‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 23 sur 269 · V. 1324-25. — Pas il:;^ ne dorment comme loirs · texte numérisé non relu

V. 1324-25. — Pas il:;^ ne dorment comme loirs

Oui trois mois sont sans resveillier.

Dormiunt glires biemem perenneni

écrit Ausone (Ephem. I, 5), réminiscence d'Aristote : « Glires hyeme cubant » cf. Perotti, Cornucopia s. v. glis. Cette particularité des moeurs du loir a été relevée par nombre d'écrivains dans l'antiquité et au moyen âge. Villon s'est peut-être rappelé la jolie pièce d' Ausone, tant elle s'applique bien (prise par antiphrase) à nos deux chanoines de Notre-Dame. Ausone était beaucoup plus lu au moyen âge qu'il ne Test de nos jours, et Robert Gaguin, à la fin du xv^ siècle, en préconise l'étude dans son de Arte metrificandi (cf. mon édition de Gaguin, t. I, p. 32 et n. 3). Chartier en conseillait la lecture (fr. 1123, fol. 227), et Jean Daudin, dans la dédicace à Charles V de sa traduction des Remèdes de Tune et l'autre Fortune de Pétrarque, le nomme à côté des écrivains les plus illustres. (Cette dédicace est publiée in extenso dans les Notices et ext. des mss. de la Bihl. nat., t. XXXIV (1891), i'"'-" part., p. 295, d'après le fr. 9683); Philippe de Mézières recommandait à son royal élève (Charles VI) Ausone « souverain poète ». Songe du Viel Pèlerin, Arsenal, ms. 2683, fol. 196, cité par Jorga, dans sou ouvrage sur Philippe de Mézières (Paris, 1876), p. 23, n. 7 ; enfin, en remontant au siècle précédent, Vincent de Beauvais le cite également: Hist.litt. de la France, t. XVIII (1835), p. 484, etc., etc. — Dans cette pièce spirituelle (Ephemeris IV) Ausone reproche à un certain Parménon de boire et de manger toute la nuit, et de faire ensuite la grasse matinée pour cuver sa bonne chère. Aussi le compare-t-il aux loirs : Dormiunt glires hietiiem perenncm, mais il ajoute aussitôt : Sed cibo parcunt; et poursuit: tibi causa somni || Multa quod potas, nimiaque caedis \\ Mole saginam (v. 5- 8). Nos deux chanoines aussi, dorment et ne mangent guère ; leurs débiles estomacs ne pouvant plus rien supporter : Thibault de Vitri est contraint de demander la permission au Chapitre de manger du beurre en carême, et Guillaume Cotin, « attendu son antiquité et la faiblesse de sa personne », est dispensé de toute fonction active et est autorisé, comme son collègue, à manger des œufs et du beurre en ce même temps d'abstinence. Guillaume Cotin mourait dans les premiers jours de mars 1462 (n. acq. fr. 8290, fol. 7 vo). — Cf. aussi Champion, t. I, p. 161-163.

V. 1 326-1 527. — Au fort, triste est le sovnneilHer Qui jidt aisier jeune en Jeunesse.

Ces vers sont le développement de l'ancien proverbe qu'ils évoquent : « On doibt quérir en jonesse dont on vive en viellesse. » Bibl.de V École des Chartes, t. LX (1899), p. 590, no 489.

CXXIV. — Villon déclare qu'il va en outre écrire au collateur pour les recommander. Sa sympathie est bien désintéressée, car il n'a jamais connu leurs mères, pour cette bonne raison qu'elles étaient mortes bien avant qu'il fût né.

v. 1332. — Or prient pour leur hienfacleur.

« Q.u'ils prient donc pour moi, leur bienfaiteur ! «

CXXV. — A « Michault » Culdoe et à sire Chariot Taranne, \'illon donne « cent solz », et y ajoute un legs d'allusion erotique.

V. 1338-45. — La plaisanterie de Villon consiste à donner à ces riches bourgeois cent sous tombés du ciel comme la manne du désert, et avec cela, une paire de « houses de basane » équivoques, à une condition d'ailleurs assez malaisée à remplir, vu la complexion amoureuse — probablement fort réduite — de ces gros capitalistes (on ne peut pas tout avoir), et qui rendait sans doute illusoire le don que leur fait Villon, au courant de cette particularité. Michault Culdoe n'avait pourtant alors (1461) que cinquante-quatre ans, étant né en 1407 (fr. 27437, pièce 10, Généalogie des Culdoe), et Chariot Taranne, à peu près le même âge. C'est d'ailleurs par pure ironie que Villon (on ne semble pas l'avoir remarqué) appelle Culdoe « Michault « bien qu'il se nommât « Michel » ; mais, dans la phraséologie galante de l'époque, « Michault » avait une signification spéciale que notre légataire était, paraît-il, impuissant à justifier.

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