‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 248 sur 269 · V. 34. — Court triumphant, fiât, sans vie desJire · texte numérisé non relu

V. 34. — Court triumphant, fiât, sans vie desJire

— Fiat, qu'il soit fait, c.-à-d. « accordé ». Mention mise en marge d'une requête pour marquer que cette dernière était admise. — Villon qui « sçavoit sa Bible » pensait peut-être involontairement, en écrivant ce vers, aux nombreux versets du psaume CXVIII qui commencent par ce même mot, et qui étaient en conformité avec sa situation présente. « Fiat misericordia tua ut consoletur me » (76) ; « Fiat manus tua ut salvet me »; (173), etc. — Coquillart l'employera facétieusement dans ses Droits nouveaux :

Les unes refusent tout plat...

Les autres respondent : Fiat !

(Œuvres, t. I, p. m).

(Voir ci-dessus, t. II, p. iil.) LES SOURCES DU « DIOMEDÈS »

Dans les huitains XVII-XX du Testament, Villon raconte l'histoire d'« Alixandre » et du pirate « Diomedes », « Diomedès » (prononcé à la moderne).

La première mention que l'on connaisse de ce récit se trouve dans un fragment de la République de Cicéron, fragment rapporté par Nonius '.

Vient ensuite la relation de Ca^cilius Balbus, rhéteur qui florissait à Rome au temps de Trajan. Dans cette rédaction, le nom du pirate « Dionides »y est donné pour la première fois^.

Saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, fait une allusion au récit de C;vcilius Balbus, sans citer, toutefois, le nom du pirate 3.

Jean de Salisbury, qui suit, insérait dans son Polycraticus, le récit de Cœcilius Balbus, d'après un manuscrit aujourd'hui disparu ■♦.

1. Nonius, IV, 226; XIII, 6. Cf. Ciceronis opéra omnia(Vms, 1851, in-8), t. V, p. la, p. 303.

2. Caecilii Balhi de nuc;is Philosoplioniui qiiae siipeisinit (Bi\\e, ïS'y^, in-4, édition Edouard Wocifflin), p. 5 .

5. £)(' CiviUitf Dei, IV, 4. — Le texte en est donné plus loin.

4. Le seul manuscrit connu qui ait conservé le texte de Cïecilius Balbus est celui de Hambourg, publié par W'oeltflin, et reproduit ciaprès.

ér4 FRANÇOIS VILLON

Au xiv^ siècle, Jacques de Cessoles intercalait cette anecdote dans son Liber Scachorum qui fut traduit en français, à peu près à la même époque, par Jean du Vignai et par Jean Ferron. Bien que Jacques de Cessoles se soit contenté de démarquer le texte du Polycraticus, il n'en déclare pas moins tenir son récit de saint Augustin. Comme dans le Polycraticus, le nom du pirate est « Dyonides ».

La traduction de Jean Ferron donne toujours, comme l'original de Jacques de Cessoles « Dyonides », au contraire, Jean du Vignai l'appelle, comme plus tard Villon, « Diomedes ». Toutefois, dans le texte latin de Jacques de Cessoles, de même que dans les deux traductions françaises, les idées contenues dans le huitain XIX ne se trouvent pas exprimées, alors qu'elles le sont dans le texte latin du Polycraticus et dans la traduction française de ce dernier ouvrage faite au xiv^ siècle par Denis Foullechat.

Il résulte de ces différentes remarques que Villon a suivi soit le texte latin, soit la traduction française du Polycraticus, de même qu'il a connu la traduction française du traité de Jacques de Cessoles faite par Jean du Vignai. Mais, si Jacques de Cessoles avait déclaré — à tort — tenir son récit de saint Augustin, Villon lui aussi, sans plus de raison, croyait devoir attribuer le sien à « Valere le Grant ». Cette dernière méprise peut sans doute s'expliquer ainsi. La plupart des exemples cités par Jacques de Cessoles dans son Liber Scachorum (ainsi que dans les traductions françaises) sont empruntés à Valère-Maxime. Il est vraisemblable que Villon, qui écrivait de mémoire, aura par erreur attribué la paternité de ce récit à « Valere le Grant » parce que ce dernier nom, qui revient sans cesse sous la plume de Jacques de Cessoles, l'avait plus particulièrement frappé '.

I. Bibl. nat., fr. 578, fol. 77 a; 77 <i ; 81 c/ ; 82 a ; « Valerien racompte » ; — fol. 89^; 89 <i; « Valerien le Grant », etc. — Il se peut aussi, ainsi que le remarque l'éditeur du Villon de 1742 (p. 55, n, b.), que (' ce qui peut avoir trompé Villon, c'est que Valère-Maxime (lib. II, cap. VIII, n. 5) se sert des mots mxoparonum piraticis rostris ».

Pour l'intelligence des remarques qui précèdent, je donne successivement d'abord le texte de Villon, puis ceux de Cicéron, de saint Augustin, de Ccecilius Balbus, de Jean de Salisbury, la traduction française du Polycraîlcus, le texte latin de Jacques de Cessoles, et les deux traductions françaises de ce passage.

Il n'y aura plus ensuite qu'à tirer la conclusion qui se dégage de la comparaison de ces différents morceaux.

Texte de Villon .

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