‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 170 sur 269 · V. 2000-01. — Vestus rouges coin vermillon · texte numérisé non relu

V. 2000-01. — Vestus rouges coin vermillon

Car en amours mourut inartir.

Villon qui se prétend martyr d'amour, demande que ceux qui viendront à son enterrement soient vêtus de rouge, tout ainsi qu'à l'église lorsque le prêtre célèbre la fête des saints Martyrs de la foi, il revêt, de même que le diacre et le sous-diacre, des ornements rouges pour la cérémonie. « Item, on doit user de rouge couleur es draps que en met au jour des martirs pour la cause du sang espandu en la passion Jhesucrist et en leur martire. » Guillaume Durand, Racional des divins offices , trad. de frère Jehan Goulain (1572), Paris, 1503, in-fol., fol. G?>'^.

— « Ceulx qui prennent rouges paremens fischent leur devocion sur celle escripture : Sub throiio Dei audivi 'oces clamantes: Vindica sanguinem nostrum .'Les voyx furent oycs dessoubz le throne de Dieu criant : Venge nostre sang qui est espandu, Sire, qui es nostre Dieu! » Ibid., fol. 68<1. — Ces deux citations répondent vraisemblablement à la pensée secrète qu'avait Villon en écrivant ces vers.

— Car en amours mourut marlir. — Villon tient à ce que l'on sache qu'il est mort martyr d'amour : il y a là, sans doute, beaucoup de littérature, mais aussi quelque vérité ; et ce n'est pas toutefois l'indignité de l'objet de ses amours qui en supprimerait le martyre, comme l'a justement observé M. André Suarès. « Pourquoi ne veut-on pas qu'il soit martyr d'amour ? Parce qu'il aime des femmes indignes ? La belle raison. Et si elle est bonne, un tel amour plus qu'un autre est martyr... Il aime la femme, on le sent trop, jusqu'à les aimer ou les haïr toutes. Il ne peut se passer d'elles ; il les désire autant qu'il les méprise... Ardent au plaisir, il désespère de l'amour, et, faute d'une amoureuse, il est toujours en quête de maîtresse, pour maudire son supplice ou pour s'y

avilir sans merci. L'indignité des amours n'en bannit pas le martyr. » La Nouvelle Ri'Viii' française, t. V (1918), p. 277.

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