V. 17 59. — Clerc ne maistre ne s'y appelle
Olivier Maillard, dans son 59e sermon de la troisième férié après Pâques, s'est vraisemblablement souvenu de ce passage de Villon,
auquel — toutefois — il ajoute un trait nouveau : « O peccatores ac peccatrices vadatis ad cimeterium sanctorum Innocentium ; respiciatis omnia ossa, nunquid possetis ponere differentiam inter ossa divitum et pauperum? certe hoc solum interest inter divites, pro eo quod delicata cibaria comedunt, eorum corpora magis fêtent in tumulis quam corpora pauperum. » Sermones de Adventii quadragesimales. . . Lyon, 1503, in-4°, fol. 220». — (Cette dernière phrase est inspirée du de Contemptu mundi d'Innocent III : « quanto sunt delicatiora cibaria, tanto foetidiora sunt stercora. » Apud Migne, Patr. lat., t. CCXVII, col. 724).
CLI. — Qu'ils aient été seigneurs ou dames, ils sont morts; Dieu veuille les absoudre !
V. 1760-61. — Or sont il:^^ mors, Dieu ait leurs âmes! Quant est des corps, il{ sont pourris.
Villon avait dit antérieurement (Test., v. 500-301) :
Mon père est mort, Dieu en ait l'ame ! Quant est du corps, il gist sous lame.
En ancien français, lorsque la proposition commence, comme ici, par un adverbe, l'inversion s'impose.
Or est il mort, Dieu ly face pardon !
Deschamps (dit XXIX), t. X, p. xxxvii (pièces attribuables à). Dans ces vers, Villon suit l'enseignement de la doctrine catholique qui déclare qu'à la mort, l'àme est jugée par Dieu : quant au corps, il pourrit dans la terre, en attendant le jugement dernier où il ressuscitera pour être jugé à son tour. Ces idées se trouvent développées dans le passage suivant d'un Débat du Corps et de l'Ame :
VAme :
Tu n'as pas maintenant la peine et le tourment Que je seufïre pour tov, et sans allégement ; Mais tu l'auras après le jour du Jugement Quant reviendras a vie, se Escripture ne ment. Regarde bien ta vie, et puis aussi te mire : Tu as esté truant qui tousjours prent et tire ; Or te tire vermine qui te ront et deschire ; A mon parler mes fin, car ne puez contredire...
Cy s'ensuit la disputacion du Corps et de VAme en forme de dyalogue, fr. 24865, fol. 180 : — (se trouve également dans le fr. 1105, fol. 65, sous ce titre : Cy coniiueuce le Miroir du Corps et de l'Ame). Voici un passage tiré des Lamentacions monseigneur Saint Bernard :
« Et toutes voves a grant douleur et a grant paour l'ame laisse son corps et se départ de lui. Car tantost comme elle en est hors issue, les angelz la présentent devant le juge droiturier et qui faiz a craindre et a doubler. Et quant elle est devant ce juge, et il lui souvient des mauvaises œuvres et des grans péchiez qu'elle a faiz en ce monde par jour et par nuyt, lors tramble elle et quiert comment elle se puist fouir... » Fr. 916, fol. ij'^. Dans la Méditation de la mort (nouv. acq. fr. 10237), on relève ces vers : il est question de la mort
Par laquelle est desassemblee
De l'ame et du corps l'assemblée
Qui tant est chiere et tant plaist :
Toutesfois fault que par son plait
D'eul.x deux soit faicte despartie.
Pour ce eslis maie partie
Quant ton cuer es choses mondaines
Tu mes, et en plaisances vaines
Dont nul vrai prouffit ne s'ensuit... (fol. 210 vo).
Cf. aussi la pièce : Oest Valtercacion et disputacion entre VAme et le Corps, Van séparé de Vautre en dampnacton, sont Vun a Vautre révélée a un saint prodomme comme raconte ce qui s'ensuit, fr. 25547, fol. xx et suiv. ; et le poème anglo-normand publié par E. Stengel dans le t. IV du Zeitschri/t filr rom . Philologie (1880), p. 74-80 ; et, pour l'ensemble, Romania, t. XX(i89i), p. r et suiv., 513 et suiv., etc.