V. 1961. — Guillaume du Ru fy cotiiviel
Le choix d'un marchand de vins pour assurer le luminaire se rattachait à une facétie qui avait cours dans les sociétés bachiques de la capitale, au temps de Villon (cf. ci-dessus Test. 1 360-1 361 notes). Le « vin » y était appelé « huile ».
O quam siint bcali
Qui peuvent boire de ceste huile !
(Fr. n. acq. 4518, fol. 9; fr. 1661, fol. 27.) Le vin était l'huile nécessaire pour éclairer la lampe de l'esprit :
Emplissez bien ce gutur (sic) Ne lampades extinguantur Car il est toujours nécessaire Que le saint ait beau luminaire ; Prenez ex oleo bisso Prenez de l'uille du bon saint.
(Fr. n. acq. 4518, fol. 13 v" ; fr. 1661, fol. 29 vo.) — Il y a là comme une réminiscence de ce vers de la Conjessio Goliac :
Poculis accendilur animi Incerna.
The latin Poenis attribiited to IValter Mapes (édit. Thomas Wright, Londres, 1841, in-40), p. 73, vers 49. -^ Jean Lefèvre dans sa translation « de latin en françois » du Livre de VArt d'amours d'Ovide, appelle le vin (' le bon Bachus, le dieu des huiles sermentines ». Fr. 881, fol. 60^ (sermentines se prononçait alors sarmentines). Cf. la note au vers 767 du Test., et la réponse de Marguerite d'Autriche qui avait été fiancée à Charles VIII, dans les Archives curieuses de V Histoire de France, t. I, p. 197-198. — A mentionner également la périphrase de cet étrange copiste, Raoul Tainguy, qu'il interpolait dans un ms. de Froissart : « boire un coup d'huile sarmentine ». Cf. Siméon Luce, La France pendant la guerre de Cent ans (re série), 2= édit. 1890, p. 257; et la note, sur ce même Tainguy, au vers 1670 du Testament. — Saint Nicolas, patron des écoliers présidait à ces réunions littéraires et bachiques, ancêtres du Caveau, et auxquelles nous initie ce très intéressant Sermon de la Choppinerie. Au moyen âge, « les écoliers devaient entretenir à leurs frais, probablement dans l'église paroissiale, le luminaire de la chapelle consacrée sous le vocable de leur patron, saint Nicolas. » Hauréau. Notices et extraits de quelques mss. latins de la Bibliothèque nationale, t. IV, p. 276. (Il s'agit du lat. 15131, ms. du xiii': s.) .« Ceux qui, par
pauvreté, n'auraient pas contribué au luminaire de saint Nicolas, devaient être battus — suh poenavcrheris-» (p. 272). L'invocation du nom de saint Nicolas évitait, croyait-on, l'ivresse aux buveurs. Dans le « xve chappitre » des Euvangilhs des quenouilles, on lit : « Je vous dy encores pour vérité que cellui qui veult boire de toutes manières de vins sans estre yvre, il nefault que se desjuner d'une pomme sure au matin, et sur ce, boire ungtraict d'eaue fresche ; et sans faulte il ne sera de ce jour yvre. Glose. Marion Joly Treu disoit que son père Mouscaille ne fut jamais yvre de vin qu'il beust, mais c'estoit pour ce qu'il reclamoit tousjours sainct Nicolas devant et après boire. » Fr. 21 51, fol. 57 r°. — Le collège de Saint-Nicolas-du -Louvre {Collegium s. Nicolai de Lupard) avait été fondé par Robert de Dreux, frère de Louis VII, pour des étudiants pauvres. Cf. les statuts dudit collège dans Du Boulay, Hist. Universitatis parisiensis, t. III, p. 139 (an. 13 10); une lettre de Charles VI, Ihid., t. IV, p. 386 (an. 1565); Ordonnances, t. VIII, p. 307; Lebeuf (édit. 1883), t. I, p. 57 et Bournon, Rectifications (1892), p. 27.