, respondit Pantagruel. Faictez dresser la collation ^ en ceste prochaine hostellerie, en laquelle pend 10 pour enseigne l'imaige d'un Satyre à cheval 2. Ce pendent pour la depesche ' de l'escuyer, il escrivit à Gargantua comme s'ensuyt :
Ligne 4. H, I : lettres — I : teint — • I : propos — 1. 6. I : boire^ — 1. 7. I : boirons — I : boira — 1. 8. I : boire — \: dit — • H, I : faictes — 1. 10. G, H : image — G, I : ce pendûtit — 1. 11. H, I : despesche
1. Repas léger après le souper, cf. 1. I, ch. XXII, 1. 249 — dont l'heure « canonique » est 5 (ch. Lxn') — ou qui remplace le souper, cf. Huguet, Ei'olution, p. 304.
2. Le satyre à cheval sur un bouc, faisant pendant à la femme juchée sur le même animal (la Ltixure ?) semble avoir été, dans l'iconographie médiévale, un thème presque aussi populaire que l'âne à la lyre de Phèdre et de Boèce (J. Adhémar, Influences antiques dans l'art du M. A. français, Londres, Studies of the Warburg Inst., 7, 1939, p. 227, 284-285). L'existence d'une enseigne de ce genre n'a rien d'invraisemblable; comparer, d'une part, le « Coq à cheval » de la Vallée de Misère, à Paris, en 1543 (Coyecque, Recueil d'actes notariés (Histoire générale de Paris), I, 2919) et, d'autre pan.
les enseignes à 1' « homme sauvage », si fréquentes encore dans les pays germaniques pour des hôtels et des restaurants, et déjà très communes (ibid., à la table). Le rapprochement fait par Sainéan, I, 33 avec Belon, Obsert'ations, II, f° 120 v°-i2i, où celui-ci parle de bateleurs montrant des singes (Callitriches) à cheval sur des chèvres, paraît à écarter : il s'agit, en effet, de batelleries que Belon a vues au Caire, or, les Obsen'ations n'ont été publiées qu'en 1553, et, d'autre part, si, parfois, au M. A., on a confondu les Satyres avec des cynocéphales (cf. Godefroy, Dict., X, 632), R. ne semble pas avoir pu commettre la même confusion, cf. 1. III, ch. xiv, 1. 32 et 1. rV, ch. XX.XVI1, 1. 90, éd. M. (i\I.)