RONDE DIALOGUÉE
CHANTEE ENTRE MAD. DUGASON ET M. MICHU, Air : N'allez pas mordre à la grappe.
MAD. DUGASON.
(^)ueux ennuis ! mais j'en somm' quitte j
Adieu crainte , adieu chagrin:
La voilà qui ressuscite,
Je r'verrons des jours sereins.
M. MICHU
Mais c'te chienn' de maladie , Dit' nous donc ce < ue c'était.
MAD. DUGASON.
C'était une épidémie, Car chacun s'en ressentait.
M. MICHU
et
Oi, j'avions tous queuqu' vertige, J' nons jamais vu tant d' tracas.
MAD. DUGASON.
Dam ; frappez l'arb' sur la tige, Toutes les branch' tomb't à bas.
m. michu.
C'est un mond' que c'te famille.
MAD. DUGASOJf.
Dam , ça s' peut croire aisément 5 N'v a qu'à bien aimer la fille, Et d' la mère on d'vient l'enfant.
M. MICHU
AU' qu' avait tant de cervelle , An' nommait rien par son nom. x C't' ange qui veillait près d'elle, AU' disait : c'est un démon.
Jour et nuit 1' démon s' démène j Il a beau faire et crier, P'tit démon perdait sa peine Sans 1' secours d'un grand sorcier.*
1 Madame de B..., sa nièce, qui la tourmentait de ses soins, qu'elle appelait son petit démon.
* Monsieur Barthez, médecin.
7o OEUVRES
MAD. DUGÀSON.
Drès que l' sorcier se présente , Vlà qu' la mort se met à fuir , Vlà qu' la dam' est mécontente Qu'on l'empêche de mourir.
-AH' se fàch', le sorcier gronde, Il devient 1' maître d' céans ; C'est le premier homm' du monde Pour apprendre à vivre aux gens.
M. MICHU
Montre-nous c'te bonne amie Qui disait près d'ell' tout bas :
Si V bon Dieu m' la rend en vie , Les pauv' gens n' s'en plaindront pas.
MAD. DUGÀSON.
Non, j' craignons sa crainte extrême Qu' son secret n' soit répété.
m. micuu.
Bon! jusqu'aux prisonniers même
Peuv' le dire en liberté :
Ca doit faire un' riebe dame?
MAD. DUGASON.
Aucun pauvr' n'en doutera.
M. MICHU
Ça doit faire un' bonne femme ?
MAD. DUGASON.
Et sans et' plus bêt' pour ça.
M. MICHU
L'esprit , l'or et la noblesse , Tout c'ia n'est beau qu'à moitié ; C qu'est beau , c'est d'êt* la maîtresse Qui donn' des l'çons d'amitié.