‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 95 sur 269 · V. 1670. — Mes clers près prenans comme glus · texte numérisé non relu

V. 1670. — Mes clers près prenans comme glus

= « Mes clercs qui prenez, comme la glu, tout sur quoi vous mettez la main. » Dans Coquillart, un avocat qui tond de près ses clients s'appelle « Maistre Olivier de près prenans « (t. II, p. 31), proche parent, dans ce monde de la procédure, de « Monseigneur maistre Pierre Hapart » (//;?y., p. 64) ; digne successeur lui-même de ce « Martin Hapart »

Oui hapoit de chascune part.

(Jubinal, Nouv. Recueil de Contes..., t. II, p. 202).

— comme glus. — Vs de glus n'est nullement mis pour la rime, on

trouve indifféremment glu et glus. Cf. fr. 1302, fol. 97'^, 99*^ (glu) et m. lig. glut^.

C'est la putain qui preut et lace... Plus que glus >ie serpent ne hape.

Chrcstien Legouais, Métamorphoses d'Ovide dans C. Bartsch, La Langue et la littérature franc, depuis le IX^ s. jusqu'au XIV*^ s. (Paris, 1887), col. 649-650. — « La plus propre glus a prendre les hommes, c'est repairer avec femmes. » Fr. 9508, fol. 79'= (xve s.). — « Comment les oiseaux sont prins a la gluz. » Le Livre nommé Rustican, fr. 12330, fol. 289b (et dans le courant du chapitre), ms. du xve s. — « Qui avaient prins de leurs coulons a la gluis. » Grant Coustumier, fr. 10816, fol. 195. « .... a la gluz »; n. acq. fr. 3555, fol. 69. — « à la glu » (édit. Laboulaye-Dareste, Paris, 1868, in-80, p. 179). On voit tout l'avantage qu'il y a, quand le cas s'y prête, à citer les mss. de préférence aux imprimés : ceci, en réponse à une critique de Darmesteter qui reproche à Godefroy, dans un magistral compte-rendu des huit premiers fascicules du Dictionnaire de l'ancienne langue française, de citer ses exemples d'après les manuscrits plutôt que d'après les imprimés (Remania, t. X (1881), p. 436). Trop souvent les éditeurs anciens et modernes rajeunissent l'orthographe du texte qu'ils ont à reproduire en négligeant d'en prévenir le lecteur ; sans compter les erreurs que font journellement commettre les typographes. Paulin Paris reproduisant dans le tome II de ses Manuscrits de la Bibliothèque du Roi (p. 288) la souscription d'un certain copiste Raoul Tainguy à la suite du troisième volume de la traduction des Décades de Tite-Live par Pierre Berceure (ms. du commencement du xv^ s.), écrit ce vers : Tondis piant du meilleur (toujours buvant du meilleur) : le typographe qui n'a pas compris, a lu : Tandis priant... ce qui est absurde. Il ne le serait pas moins d'attribuer l'erreur à P. Paris qui a seulement été coupable d'inattention dans la correction de ses épreuves. (Le ms. en question, d'une très belle écriture, est le fr. 266, et le passage incriminé se trouve au fol. 2o8b.) — Cf., à ce sujet, une remarque topique de Léopold Delisle, avec preuves à l'appui, où il déclare « indispensable de remonter aux manuscrits », à propos de l'édition de Vérard, des plus incorrectes, sur la Politique et l'Économique de Nicole Oresme. Bibl. de l'École des Chartes, t. XXX (1869), p. 620.

v. 1671-72. — Se vous alei a Montpipeau Ou a Ruel, garde^ la peau.

François Villon. — III. 8

44^ FRANÇOIS VILLOX

« Si vous allez voler; si vous allez détrousser, prenez garde à votre peau ! » Il y a là deux locutions argotiques pour dire «voler en pipant », « voler en détroussant », comme on disait « aller à Mortagne » pour « tuer»; « aller à Niort » pour « nier ». La démonstration en a été pleinement faite dans la. Roman ia,, t.XLIII (i9i4)> P- 102-105. — Les deux vers de Villon se trouvent commentés parles suivants qui figurent dans la seconde ballade en jargon :

Coquillars arvans a Ruel !

Men ys vous chante que gardez

Que n'y laissez et corps et pel.

« Coquillards, quand vous « travaillez » je vous dis que vous preniez garde à n'y pas laisser votre peau . » Du Gange, à propos du mot arvale qu'il rattache à arva, écrit : « At vero unde sit vox arvde, quae malum propositum sonare videtur, haud satis scio. » Et il cite ces deux vers des Vitae Patniin viss. :

Et si s'en vient moult liement, Sans maltalent et sans arvale...

s. V. arva. — Dans Ruel entre le verbe luer qui avait le sens de « jeter à bas, renverser à terre » ce qui établirait une distinction entre les deux expressions : la première signifiant le simple vol, la seconde l'attaque à main armée, suivie ou non de meurtre. Dans l'argot actuel « dégringoler un pante » signifie à la fois, c jeter à terre un passant pour le voler, el le tuer au besoin ».

— gardei la peau, veillez à votre peau. Cf. plus loin, Pocs. div., XV, 3 ; c'est ce que, dans la seconde ballade en jargon relative à Colin de Ca3'eux, Villon traduit par : « Q.u'au giffie ne laissez le pel ;= qu'au gibet ne laissiez la peau » (bal. Il, 62).

Y eut quelque cinq cens Anglois Qui la si laissèrent la peau.

Martial d'Auvergne, dans Quicherat, Procès et condavniation de Jeanne d'Arc, t. V, p, 57 (d'après le fr. 5054). Du même Martial :

Y laissèrent l'otz et la pel,

(^ y laissèrent la peau et les os.) Cité par Godefroy s. v. oti (os).

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