LOUYS DE LA CHAMBRE
Chevalier, Conseiller du Koy
en son Conseil d'Estat, Cardinal et abbé de Vendosnie,
Grand Prieur d'Auvergne, etc.
Monseigneur,
E ne sera pas que vous ne trou- ^^^Ij^}^ v/ez estrange que je vous aye choisi pour perrain d'un si brusque fruict qu'est celuy qui a '^'^^^^ esté esclos durant ces neuf Matinées, lesquelles il faut que je recognoisse estre gaillardes et récréatives; mais sous telle resjoiiissance il y a moyen d'en tirer du proffit. Il n'y a point d'apparence d'avoir l'esprit tousjours bandé à choses sérieuses. Bien est vray que, si mes souhais eussent eu lieu, il y eut eu d'avantage de sel, et par ce moyen les discours eussent esté trouvez plus gra-
ves; toutesfois cela n'eut respondu à mon dessein matinier, puis que je m'estoie promis de communiquer au public, sous vostre authorité, plusieurs gentilles conférences que j'ay eu avec quelques miens amys, lesquels, ayans senty que j'avoie pris l'air par l'advis du médecin pour descharger mor cerveau des mornes solitudes, qui mechagrignoient, se voilèrent à courir mesme fortune que moy. Or, parce que les Relevées ne m'estoient libres, et que, quoy que par un millier d'esbats ils essayassent de me desrober le souvenir de ma douleur, festoie h plus souvent saisy à poinct nommé de ma frisson, fut résolu que, pour m'entretenir le soûlas qui {à mon advis) pouvoit principalement me resjoûir,nous prendrions les Matinées pour nous exercer à vuider en philosophes quelque question. Le temps estoit fort propre : alors l'esprit estoit plus à délivre, et n'y avoit aucun de la compaignie qui ne prit bien à plaisir de se dégourdir et aiguiser l'appétit par ce moyen, au disner. Voila comment la retraite que je fis aux champs fît renaistre, comme de nouveau en ce pays, ce tant renommé Lycée. Or le nombre de neuf, qu'icy j'ay retenu, n'est sans mystère : c'a esté comme une neufvaine, qui m'a guery de mes douleurs, et m'a rendu contant à merveilles. A peine fusmes nous sur la dernière que me voila gay, dispos et sans aucune douleur. Je tiens ma ressource