V. 1728-29. — Item, je donne aux Quinze vins
{Qu'autant vauldroit nonmier Trois cens) De Paris...
— Aux Quinze Vins, leçon de A (XV vins) :
L'an de grâce mil trois cens quatre vins Et dix et neuf, presens Dieux et divins.
Christine de Pisan, Epistre au dieu.d\4vwurs, fr. 7087^, fol. 51. « Six vins barons. » Chronique scandaleuse, t. I,p. 15, etc.
L'hôpital des Q.uiuze-Vingts avait été fondé, à Paris, par saint Louis. Joinville n'appelle jamais cet hôpital que « la Maison des Aveugles », Hist. de S. Louis {édk. N. de Wailly, à l'/wrff.v) ; de même Rustebeuf qui ne leur témoigne qu'une très maigre sympathie.
Li rois a mis en un repère,
Mais je ne sai pas por quoi fcre.
Trois cenz aveugles rote a rote.
Parmi Paris en%-oie trois perc ;
Tote jor ne fincnt de braire :
« Aux trois cenz qui ne voient gote !... »
Les Ordres de Paris, p. 53, v. 85-90. — Sur le sceau d'une charte de 1306, reproduit par Berty, c'est également ainsi qu'ils sont dénommés.. ( S. de) La m.\ison des tras cens aveugles de [Paris]. (Topographie historique du vieux Paris (région du Louvre), p. 66, dans l'Histoire générale de Paris. « ... la congregacion des avugles nommez les x\^^
de Paris » est-il dit dans le testament d'Ysabeau de Bavière (5 avril 1407,!'. st.), dans le fr. 6544, pièce 5. — La présence des Quinze-Vingts aux Innocents s'explique par le privilège qu'avaient ces aveugles de quêter dans l'église attenant au cimetière; de même, par autorisation du Chapitre de Notre-Dame,ils proposaient à grands cris, aux fidèles, de dire des prières à leur intention. Villon leur lègue ses « grans lunettes » pour distinguer « les gens de bien des deshonnestes. « (Cf. Champion, t. I, p. 302 et suiv.,et la planche XXI (p. 304 his) donnant deux vues du cimetière ; de même Gruyer, Lf5 quarante Foiiqiiet deChantilly,Y)\. XXXIX, p. 170 his, où l'on voit, dans le détail, le cloître et l'église des Innocents). — Il est à remarquer, dans la littérature du moven âge, que la cécité, le plus grand malheur peut-être qui puisse atteindre un homme, n'inspire généralement aucune pitié, et qu'elle est presque toujours traitée avec indifférence, quand ce n'est pas avec moquerie. Cf., à ce propos la conclusion d'une étude de M. G. Cohen, La scène de V Aveugle et de son Valet dans le théâtre français au moyen âge, dans la Romania, t. XLI (1912), p. 372; et Jusserand, English ivayfaring Life in the middle âges (Londres, 1889), p. 405, où l'auteur a reproduit une illustration du ms. Roy. 10 E. IV. du Musée britannique (xiv= s.), représentant un « garçon » qui, à l'aide d'un chalumeau, suce le contenu de l'écuelle de l'aveugle qu'il a charge de guider. — On voudrait trouver une exception en faveur des aveugles dans une prière à la Sainte Vierge où l'auteur la supplie de « deslier les chesnes aux coulpables », et donner « aux aveugles vraye clarté et lumière. » (Fr. 1370, fol. 153 vo); mais ce n'est là qu'une traduction de l'hynme bien connue : Solve vincla reis — Profer lumen cecis, — Mala nostra pelle, — Bona cuncta posce...
Les liens deslie aux coulpables, Aux aveugles donne lumière. . .
Heures de Xostre Dame imprimées à Paris pour Simon Vostre (Lacombe, Livres d'Heures, Catalogue, no 217; — Bibl. nat. Rés. B. 4427(1), Sig. m ^). — De même, dans le fableau des Trois aveugles de Compiègne par Courtebarbe (xiiie s.), le riche clerc qui s'était d'abord moqué d'eux, intervient à temps pour payer leur souper et leur éviter les coups de bâton de l'hôtelier. Cf. Recueil général et complet des Fabliaux des XHI^et XIV^ siècles (édit. Montaiglon et G. Raynaud), t. I, p. 70 et suiv. ; et Le Garçon et T Aveugle, jeu du xiiie siècle, publié par M. Mario Roques (Paris, 191 2). Cf. V Introduction, p. iii-vi. (Publié antérieurement par Paul Meyer dans le Jahrbuch fur romanische und engUsche Literatur, t. VI, p. 163 et suiv.). — Dans le fournal d'tinhotir-
geois de Paris, on lit le récit suivant d'un combat, en champ clos, de quatre aveugles avec « ung fort pourcel ». « Item, le darrenier dimanche du moys d'aoust [1425], fut fait ung esbattement en l'ostel nommé d'Arminac, en la rueSainct Honoré, que on mist un. aveugles tous armez en ung [parc], chascun ung bastonen sa main, et en ce lieu avoit ung fort pourcel, lequel ilz dévoient avoir s'ilz le povoient tuer. Ainsi fut fait, et firent ceste bataille si estrange, car ilz se donnèrent tant de grans colz de ces bastons, que de pis leur en fut, car quant le mieulx cuidoient frapper le pourcel, ilz frappoient l'ung sur l'autre, car se ilz eussent esté armez pour vray, ilz s'eussent tué l'un l'autre. » (P. 204). La veille, ilz avaient été mené « parmi Paris, tous armez, une grande baniere devant, où il y avoit un pourcel pourtraict, et devant eulx ung homme jouant du bedon. « Ibid., m. p. — Jacques de Vitri, dans un de ses exemples, rapporte en ces termes cette coutume cruelle. '< Est autem in quibusdam locis consuetudo quod, in festis diebus, caecis conceditur porcus ut ipsum occidant, et partes suas oranes accipiant. Dum autem caecus porcum vult occidere, saepe accidit quod ipsum vulnerat, vel socium percutit et occidit. » Hist. litt. de la Fratwe, t. XXXI (1895), p. 56 (xive s.). Ces pratiques barbares existaient, paraît-il, à la cour du marquis de Montferrat ; mais, au lieu de porcs, c'était des taureaux sauvages qu'on faisait combattre contre des aveugles, ce qui paraît fort invraisemblable. Ibid., p. 55. — On trouvera, dans A Sélection of latin Stories (xilie-xive s. ; Londres, 1842, in-80) par Thomas Wright, trois historiettes dont les aveugles font les frais. Dans la première (xci), de caeco et ejtis iixore, on voit une femme tromper son mari aveugle avec un galant, et cela pour son plus grand bien, comme tend à le montrer la suite du récit, p. 78-79 (la même pièce en vers. fabula ja, p. 174-175); les deux autres (Cil, p. 91 ; CIV, p. 93) sont conçues dans le même esprit de malveillance traditionnelle. — Sur la cause du mépris souvent manifesté au moyen âge, pour les aveugles, cf. Léon le Grand, Mémoires de la Soc. de l'Histoire de Paris et de Vlle-de- Fratice, t. XIII (1886), p. 228 et suiv.