V. 1737. — Que leur valut avoir chevauces
— leur se rapporte à « compaings de galle » du huitain CXLVI (v. 1720). Le huitain CXLVII est la suite du huitain CXLV, et le huitain CLIII, la suite du huitain CXLVII : ils commencent par Item. Les huitains qui en sont dépourvus, ainsi que la ballade Car ou soies..., tout en faisant corps avec l'ensemble de la composition, sont adroitement jetés par Fauteur en manière de développement rompant l'uniformité des legs et la monotonie qui pourrait en résulter à la longue. La leçon
de C : « Que leur valut avoir chcvances » étant très satisfaisante, on ne s'explique pas la correction (que ne donne aucun ms.) : « Que leur vault avoir eu chevances », et qu'ont adoptée La Monnoie, Lacroix, Longnon (i^e et 2^ édit.), Moland, Schneegans, avec les verbes « engloutir « « mener » qui suivent au présent de l'infinitif. La leçon de^ : « que leur vault il avoir chevances » (Longnon-Foulet, 3« édit.) s'imposait plutôt. Toutefois, comme il s'agit d'actions passées, la leçon de C semble être préférable.
v. 1738. — N'engrans Uti de paremens jeu.
Gis tu en lict ? Ou donc. Sur la litière ?
— Nenny. — Ou donc? — En chambre belle et clere.
— Et dessus quoy ? — Sur lict de parement.
Jehan Régnier (édit. orig.), fol. 54 v".
— jeu. — Participe passé de gésir, giie. Dans son édit., W. von Wuzbach décrète que «der Reim rm\. jeu aus jocum is iakorrekt.»P.i37, sous ce vers. — Il n'en est rien.
v. 1740. — Mener joye, festes et dances...
— mener joie, locution : « On doit mener joye avecques ceux qui joye mènent. » Fr. 2240, fol. 57 vo (xv^ s.) ; « mener joye » Greban, Passion (édit. Paris), v. 34544.
v. 1743. — Et la coulpe si en demeure.
Villon, comme l'eût fait un théologien (on reconnaît là les enseignements du bon chapelain, maître Guillaume) fait la distinction de la « coulpe » et du « péché ». Le « péché » est la transgression de la loi religieuse (Test. 484); la « coulpe » est la souillure du péché qui fait perdre la grâce {Test. 1008). « O benoite recongnoissance de coulpe qui dessert remission de tous pechiés ! » (Gerson, UEsguillon d'atnour divine, Mazarine, ms. 947 (xve s.), fol. 8 vo). — Au vers 105 du Testament, Villon reconnaît qu'il est « pécheur ». Supposant qu'il puisse mourir en état de péché mortel qui fait perdre la grâce, il compte obtenir cette dernière ainsi que le pardon de Dieu par la contrition (remords de conscience, TV^/., huit. XIV, 105-112). Toutefois, les prédicateurs eux-mêmes ne faisaient pas toujours cette distinction entre la coulpe et le péché, témoin le passage suivant : « On me fera mourir comme pécheur et criminel, néanmoins que n'aye commis aucune coulpe de péché. » Sermon d'amour de Dieu, n. acq. fr. 1529, fol. 19 (xve s.). — On retrouve le mouvement de ce huitain CXLVIII dans la troisième strophe d'une Ballade de la Mort :
Fuyent fort, soient près ou loings.
Dansent, chantent menans lyesse, Voisent chasser aux cerfz, aux daings.
Prennent perdris, mainent en laisse Chiens et lévriers ; cela n'opresse Ma grant vertu ne mon povoir :
Tous fais venir par une adresse En terre pourrir et manoir.
Fr. 1707, fol. 26; et cet autre passage d'un poème sur la Mort :
Que nous vauldront a celle grant journée
Nos richesses et nos possessions...
Grans litz parez, harpes, chanczons etdances...?
N. acq. fr. 6261, p. 98b (xv^ s.). — Cf. aussi Test. 225-228. — Tout le huitain de Villon se trouve résumé dans cette remarquable pensée du Livre du jeu des Eschacs, que Villon devait connaître. « Beauté, lignage, meurs, sapience, biens et honneurs, tout prend fin par la mort, et la desserte demeure. » Fr. 578, fol. SS'' (trad.de J. Ferron) ; mais dérive évidemment de ce passage du Traité de Vdme par Hugues de Saint-Victor (suivant le catalogue) : « Que leur a prouffité leur vaine gloire, leur courte joie et briesve leesce? leur puissance mondaine, leur délit de la char, leurs fausses richesces ; leur grant famille et leur concupiscence ? Ou est leur ris, ou est leur gieu, ou est leur ventance, ou est leur arrogance ?...» fr. 185 1, fol. 159 vo-160 ro (trad. anonyme du xve s.).
CXLIX et CL. — Réflexions qu'inspire à Villon la vue du charnier des Innocents où toutes les conditions sont confondues « en ung tas pesle mesle ».
V. 1744-45. — Quant je considère ces testes Entassées en ces charniers...
Ce spectacle de la mort a inspiré certains contemporains de Villon, mais leurs vers sont loin d'atteindre à sa puissance évocatrice du néant de la vie.
Regarde es os d'ung cimetière Et te mes en peine d'eslire Ceulx de tes parens et ancestres, Pour les mettre tout a part eulx :
Tu les trouveras tous pareulx
Ceulx des povres et des grans maistres.
S'ensuivent les Vigilles des mors composées par maistre Pierre de Nesson, fr. 1889, fol. 128 V" (Quelques variantes dans le fr. n. acq. 6247, fol. 12).
Si tu vas a sainct Innocent
Ou y a d'ossemens grans tas,
Ja ne congnoistras entre cent
Les os des gens de grans estas
D'avec ceulx qu'an monde notas,
En leur vivant, pauvres et nudz.
Les corps vont dont ilz sont venuz.
Meschinot, fr. 24314, fol. 46 r".