V. 8. — Chanté me fut ceste omelie
Chanté, invariable. Cf. ci-dessus la note au vers 71 de la pièce IX des Poésies diverses.
V. 9-10. — Sefeusse des hoirs Hue Capel Qui fut extrait de boucherie...
Chiamato fui di là Ugo Ciapetta...
Figliuol fui d'un beccajo di Parigi.
(Purg. XX, 49, 52.) — Ce n'est toutefois pas de Dante que Villon (qui l'ignorait complètement, sans doute) a pris cette légende qui faisait d'Hugues Capet le fils d'un boucher de Paris, mais de la geste de Hugues Capet, publiée postérieurement au séjour présumé de Dante* à Paris (1308 ou 1309). Cf. Ferdinand Lot, Etudes sur le règne de Hugues Capet et la fin du À'e siècle (Vzns, 1903, in-80), p. 342 et suiv. — Pierre de la Dehors, lieutenant-criminel du prévôt de Paris, appartenait à une famille parisienne de bouchers, et avait rempli l'emploi recherché d'écorcheur-juré de la Grande Boucherie de la ville ; ce qui explique les regrets de Villon de n'être pas « extrait de boucherie ». V. 11-12. — On ne ni'eust, parmy ce drapel, Fait boire en ceste escorcherie.
Allusion à la question de l'eau, entonnée à travers un linge dans l'estomac du prévenu. Cf. lan. au v. 738 du Tw^, et celle du t. III, p. 585, y. 27-28.
— escorcherie. Double signification du lieu où l'on abat et dépouille les animaux de boucherie, et du lieu de torture pour les hommes. Cf. Du Cange s. v . escorcheria ; et fr. 32586, p. 39 expassim (Registres de la Grande Boucherie de Paris). — Ce double sens du terme escorcherie existait dans la réalité, témoin l'arrêt suivant de la Cour de Parlement, à la date du 19 décembre 1462. Aussi Villon ne manque-t-il pas de jouer sur les mots, à son ordinaire. « La Court a défendu a André Paroisse, geôlier des prisons de la Conciergerie du Palais royal a Paris, sur peine arbitraire a applicquer au Roy, qu'il ne tue ne face tuer en ce palais beux, vaches, moutons et autres bestes touchant fait de boucherie, en quelque manière que ce soit. » Dupuy 250, fol. 59;fr. S908, fol. 109 v°. — Après son arrestation et celle de ses complices, Villon avait été incarcéré au Châtelet. Quant à Garnier, il doit être identifié avec Etienne Garnier. Le 16 octobre 1453, <^^ dernier était geôlier de la Conciergerie du Palais. Il fut révoqué cette même année pour manquement grave. En 1459, °" retrouve Etienne Garnier « clerc de la geolle
François Villon. — III. 18
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du Chastellet », office qu'il occupa jusqu'en 1463. Il était certainement fort lié avec Villon qui, après sa condamnation à mort, lui avait manifesté son intention d'interjeter appel. Garnier qui connaissait le passé judiciaire de notre poète (à Paris, pour le moins) l'en avait dissuadé, lui disant que c'était « folie » de sa part et qu'il n'avait qu'à « soy taire >i. Malgré cela, Villon en avait appelé ; et, selon l'usage, il avait aussitôt été transféré du Châtelet à la Conciergerie du Palais. Faisant allusion à la question de l'eau qu'il avait subie au Châtelet, il emploie le mot « escorcherie » pour désigner cette prison, alors que le terme eût mieux convenu encore à la Conciergerie où — effectivement — on écorchait les bêtes. Mais appliquée au Châtelet, cette dénomination vise autant Pierre de la Dehors, écorcheur-juré de la Grande Boucherie, que l'établissement où l'on soumettait les prévenus à la torture. L'équivoque n'était pas pour déplaire à Villon.
v. 13. — Vous entende:^ bien Joncherie'?
A Etienne Garnier, personnage fortement suspect, Villon ne craint pas de servir un mot d'argot d'ailleurs passé dans la langue populaire, sûr qu'il était d'être compris de son correspondant. Joncher ie ^ tromperie. Ci. Jargon, bal. V, v. 154. — Coquillart l'a employé par deux fois : « Par motz dorés, par joncheries » (T. II, p. 54) ; « Aux fins espritz les joncheries » (T. II, p. 185). — De même dans La repue de Villon et de ses conipaignons (édit. Jannet), p. 189, 190. — « Sang bieu 1 ce n'est que joncherie ! » dit le Pardoniieiir, dans la farce du même nom. (Ane, Théâtre franc., t. II, p. 50, etc.) — Le mot joncherie à l'adresse d'Etienne Garnier a, dans la bouche de Villon, une saveur toute particulière, lorsqu'on connaît le ciirriculum vitae peu édifiant de ce « clerc du guichet ». Cf. Champion, t. II, p. 582-384.
v. 22. — Quant on nie dist, présent notaire...
« Et pour ce ledit evesque volt et ordonna, presens les diz notaires,... » Tuetey, Testaments, p. 408. — Les notaires du Châtelet remplissaient également l'office de greffiers criminels, comme ce Pierre Basennier dont parle Villon {Test. 1362). — H y a, dans le vers de Villon, une réminiscence voulue du style judiciaire. « La Court a ordonné que ledit de Dampmartin, présent le procureur du roy, viendra requérir l'entérinement desdites lettres. » (13 mai 1468), fr. 5908, fol. 127.