LES MOEURS A LA MODE
Air : Bonsoir , la jeune fille.
JLe sexe enfin s'éclaire ,
Il permet de changer 5
On peut être léger,
Sans risquer de déplaire.
Les tendres feux Sont ennuyeux
Quand ils sont trop fidèles.
La constance est de mauvais ton ; Nous n'avons plus de Céladon ; Et les dames trouvent fort bon
Que l'on change comme elles.
Il n'est si douce chaîne
Qui ne blesse à la fin :
Ce qui plaît au matin
Souvent le soir nous gêne.
Sans liberté La volupté
N'est bientôt qu'une peine.
Que parmi nous tout soit commun :
Plus de tjran, plus d'importun ; Et que chacune et que chacun
En aime une douzaine.
COUPLET
Air : Ne vHa-t-il pas que j'aime
JJe l'amour nous suivons les lois,
Chacun à sa manière ; Iris pour la première fois ,
Et moi pour la dernière.
AUTRE
ÉCRIT SUR UNE COCARDE DE PAPIER ATTACHEE AU CHAPEAU DU BARON DE BUSENVAL.
Amour, si tu vois la figure
De ce chapeau , Tu vas conformer ta coiffure
A ce chapeau ; Mais en vain mon talent s'éprouve
Sur ce chapeau, Je n'ai pas tout l'esprit qu'on trouve
Sous ce chapeau.
DE M. DE BOUFFLERS. 4y
CHANSON
Air : Un troubadour béarnois.
Allons tous deux vivre ailleurs, Fuyons la cour et la ville; Loin du bruit et des grandeurs Choisissons un humble asile:
Qu'importe notre séjour, Si nous y menons l'Amour?
Entre ces sauvages monts, Dans ce vallon solitaire , Tous deux nous habiterons Où tu vois cette chaumière:
Qu'importe notre séjour, Si nous y menons l'Amour?
Nous entendrons les concerts Des oiseaux du voisinage; Et des sapins toujours ve^ts Nous offriront leur ombrage :
Tout charme dans un séjour Où, l'on est avec l'Amour.
Oublions, avec Paris, Luxe, élégance et dorure ; Si pour nous l'art a son prix ,
Il ne vaut pas la nature ; Et rien ne vaut un séjour Où l'on est avec l'Amour*
Nos cœurs, dans des nœuds si doux i Béniront notre fortune ; Elle suffira pour nous, Puisqu'elle sera commune:
Rien ne manque en un séjour Où l'on est avec l'Amour,
Ceux qui d'abord nous plaindront De fuir vers ces lieux sauvages, Peut-être eux-mêmes envîront Notre chaume et nos bocages J Ils envîront un séjour Où l'on est avec l'Amour.
Ton bel âge sans mépris Voit approcher ma vieillesse , Et mes cheveux bientôt gris N'effraieront point ta tendresse -y Non, jamais de ce séjour Nous ne verrons fuir l'Amour*
Î)E M. DE BOUFFLERS. 4g