Chapitre XVII
5 Ce mesmes jour, passa Pantagruel les deux isles de Thohu et Bohu, es quelles ne trouvasmes que frire ^ : Bringuenarilles, le grand géant.
Ligne \.'& : les isses — A, B, C, I : Tohu — 1. 5. A, B, C, G : avaleur — 1. 4. A, B, C : Chapitre VU — 1. 5. A, B, C : mesme — A, C, I : Tohu — B : Tohu Bohu — 1. 6. A, B, C : trouva
1. « Tohu et Bohu, hebrieu : dcserte et non cultivée », Br. Déclar. C'est le tohou oubobou : « chaos » de la Genèse, I, 2. L'expression moderne ne vient pas de R. ; elle date de 1823. R. semble faire allusion, à la tîn de ce chapitre, cf. n. 61, aux combats qui se sont déroulés dans la « terre d'Oye » qui « est marescageuse et fertile en herbages » (Mai;tin du Bellay, Mémoires, éd. Bourrilly, IV, p. 316); est-ce cela qui lui a dicté le choix de To/m-Bo/ju, avec, de surcroît, jeu de mot sur Bobu et boue i (M.)
2. Bringuenarilles est emprunté à Panurge, disciple de Pantagruel, avec les prouesses du merveilleux Bringuenarilles, publié en 1538. Au chapitre vin, le géant Bringuenarilles avale un moulin à vent avec le meunier et son chien, parce que le chien par ses aboiements l'empêchait de dormir. Le moulin continue à moudre dans son estomac, mais, quand il n'eut plus de blé, le feu se prit aux meules et « brusla ledit moulin dedans le
ventre dudit Bringuenarilles, parquoy il tumba en fièvre continue, tant à cause du feu que du claquet d'icelluy moulin. Il mourust le jour mesme qu'il trespassa. » (M.) 3. L'expression, qui a suggéré à R. une partie des plaisanteries de ce chapitre, est usuelle dès le début du siècle : le Monologue des Nouveaulx Sotz, Montaiglon, Recueil, I, 16, s'achève : « Donné après demain jeudy... au chasteau où n'y a que frire... » En 1522 ou 1523 furent publiés à Paris six pamphlets dont les auteurs et l'imprimeur — probablement Jehan Longis qui fit paraître en 1532 ou 1533 la seconde édition du Pantagruel — furent incarcérés pendant deux ou trois ans; l'un de ces pamphlets s'intitule : « Le Monde qui n'a plus que frire » et débute ainsi : « Le Monde suis, lequel n'a plus que frire, — • Car tout est frit par trop grosse rigueur... Les cuisiniers ont perdu la saison — De fricasscr, car n'y a plus que frire... » {ibid., XII, p. 193 sq. et 215). (M.)