‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 35 sur 43 · DE L INEGALITE · texte numérisé non relu

DE L INEGALITE

vostre temps : c'est une chose qui faut qui passe; et, quand vous auriés emploie verd et sec, vous ne l'en sçauriez dissuader, et divertir le cours de la céleste destinée. Or j'estime que vous tenez que les astres prédominent, sur tout pour ceste affection amoureuse. Si vous regardez à l'horoscope de ce bon personnage, vous trouverez qu'au moment de sa naissance la lune estoit arrestée sur l'un des quarts, qui est, ainsi qu'a remarqué Ptolomée Alexandrin, un tesmoignage tout asseuré, et qu'il devoit estre marié fort jeune, et que, tout croulant de vieillesse, il auroit du jeune bois. Si la lune eut esté au déclin sur l'une des Occidentales, il eust esté marié sur le tard à une vieille. Si Saturne eut esté au Mouton, encores eussiez eu pis : il eut eu une vefve, ou une putain, ou en un mot le reste d'un autre. Encores estes vous bien heureux de ce qu'il tend à une honeste damoiselle, laquelle aussi ne pouvoit fuir qu'elle ne tombast entre les bras d'un vieillard. Vous sçavez, aumoins je le vous apprens, que, iors qu'elle naquit, le soleil en sa figure estoit sur l'une des deux quartes Orienteles, voire quand il eut tiré sur l'une des deux Occidenteles, tousjours elle estoit menacée de ce qu'il faut qui luy advienne, à sçavoir que la première fleur de sa jeunesse soit liée d'un poil gris et chenu. Et

pource Julius Firmicus dit qu'il y a des jeunes femmes, lesquelles sont tellement commandées par les astres qu'elles aiment mieux s'accointer des vieillards que des jeunes. Et ainsi vous concluez, S'" Fulgence, â la genethliaque, encores que vous teniez formellement que les astres ne nous prédominent : Sapiens dominabitur astris.

— Je pourroie. S'' Libanius, vous monstrer du contraire; mais cela estendroit ce discours en trop grande longueur. Les mariages sont faits aux cieux,cela est une parole sacrée; je vous monstre ce qui est porté par le registre céleste, et vous ne le voulez croire : à l'espreuve vous apprendrez que je ne vous dis chose laquelle ne soit tres-veritable.

— Il n'en faut pas venir là (dit le S'" Libanius), et le perdriez tout quitte : voire qu'on vous monstrera aussi tost au doigt comme celuy qui maquignonneroit les enjôlements de nos genethliaques et matagraboliseurs. De ma part, je vous diray, comme telle est la vérité, qu'onques je ne me suis pieu à ses fadaises de l'astrologie judiciaire, qui pour la pluspart ne sont que bourdes, et desireroie que plusieurs qui vivent parmy nous n'en fissent non plus d'estat que moy. Vous avez les discours de Pic de la Mirandole, qui rabbattent

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