V. 1923. — Et contentent bien leurs dehteurs
= « Et donnent pleine satisfaction à leurs créanciers. » — Locution de style. « De laquelle somme... et pour ledit terme je me tiens bien content. « Qiiittance autographe de Jean Régnier (4 mars 143 1), d'après le fac-similé donné par E. Petit, Le poète J . Régnier (Auxerre, 1904), tirage à part, p. 16 bis. — « Je vueil et ordonne que... soient paiez tant qu'ilz se tieignent tous et toutes pour contens. » Tuetey, Testaments, p. 379, etc.
— debteurs. Le mot « debteur » est-il pris ici par antiphrase avec le sens de « créancier » ? Il aurait alors le sens qu'il avait en wallon. « Les deteeurs devant dis aver qui jous sui tenus des devantdites detes » (cité par Godefroy s. v. debteur). Ou bien Villon qui, comme le remarque Schwob, avait dû, entre temps, travailler chez des clercs du Trésor, ne qualifierait-il pas ses légataires de débiteurs parce qu'il les suppose déjà en possession de leurs legs ? Or l'on sait que la comptabilité repose sur ce principe : tout compte qui reçoit doit à celui qui fournit. En tout cas, il y a, chez Villon, une plaisanterie voulue, non une méprise involontaire comme enavait fait Jean deMontreuil(i354-i4i8), par exemple, et qui donnait le nom à'imitator non pas à celui qui imite,, mais à celui que les autres imitent. Cf. A. Thomas, De Johannis de Monsterolio vila et operibus (Paris, 1883), p. 77. — A noter enfin, ainsi que l'avait déjà observé Gaston Paris pour un autre passage du Testament,que « Villon ne fait pas ici un testament in articulo mortis ; il suppose son legs exécuté immédiatement :
f ordonne quil:^^ soient pourveu^ Au moins pour passer cest yver. »
(Romania, t. XXX, p. 370-371.) Pierre Jannet, dans son édition des Œuvres de Villon, écrit : « Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot « debteur » dans le sens de « créancier » (Glossaire s. V. debteur). Les lexiques et dictionnaires de cette époque (1867) ne confirment nullement cette allégation qui aurait besoin d'être prouvée. En somme, les mots « créanciers » et « debteurs » ont toujours eu, en France, le sens que nous leur donnons aujourd'hui La phrase suivante de Laurent de Premierfait, dans sa traduction française du de Senectute de Cicéron, le confirme nettement : « Les viellars ont mémoire des noms des créanciers a qui ilz doivent, et aussi des debteurs qui leur doivent. » Fr. 9186, fol. 317^. — Laurent de Premierfait mourut à Paris en 141 8, et fut inhumé au cimetière des Innocents où Villon dut voir fréquemment sa tombe. Cf., à son sujet, la note marginale d'une main du .\ve siècle au lat. 13062, fol. 20.