V. 34-35. — Ainsi le font, l'un a Vautre, pourceaux
Car, ou Vun brait, il^ fuyent a monceaux.
Plaisante façon de faire appel à la solidarité de ses amis. Cette image des pourceaux — à propos de ses amis — est empruntée au passage suivant, légèrement modifié, d'un sermon de maître Eustache, des frères mineurs, où ce dernier critique les médisants : « Multi sunt qui aliis non compatiuntur, sed magis detractationibus lacérant, similes canibus mastinis. Quando unus canis percutitur, statim alii insurgunt contra eum et mordent dentibus ;'ita multi alios infestant detractationibus, cum deberent eis compati. Taies sunt détériores porcis ; nam quando unus clamât, statim alii incurrunt compatientes. « Lat. 14952 (xiiies.). Passage cité par Hauréau, Notices et ext. des Mss. de la Bihl. nat., t. XXXII (2e part.), p. 294.
— a monceaux, « par troupe » ; catervatim, en troupeau. Cf. Du Cange s. v.farassia. —On a remarqué avec raison que les poésies de Villon sont inséparables de sa biographie, qu'elles se complètent mutuellement, et que vouloir étudier les premières à l'exclusion de la seconde, c'est se priver du fil conducteur qui relie l'homme à son oeuvre et qui aide à la mieux comprendre. C'est au fond d'un cul-debasse fosse que Villon composa (mentalement) cette épître, dans toute la détresse de son corps et de son cœur. Dans cette ballade où se coudoient sans se heurter les pensées les plus disparates, Villon évoque d'une part les idées de piété qu'il tenait de ses entretiens avec maître Guillaume ; de l'autre, le souvenir de ses folles équipées avec ses compagnons de plaisir, ces clercs goliards et ces gallans sans-souci avec lesquels il faisait si bon vivre. Car ce sont ces derniers qu'il a surtout en vue (couplets i et 2) ; c'est cette vie relâchée du théâtre auquel il avait dû donner le meilleur de son temps (et que nous ne connaissons que par des allusions rapides, comme ici) qui fixe pour un moment ses regrets et qui lui inspire cette pièce charmante où l'horreur de sa situation présente n'empêche pas le sourire, et même la gaîté railleuse, ce qui, — avec nos idées modernes — ne laisse pas de déconcerter l'observation et de suspendre un moment le jugement. ■ — Cette ballade n'est transcrite que par C, et a pour titre Espitre (sic), et rien de plus. En lui donnant le titre à'Epistre a ses amis, ou tout autre similaire, en en limite la portée à ses seuls amis, alors qu'elle a une signification plus large ; et, par suite, on en dénature le caractère. Dans le premier dizain, c'est bien à ses propres amis que s'adresse Villon ; dans le second, c'est à ses compagnons de plaisir, en général ; dans le troisième,
c'est aux personnages influents, les seuls sur lesquels, en somme, il puisse compter, qu'il lance son appel. Ce dernier couplet doit être pris dans son sens propre, et non par antiphrase, comme on l'a dit ; et c'est en partie à ce malencontrenx sous-titre à ses amis d'invention, toute moderne, qu'est due la méprise des commentateurs.