‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 94 sur 269 · V. 1664-1665. — Une leçon de mon escolle · texte numérisé non relu

V. 1664-1665. — Une leçon de mon escolle

Leur larray, qui ne dure guiere.

Villon qui se pose ici en moraliste dit « une leçon de mon escolle » par opposition à l'autre école, celle dont Marion l'Ydolle était la tenancière.

Leur larray = leur laisserai (futur du verbe laire ou laiir) : leçon fournie par C contre lirayde AFL Longnon, dans sa v^ édit., avait à bon droit mis lairay, qu'il a changé en liray dans la seconde édition (et la troisième). M. Foulet préconise la leçon liray, en s'appuyant sur le verbe Escoutent du vers 1667, et sur le vers 1684 : Qu'ung chascun

encore m'escoute! Modem Lunguage Notes (Baltimore), t. XVII (191 2), p. 61 Mais « lire » implique nécessairement l'intervention personnelle de Villon. Or c'est après sa mort que communication doit leur en être faite, c'est donc un legs. M. Schneegans, dans ses deux éditions de Villon, opte justement, semble-t-il, pour la leçon « lairay», et donne la raison de son choix. Cf. Zeitschrift fïir romanische Philologie, t. XXXI (1912), p. 503; de même M. Mario Roques, Romania, t.XLIII(i9i4), p. 102. — Le futur larray est pris, ici, pour le présent de l'indicatif : c'est le seul exemple, dans le Lais et le Testament où Villon emploie toujour ce dernier temps : je laisse; je donne. — Escoutent équivaut à : « Qu'ils soient attentifs, qu'ils écoutent mes conseils ; ce sont les derniers que je leur lègue. » — Escoutent (1667); esconte (1684) ne vont pas moins bien avec larray qu'avec liray, il conviendrait de l'entendre au sens passif (on en connaît des exemples, Test. 71 1-7 12), — leur sera lue, comme le fait la Vieille dans ce passage du Roman de la Rose, où elle conseille cyniquement aux jeunes femmes de profiter de leur jeunesse :

Mes bien sai qu'eles m'en creront, Au mains ceus qui sages seront, Et se tendront as rigles nostres, Et diront maintes paternostres Pour m'ame quant ge serai morte, Qui les enseigne ore et conforte :

Car bien sai que ceste parole Sera leue en mainte escole.

(T. II, p. 445, v. 15694 et suiv.)

V. 1668 et suiv. — Beaux enfants, vous perdez vos plus beaux jours dans des pratiques criminelles où vous risquez le gibet, en cette vie, et votre perdition éternelle dans l'autre. Rappelez-vous Colin de Cayeux occis par justice ! Et c'est pour des résultats aussi illusoires que vous couchez un tel gage! D'ailleurs, tout argent mal acquis ne saurait profiter : où va-t-il ? je vais vous le dire.

V. 1668-69. — Beaulx en/ans, vous perde:^ lapins Belle rose de vo chappeau...

Beaulx enfans, terme de courtoisie. Dans le chantefable à'Aïuassin et Nicolette, le jeune damoiseau ne s'adresse pas autrement aux pastoureaux. (Il est vrai qu'il a un service à leur demander.) « Bel enfant. Dieu vous ait !... Bel enfant, redite la chançon. . . Bel enfant, ne me

connoissez vous? etc. Cf. l'édit. de Suchier (Paderborn, 1903, in-80), p. 27 et passini. L'épithète « beau » « bel » s'appliquait comme appellation honorifique ou affectueuse aux hommes et aux femmes. Les exemples en sont innombrables. Dans Uns enseignemens que une grant et sainte dame envola par unes lettres a une seue bonne amie en Nostre Seigneur Jésus Christ, revient à chaque instant l'appellation « belle fille ». Fr. ii56(xives.), fol. 132 v", 133 v°, 134, etc. — Du temps de Villon, cette dernière appellation tendra à concerner plus particulièrement les filles galantes. (Cf., ci-dessus, la fin de la note au vers 15 14.)

— Vous pcrde:^ la plus Belle rose de vo chappeau. Façon de parler courante : « Haa ! conte de Dampmartin, vous perdrés en moy la plus belle rose de vostre chappeau, car, après ma mort, vous aurés bien affaire. » La Chronique martinienne (Ant. Vérard, Bibl. nat. Rés. G. 254), fol. ccc.viia. (c Comment le roy sceust par aucuns secrettaires du Daulphin que le conte de Dampmartin n'avoit point escript nulles lettres au Daulphin. »

— vo chappeau, votre chapeau, Vo est une forme dialectale 'poux vostre. Très employée par les poètes, et pour cause, elle abonde dans Deschamps. Cette gracieuse façon de parler était empruntée à la réalité où, non seulement les jeunes gens et les jeunes filles, les « valetons » et les « pucelles », mais aussi les hommes mûrs (ce qui s'explique moins, et qui devait être d'un effet plutôt grotesque) portaient ce genre de coiffure. « Item pour chappeaulx de roses donnés aux conseillers de la Religion et aultres notables gens et conseillers du Roy : a esté payé viii s. vni d. » Censive du Temple, an. 1457. Arch. nat. MM. 135, fol. 139 V. — Sur l'origine des chapeaux de fleurs et des couronnes, cf., dans Polydore Vergile, un curieux chapitre, limité toutefois à l'antiquité, dans son De inventorihus rerutn, lib. II, cap. xvii.

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