V. 18 18-19. — ^^ qui fut aux truyes,Je tiens
Qu'il doit de droit estre aux pour ceaulx.
(Sur cette application à des personnes de noms d'animaux, cf. Test. notes au huit. LXXXVI.) — Ces deux vers, comme il vient d'être dit, contiennent une équivoque : « Ce qui fut aux fiancées, aux tmies, doit retourner aux héritiers naturels, aux pourceaux. » Villon a détourné de son sens original le vieux proverbe : « Ce forfait la truye, que les pourceaulx le comperent » (E. Langlois, Ane. proverbes franc., n° 128, Bihl. de l'École des Chartes, t. LX (1899), p. 577) =; « la faute de la truie, que les pourceaux la paient. » Le proverbe a été modifié par la suite :
« Si truye forfaict, les pourceaux le souffrent : if the old Sow doe a fault, and men abhorre it, her young harmelesse Pigs are punished for it.» Cotgrave s. v. pourceaux). C'est, on le voit, une déformation, transportée à des noms d'animaux, du vers
Ouidquid délirant reges, plectuntur Achivi
d'Horace (Epist. I, 11, 14), si joliment rendu par La Fontaine :
Hélas ! on voit que de tout temps Les petits ont pàti des sottises des grands.
(Rihles, II, 4.)
CLVII Au « Seneschal » qui paya une fois ses dettes,
Villon le nomme — en récompense — maréchal, mais maréchal, ferreur d'oies. Il lui envoie ces sornettes (ses vers) pour se désennuyer. Il peut s'en faire, s'il lui plaît, des allumettes ; car on se lasse des meilleures choses, conclut modestement Villon.
V. 1820-1827. — Ce huitain est embarrassant. On croît, avec beaucoup de vraisemblance qu'il s'agit ici de Pierre de Brézé (le vrai nom est « Breszé » cf. Test. 6, note), grand sénéchal de Normandie, que Louis XI, à son avènement, avait fait emprisonner au château de Loches, pour venger d'anciennes rancunes. (Cf. Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. X, p. 213). Si cette hypothèse que Schwob a faite le premier est exacte (Rédact. et Notes, p. 144), le rôle de Villon, en cette circonstance, serait assez odieux ; car l'on sait que Robert d'Estouteville était l'ennemi déclaré de Pierre de Brézé au sujet de procès qu'ils avaient eus entre eux. Pour faire sa cour au prévôt qu'il croyait toujours en faveur et dont il ignorait l'incarcération, au moment où il écrivait, Villon n'aurait pas hésité à railler un homme dans le malheur, et dont il aurait éprouvé la générosité
Oui une fois paya mes debtes,
et alors même que cette dernière allégation serait ironique. Il faudrait en ce cas admettre si, comme il y a tout lieu de le croire, l'hypothèse de Schwob est fondée, que Villon, qui ignorait la disgrâce et l'incarcération de Robert d'Estouteville, avait été instruit de celle de Pierre de Brézé. — Longnon a émis l'hypothèse qu'il pourrait peut-être s'agir de François Villon. — III. 12
Louis de Bourbon, frère de Jean II, duc de Bourbon. Louis de Bourbon avait, en effet, été créé par ce dernier, en 1460, maréchal et sénéchal de Bourbonnais ; et Villon, suivant son habitude, joue sur le double sens du mot maréchal, tout en ayant l'air de faire allusion au double office dont Louis de Bourbon venait d'être revêtu. (Étude biographique, p. 85, et n.) Mais les quatre derniers vers du huitain infirment, semble-t-il, cette supposition.
v. 1823. — Pour ferrer oes et canettes.
Ferrer les oies signifiait s'occuper de choses vaines et inutiles. (Cf. Cotgrave s. v. oyes, et É. Picot, Recueil général de Sotties, t. I, p. 92, n. I.) Au Ponceau Saint Denis, à Paris, il y avait l'enseigne de la nonnain qui ferre Voe (Mariaige des IIII. fil^ Hemon, lat. 4641 B. fol. 148, et Champion où cette facétie est reproduite, t. I, p. 61 et suiv.). Dans la Mensa pinlosophica de l'irlandais Thibault Anguilbert, on lit ce passage : « Quidam volens ostendere inutiles occupationes beghinarum, fecit unum circulum, in quo erat depictum quomodo très beghine unum anserem sufferrabant : una tenuit pedem, alia applicuit ferrum, tercia cum malleo ferrum affixit. In circuitu autem circuli scriptum erat : sicut he très beghine de sufferrandis anseribus se intromittunt, sic faciunt relique. » (Lih. IV, cap. XLII, nombreuses édit. depuis le xv« s.). — J. Rouyer a décrit une pièce de plomb, monnaie de fantaisie des évêques des Innocents, qui représente un artisan ferrant une oie. Revue de numismatique belge (Bruxelles, 1882), p. 657. La reproduction de ce jeton est donnée dans cette même revue (année 1871) par L. Deschamps, dans sa Notice descriptive des niéréaux trouvés à Thérouanne, planche J, fig. 139 et p. 386. — Rouyer a rapproché le jeton du vers de Villon. — Cette représentation satirique se retrouve dans des tentures et des broderies imagées, comme dans cet Inventaire de la tapisserie appartenant a M. S. le duc d'Orléans, estant de présent en son hostel a Orléans, veue et inventoriée... 6716. « Ung dousseret ou il y a enfans nagens, et autres qui se meslent des oues ferrer. » Comte de Laborde, Z-« Ducs de Bourgogne, t. III, p. 551. (Cf. Du Cange s. v. dorserium). — Ferrer les oies, Rabelais dira dans le même sens : « ferrer les cigales » (I, xi).