‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 176 sur 258 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le branlcmcnt ''^ des broches, l'harmonie des contrehastiers ^^, la position des lardons, la température des potaigcs, les préparatifs du dessert ^'', l'ordre du service du vin ? Beaii immaculati in via. C'est matière de bre-

58 vv

viaire ■

Ligne 58-59. A, B, C : le branskment et harmonie des broches, la température — 1. 59. H : preparatitv^ — I : désert — 1. 60. A, B : de vin — G : immaculata

hébraïsme : « En quelques lieux de la Sainte Ecriture une chose est dite cstre de Dieu, quand elle est plus excellente que les autres de son espèce, ou pour le moins qu'elle les surpasse en quelque sorte. Ainsi sont appelez les cèdres de Dieu, qui surpassent les autres en hauteur ». C'est en ce sens que les libertins, suivant Fumée, interprétaient ¥ih de Dieu, cf. R. E. R., VU, 548, 1. II, p. Lix et Lote, G., Rabelais, p. 241. L'expression se retrouve ch. xix, 1. 31, et XLiv, 1. II, XIX, 1. 67, 81, L, 1. 33, LUI, 1. 86 (éd. M.) ; elle ne se rencontre pas, ou du moins elle n'a pas été signalée, dans les livres précédents. (M.)

55. R. Esticnne (1549) donne à ce mot le sens de mitatio : « oscillation », mais l'emploi du mot harmonie, cf. n. 56, suggère de préférer le sens de danse, qui est attesté (Godcfroy, Dict., VIII, 368), ou, tout au moins, de mettre dans ce mot l'accent sur la racine : branle, nom de plusieurs variétés de danses très à la mode, cf. Huguet, Dict., v° branle et P. Verrier, Le Vers français,

I, 1951. P- -9 i^t 33 sq. (M.)

56. « Grands chenets qui ont plusieurs crampons, sur lesquels on peut mettre plusieurs broches de viande à la fois pour les rostir » (Furetière) ; le mot paraît pour la première fois 1. III, ch. xxxviii, 1. 85, où R. semble le considérer comme l'équivalent de « qui se tient contre le hasticr » ; il élimine hastier, même sens, que Furetière considère comme hors d'usage et qui n'est plus, déjà, dans Cotgrave. L' « harmonie »

des contrehastiers est la musique que font sur eux, les broches en tournant; le mot, désigne proprement le concert produit par le mouvement des orbes célestes « qui sont causes des mélodies — • E des diversitez de tons — Que par acordances metons — En toutes manières de chant », Roman de la Rose, 16999 sq., idée pythagoricierme qui se retrouve dans le Timée de Platon, au 1. VI de la République de Cicéron, et dans Macrobe, Comment, in Somnium Scipionis, et qui est banale dès le xiii^ s. (Paré, L^s idées et les lettres au XI 11^ s.. Le Roman de la Rose p. 226); jusqu'à la fin du xvi^ s., harmonie ne s'applique qu'aux sons : R. Estienne en 1549, Cotgrave ne lui connaissent pas d'autre sens, R. n'emploie harmonieux qu'en ce sens, cf. 1. I, ch. Lvii, 1. 27 et, ici, ch. vi, 1. 48. Le sens moral « accord entre les diverses parties d'un ensemble » qui est dans Furetière, semble ne se développer qu'au xvii" s. (M.)

57. Dernier service, cf. ch. lxiv, 1. 62 (éd. M.), sens récent qui apparaît pour la première fois dans le Dictionnaire François-Latin de R. Estienne, éd. de 1539.

58. Le Duchat traduit : « Heureux ceux qui ne se font pas de taches en visitant de fois à autre la cuisine du couvent. » C'est une interprétation fantaisiste. Le Ps. 118 dont Frère Jean cite ici le i" verset et qui se chante aux « petites heures » du jour (cf. Molicn, L. A., La Prière deVLglise, I, 1924, p. 471 sq.) est un « éloge de la Loi »; Bm// mmaculati in via veut dire moins « heureux

ceux qui sont sans tache dans leur voie » que « ceux qui sont irréprochables » (cf. trad. Crampon « d'après les textes originaux », Paris, 1925, p. 776) comme l'indique la fin du verset : « qui ambulant in lege Domini ». La citation de frère Jean exalte 1' « harmonie des contrchastiers... l'ordre du service du vin » — rappel du jeu de mots usuel service divin, cf. 1. I, ch. xxvii, 1. 48-49 — qu'il a

lyriquement célébrés en des termes aussi proches que possible de ceux qu'il aurait employés pour louer le mouvement des astres et l'ordre du monde. Beati immaculati in via se rapporte donc aux broches et contrchastiers, etc. « qui sont irréprochables dans leur vie, qui marchent selon la loi de Yahweh ! », cf. Marichal, loc. cit., p. 206. (M.).

Pourquoy les moines sont voluntiers en cuisine.

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