‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 36 sur 43 · L INEGALITE · texte numérisé non relu

L INEGALITE

comme il appartient tels enjôleurs : si faut il que, puis que vous estes si curieux des nativitez, que je parle à vous pour vous renvoier à l'escole du philosophe Phavorin, lequel, selon que rapporte Aule-Gelle, tenoit tel langage à ceux qui croyent à ce qu'ils entendoient arioler, astrologiser et mathematiser. Gardez vous de vous fier aux astrologues en sorte que ce soit : car, encores qu'ils dient vray, ce qu'ils vous diront sera bon ou mauvais pour vous; estant bon, ou c'est vérité ou mensonge. Si c'est vérité, vous recevez double dommage à le sçavoir : car, en premier lieu, vous estes en peine de désirer que ce bien advienne bien tost; il ennuyé tant à qui attend. En après, un bien à venir dont nous sommes advertis est estimé tousjours moindre : de sorte que nous n'en recevons si grand plaisir qu'autrement. Si c'est mensonge, vous attendrez en vain le bien qui vous est promis par l'astrologue, car il ne vous adviendra pas. Que si ce que l'astrologue prédit est mauvais pour vous, estant mauvais et asseuré, quelle plus grande disgrâce pourroit vous advenir que d'estre abbreuvé d'un malheur que vous devez recevoir sans qu'il soit en vous le pouvoir éviter? Si c'est mensonge, qu'a on que faire d'attrister une personne d'un malheur qui ne luy. doit advenir? Et par ainsi, en sorte que ce

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soit, toutes vos falibourdes astrologiques sont sottes, inutiles et incommodes.

— Quittez, di-je, Messieurs, ces fantaisies judiciaires qui au fort ne vous pourroient que ronger la cervelle, et n'esclairciroient point la resolution, qui dépend de ce que vous devez déduire sur le propos encommancé. Entrez donc au fonds, et me monstrez que l'alliage d'un vieillard avec une jeune pièce est impertinent et hors de propos, ou qu'il est bien séant,

— C'est bien dit (va dire le S"" Fulgence); je commenceray pour vous apprendre qu'à tresjuste occasion je me plains de ce que nostre bon homme de messer Maxmilian a encores envie de se rajeunir : je ne me veux point moquer de luy, mais, si c'estoit un autre, je ne luy macheroie point ses veritez. Ceux qui ont fait telles démarches qu'il veut faire ont esté décriez comme la vieille monnoye : l'occasion est qu'ils vouloient marier le feu avec l'eau, le taciturne, pensif, groignard, ridé, froidement sec et grison Saturne avec Venus, royne de tous plaisirs, resjoûissances et contantemens, suivie d'une beauté, d'une verdeur, du printemps, de la jeunesse, du ris, du passetemps, de la volupté, du jeu et de toute gaillardise. Comme si, ainsi que le Platonicien Proclus a tresbien remarqué, on ne devoit reigler l'ordre

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du petit monde à la cadence du rond céleste. La vieillesse prend pour patron et devise le chagrin et pesant Saturne, tellement ennemy de la génération que l'on nous fait entendre qu'il coupa à tout une faucille les genitoires au Ciel, son père. — Vous parlez contre vous mesmes (respond le S"" Libanius), car, encores qu'ainsi seroit que Saturne auroit tranché les genitoires a son père, cela ne le rend adversaire de la génération. Elles engendrèrent la déesse d'amours; et, lors que Saturne fît ce gentil traict, il ne devoit estre si aagé, car depuis il eut Jupiter, Juno, Neptune et Pluton. Mais que direz vous à celuy qui porte mesmes nom que vous, S"" Fulgence, lequel, en son Mythologique, allegorise tout ce mystère fabuleux à la soufflerie chymique. Tousjours vous me ramenez au ciel, au lieu que j'ay envie de mettre la main à la paste et faire la besoigne de la maison. Si c'estoit une chose si estrange que d'acoupler les jeunes aux vieux, Ciceron, estant sexagénaire, eut il tendu à Publia, jeune pucelle? Pompée, estant sur l'aage, eut il pris à femme Cornelia, fille de Scipion, laquelle estoit jeune, fraische, drue et gaillarde ? Le docteur Bulgare et plusieurs autres doctes et sages personnages eussent ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l'attelier de Venus ? Il n'y a chasse que de vieux

chiens. J'ay cogneu un des premiers hommes de nostreaage, Cretois, lequel, tout gris etaagé qu'il estoit, prit party aux bandes cupidiques. Vous cognoissez, et moy aussi, un poëte François qui, tout cassé et brisé d'ans qu'il puisse estre, n'a pourtant voulu jetter sa part aux chiens des passetemps cythereens. Je luy en ay autresfois parlé, et luy ruay trois ou quatre petis traits de gausserie; il me paya neantmoinsdesi belle monnoye que je prisay sa fortune, et souhaite le mesmes à tous ses semblables, afin qu'ils puissent comme luy avoir du contant.

— Où vous plongez vous, povre homme (va dire le S'" Fulgence)?Je ne poursuivray pas la guerre et discord mortel qu'il y a entre Venus et Saturne, puis que vous mythologisez à rebours et mettez la charrue avant les bœufs; mais je veux un peu peser la force et authorité de vos exemples. Vous avez mis en butte Ciceron, comme s'il estoit à louer de s'estre divorcé d'avec sa femme Terentia, auprès de laquelle il estoit envieilly, pour espouser ceste jeune mignonne de Publia. On sçait quelles reproches luy en ont esté faites, et si Antoine en sceut bien faire son proffit alencontre de Ciceron.

— Pour le repudiement, j'ay (dit le S'" Libanius) moyens en main pour deffendre cest acte à

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la descharge du bon père de l'éloquence latine, lequel avoit beaucoup de griefs de mescontantemens alencontre de Terentia, pource qu'elle n'avoft tenu conte de luy durant la guerre, de manière qu'il partit de Rome sans avoir ce qui luy estoit nécessaire pour s'entretenir hors de sa maison; et encores, quand ce fut au retour, elle ne lui fit devoir de l'affection qu'une femme doit à son espoux, ne daigna le visiter à Brindes, là où il séjourna longtemps; et, qui pis est, à sa fille, qui eut bien le cœur de se mettre en chemin pour faire un si long voiage, elle ne donna ny suite, ny argent, ny compaignie; finalement, qu'elle avoit mal mesnagé en son absence, et le réduisit si au petit pied que, pour se degaiger des grans debtes qui l'oppressoient, il fut contraint se joindre avec ceste jeune Publia. Je ne forge point ces moyens : Plutarque les nous a cottez en sa vie.

— Vous le couvrez d'un sac mouillé (dit le S'' Fulgence); il pourra se morfondre. Et pour vostre Pompée, que direz-vous ? Il ne fît en sa vie chose qiii luy tournast tant à deshonneur que de s'estre voulu rajeunir avec sa Cornelia. Le bon homme Bulgare se jetta luy-mesmes le coup de risée qui luy donna sur le nés, car, le lendemain de ses noces franches-surannées, il se mit à lire la loy

Kern non novam, C. de jud., comme s'il eut voulu trompetter qu'il entroit en un chemin qui estoit frayé par autre que luy. Vostre Cretois, je l'ay cogneu familièrement, et sçay qu'il estoit homme d'honneur, et qui a beaucoup mérité pour la Republique des lettres: quoy qu'aucuns ayent voulu à coups de pierre charpenter sa renommée, les lettres luy doivent beaucoup ; mais, s'estant trouvé sans femme, il ne cessa, octogénaire qu'il pouvoit estre, d'estre en pourchas pour donner en lieu où sa froideur grise pouvoit estre chaleureusement hébergée. Il fît un pas de clerc, et luy-mesmes l'apprit à ses despens, car, pour beau dragmerses drogues infusives, il ne sceut signe qu'il se sentit décharné, et son humeur vitale tarie. J'y ay perdu beaucoup, et ne gaigneray rien au nouveau mesnage de nostre poëte limosin, qui, quand il pyndariseroit dix mille fois plus qu'il ne fait, ne me sçauroit faire acroire que son huile puisse estre bastant pour entretenir la lampe amoureuse, comme il a pris en tasche. Il n'est plus du calibre d'Hercules^ il aura beau se servir d'eschalottes, asperge sauvage, satyrion, artichaux, safi'ran, mente, rue, cresson, truffes, pigeons, escargots, et autres tels aiguillons de Venus, il pourra mettre le feu dans la maison, eten fin sera coigne-festu. Asseurez-vous qu'il n'a pas journée faite, et que,

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quelque bonne nnine qu'il face, et qu'on luy face beau jeu, il se trouve lasche au choc : le bon homme a une migraine qui ne luy donne heure de repos. Voila que c'est de ne se jouer à bille pareille : ces vieux regrignez, tout roupieux et chassieux qu'ils sont, veulent pescher au plat, et ne peuvent roidir le manche; comment estendroient ils le bras?

— Voila donc les vieillards (dit le S'" Libanius) qui, à vostre conte, doivent bien serrer leur marchandise et ne l'estaler; aussi bien ne la pourront ils débiter. Vous ne voulez qu'ils se mettent en besoigne, comme si la vieillesse estoit contraire et ennemie à la génération de l'homme. Merveilles que vous ne nous conseillez de tracer nos mœurs à la Thracienne, car, puis que vous voulez que les vieillards ne nous servent que d'entrape pour en detraper le monde, les Thraces vous ont tracé le chemin, comment il falloit les traiter inhumainement : ils avoient accoustumé de tuer leurs pères et mères, cassez de vieillesse et de maladie, et puis après les mangeoient, afin qu'ils ne servissent de pasture aux vers, ainsi qu'ils respondirent au roy de Perse. Vous nous rendez les vieillards inutiles à la génération; si est ce que je vous monstreray qu'ils peuvent estre pères. Qu'ainsi soit, le Pape vEneas Plus, en son Eu-

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rope, chap, 25, nous apprend que Vladislas, roy de Poloigne, eut de sa seconde femme deux fils, à sçavoir Vladislas et Casimir, l'un desquels eut la duché de Lituanie, et l'aisné, qui estoit Vladislas, succéda au royaume Polaque, et fut appelle à la couronne d'Hongrie; mais expressément est remarqué que ce Vladislas, estant nonagénaire, eut ces deux enfans. Valere le Grand, Solin, et Pline mesmes, au septiesme livre de son Histoire naturelle, ont tresbien remarqué que Masinissa, roy de Numidie, ayant passé quatre vingts six ans, engendra Methymatnus ; que Caton le Censeur, au quatre-vints huitiesme an de son aage, engrossa la fille de Salonius, son vassal, de laquelle il eut Caton, ayeul de celuy d'Utique; de mesmes Cornelia, damoiselle romaine de la maison des Scipions, rapporta à Lucius Volusius Saturninus, son mary, un fils, qui aussi fut nommé Volusius Saturninus, le père ayant soixante deux ans passez. Je n'entreray point en plus ample preuve, d'autant que cela est assez coustumier et ordinaire entre nous que des bons vieillards engendrent.

— Vous ne dites pas (va dire le S"" Fulgence) si on ne leur preste point telle charité, et s'ils n'ont point des serviteurs du diable qui font plus qu'on ne leur commande , et s'emploient en une besoigne dont on ne leur sçait point de gré. Je ne

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nomme personne; si sçay je bien qu'il y a en plusieurs paroisses de France trop de millions de bons hommes qu'on nomme pères, et qui ne burinèrent onques l'ouvrage qui leur est attribué. N'estimez pas qu'à crédit je m'opiniastre pour ceste dispute. Je voy que les médecins et philosophes naturels , qui ont recerché les causes de la stérilité et incapacité à engendrer tant en l'homme qu'en la femme, entre autres ont remarqué que c'est ou parce qu'il n'y a plus d'ancre au cornet et d'huile en la lampe vitale, ou que les outils sont recreus et restifs :

Ou qu'ils sont trop usez par le long exercice Qu'ils ont fait en faisant à leur maistre service : Ils sont désormais las, egrevez, épuisez; Ils a'ont plus de pouvoir, de volonté assez.

Que, s'il faut fureter plus curieusement les secrets de l'accouplement mutuel, qui rend leurs efforts tant inutiles et engendre tant de coups perdus, n'est ce pas que, lors que le grand coup se donne, la rencontre des deux ne se peut faire? Car Tun est prompt et hasté , l'autre est lasche et paresseux, si bien que la paste en attendant s'evante, et, se refroidissant, perd sa force generative : au rappeau le vieillard est sourd, et n'en veut point manger. Si le rapport n'est entre les deux

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partis, estimez vous que le levain puisse enfler la paste?

— Lavez vous hardiment les mains (va dire le S"" Libanius) ; vous ne pouvez faillir, que ne les ayez engluées et empesées; vous vous y fourrez jusques au coude, et si ne touchez pas au fonds, car le broûillis que guignez des deux semences ne vient à propos. Cela auroit lieu s'il n'y avoit que les mariez qui engendrassent; mais tant de coups qui se donnent en robe, pensez vous qu'ils ne portent, pource que l'on ne demeure accroché long temps? Moyennant que la poudre soit dans le canon , si elle est bonne elle n'a pas garde qu'elle ne prenne feu. Joint que (comme tiennent nos naturalistes) virile sperma septem horis consisùt; s'il y a de la recharge , l'alliage se pourra tousjours faire. Et, quant à la diversité des semences, que n'avez osé gueres esventer, elle est fort à mon advantage. Car, si ainsi est que la jeune femme soit en tout temps sous l'ardeur de la canicule, sans doute elle n'auroit pas garde d'engendrer, et seroient deux feux qui s'attiseroient l'un l'autre; mais, quand le mary est modéré et attrempé , l'humeur fraische qu'il jette dans le fourneau est fort propre pour la refraischir. La chaleur est certainement nécessaire à la génération, mais elle ne peut suffire seule (je ne

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parle point du Phœnix), il faut les autres qualitez,

— Que dites vous, pauvre homme (respond le S"" Fulgence); je ne me puis tenir de rire quand je vous vois syllogiser si cruement. Voila une jeune effriquée, chaude tout ce qui se peut, fretillarde, éveillée, lascive, et du tout encline à Venus; pour appaiser la fureur de son feu , vous me luy donnez un vieil resveur, un crache en ruelle, un pauvre diable qui ne peut que à peine bander une fois le moys, et si il faut encores tant de bandages, des cérémonies encores plus. Elle desconfîroit le plus roide qu'on luy pourroit mettre en front : Hercules ne luy monteroit que bien peu, et vous la voudriez charger d'un pauvre vieillard qui ne se peut luy mesme remuer: c'est bien loin de la serrer. Tout ce que le bon hommas pourroit jetter dans la belouse luy monte autant que feroit un grain de mil en la gorge d'un asne, comme une goutte d'huile au milieu d'un grand feu, ou comme un peu d'humeur pour estancher la chaleur de quelque fièvre ardente.

— Vous parlez (dit le S"" Libanius) des femmes qui ont perdu toute honesteté, qui se lasseroient plustost au mestier que de s'y assouvir : ce sont gouffres et fondrières d'impudicité; et si encores je treuve que celle qui a emporté le pris entre toutes les putains qui onques furent au monde

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n'a point eu si h cœur l'accointance d'un vieillard. La belle Venus ne s'accoupla elle pas avec le bon vieillard Anchises sur le bord du fleuve Symois, quoy qu'il fut ridé, roupieux et chassieux? et de cest accrochement vEneas n'en fut il pas basty ? Vous ne direz pas qu'elle fut surprise, ou qu'elle pensa à ce qui n'y estoit pas. Elle en faisoit la leçon aux autres.

— Je passe (dit le S"" Fulgence) que vous avez pesché ce conte fabuleux riere les courans poétiques; mais vous ne prenez pas garde que ce qui la fit plier sous telle conjonction fut qu'elle avoit receu advertissement par l'Oracle qu'après que l'empire des Troyens seroit abbatu, il n'y auroit que ceux de l'estoc d'Anchises qui commandassent ; pour prévenir que l'Oracle ne fut à faute et mensonger, comme elle vit Anchises fort abbatu de vieillesse, elle voulut forcer nature mesmes. Ce n'est donc point que les enlacemens grisons luy pleussent, mais parce qu'elle desiroit que la response de l'Oracle vint à effect. Or, puis que jusques icy je vous ay escouté sur les moyens qu'avez voulu emploier pour marier les vieillards avec les jeunes, il faut qu'à mon tour je preuve ma négative, et que je monstre par les incommoditez qui accompaignent telle inégalité que ces mariages bigarrez sont de tres-pauvre grâce, et

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encores de plus périlleuse conséquence. En ce faict, nous avons affaire à deux parties : est besoin de voir si cest estrange alliage les pourra contanter; commençons par le mary. Le vous voila logé avec une jeune pucelle qui ne demande que ses plaisirs, qu'à bondir en joye et se regaillardir. Au lieu d'entendre à la luite hermaphroditique, ce sera un tousseur, un cracheur, un rechigné, qui, pour faire mine de vouloir tenir raison à sa créancière, essayera de se remuer; il se tuera, et si ne pourra acquiter la dixiesme partie des arrérages sur-annez. La femme, voyant un si pauvre cavalcadour qui ne sçaura piquer sa monture, se mettra à se moquer de luy , et maintesfois luy jouera un si mauvais party que le bon homme, pour passer sa mélancolie, sera contraint d'aller jouer à la corniche. Estant sur l'aage, il ne devroit plus penser qu'à prendre du bon temps, et vous le voulez attacher au limon, vous le ferez labourer. Il ne peut, si luy mettez vous en queue un terrible resveille-matin. Il aura beau estre escorché, si faut il gaigner sa journée, et ainsi il sera plus misérable que les chevaux, lesquels, s'ils sont blessez en quelque part, foulez ou escorchez, ont relais jusqu'à ce qu'ils soient guéris. Ce pauvre vieillard n'aura toute sa vie fait que besoi^ner, ses outils en seront usez, et on n'aura

pas pitié de luy; sur sa vieillesse on luy donnera encores une tasche plus mal-aisée. Que pensez vous faire? Vous les envolez en poste en paradis, tant vous luy pressez ses maiz. Je ne parle point de chose qui ne se puisse décider que par le droit ; la maistresse des fols justifiera assez mon dire. Combien de douzaines de milliers meurent tous les ans pour avoir esté contraints de s'efforcer au choc ? Prenez moy un forçat qui soit bandé et jour et nuict à la chiorme, vous avez le patron de vostre vieillard. Depuis que l'on est à la cadene, il faut marcher , et n'est pas question de dire qu'on est mal disposé, ou de demander si on a des bras. Dés que la jeune dame a son vieillard, elle ne s'enquiert pas du passé, s'il y a moyen ou s'il y a fonds. « La partie m'estdeuë (dira-elle), il faut qu'elle me soit acquitée. » Sur la réplique du mary, que son avoir et sa puissance ne bastent pour la rendre contante, elle insiste, et faut que le mary, quoy qu'il ne puisse presque se remuer, qu'il entre au party. Car les lettres de respy n'ont point lieu en cest endroit. L'authorité du prince ne peut rien sur ce droit que nature a acquis à ceste femelle. Avez vous jamais veu des veaux pousser de leur teste le ventre de leur mère, luy tirailler son pict? Ainsi ceste mal piteuse vous espraindra le bout de ce pauvre vieillard, le suc-

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cera de telle façon qu'il n'y restera que ce qu'elle n'aura à fine force peu tirer. Quand donques vous voulez marier un vieillard avec une jeune femme, vous le mettez à la boucherie, vous luy précipitez ses jours , l'obligez et forcez à faire ce qu'il ne peut. C'est pourquoy le tyran Denis, comme sa mère luy dit qu'il prit à femme quelqu'une de ses sujettes et citoyennes, quoy qu'il fut aagé, luy respondit tres-prudemment que le tyran ou prince pourroit bien rompre, faulser et abolir les loix de la cité, non point celles de nature, et que, quant à luy, il seroit bien marry d'introduire en la cité un tel desordre, ou de permettre que hors le temps on prit des alliances où il n'y auroit ny plaisir, ny amitié , mesmes qui demeureroient manques pour la fin des noces. Quelles reproches est ce qu'on jette a ces pauvres vieillards, lesquels, au lieu qu'ils devroient estre honorez sur le déclin de leur aage, sont moquez et monstrez au doigt par celles mesmes qui les devroient respecter et révérer? Vous avés entendu que l'effort et contention qu'ils font au jeu doivent leur avancer fort leurs jours; ils sont bien hastez par le regret qu'ils ont de se voir desdaignez et mesprisez par leurs femmes ; mais le plus grand coup de marteau qu'ils puissent recevoir, c'est qu'enchâssez dans ce jeune bois ils sont à

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tous coups martelez de jalousie : car, soit que leurs femmes paravanture ne leur facent tort, si est ce que ceste impression est si familière à ces bonnes gens que c'est aussi grande merveille de trouver un vieillard mary d'une jeune femme degarny de ceste dragée que la mer sans eau. Et, quand tout est dit, je treuve qu'ils en ont trèsjuste occasion : ils recognoissent tresbien que les femmes, principalement de jeune calibre, frétillent a la queue , comme de fait naturellement elles tendent à avoir lignée, ainsi que l'ont remarqué tant les jurisconsultes en la loy Ambiguitates , C. de in. vid., que les médecins et philosophes, Platon, en son Timée, et Galen au sixiesme livre des Lieux affect., ch. V, escrivent ce que mesmes le sage a tenu en ses Proverbes, que la matrice de la femme est gloutonne et convoiteuse au possible d'engendrer, voire qu'elle est en peine et malaise jusques à ce qu'elle ait peu concevoir; recognoissent qu'il faut souvent arrouser ce Tempe , qu'il ne faut estre lasche à la besoigne. Ils ont beau avoir bonne affection, protester de leur bonne et délibérée volonté, cela ne suffit pas, non plus que le jardinier ne seroit excusable si, par faute d'avoir arrousé ses fleurs, l'ardeur du soleil les auroit fené, quoy qu'il publia qu'il avoit la meilleure envie de bien faire. Ils sçavent que les femmes,

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pour se guérir de leur bobo, n'espargnent chose qui soit, qu'il n'y a si iiasardeux pèlerinage qu'elles n'entreprennent; que, tout ainsi que le navire, si le cordage est destendu, court au gré de la tourmente, de mesmes la femme, si elle n'est clouée, va souvent mouiller l'ancre où le patron du vaisseau ne voudroit pas; bref qu'au péril de leur vie et de ce qui leur doit estre le plus cher, elles suppléeront l'incapacité de leurs vieillards. Quel creve-cœur est ce à un pauvre homme d'avoir des lieutenans de couche ! La passion est si forte qu'elle a quelquefois forcé aucuns de se meffaire eux mesmes.

— S"" Fulgence (va dire le sieur Libanius), traitez un peu plus doucement les femmes: à vous oûir, on diroit qu'incessamment la canicule loge en leur cartier; il y en a de modestes, chastes et sages qui, pour mourir, ne voudroient avoir fait chose que bien à point. Elles ne sont point toutes si saffres comme vous les dépeignez. Si toutes celles qui sont mariées à déjeunes hommes inhabiles au mestier, et qui n'ont daigné penser de prendre des substitus, vous avoient donné sur le nés, asseurez vous que vous l'auriez bien camus. Vous parlez de jalousie; celles-là, si elles avoient pris party avec un vieillard, auroient encores bien plus d'occasion de supporter l'impuissance vitale

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de leurs maris. Les aut-es ne sont point si farrouches,ehontées et abandonnées à leur lubricité que les remonstrances chenues de leurs maris n'eussent au moins le pouvoir de les divertir de malfaire, et les entretenir à l'exécution de leur devoir.

— Vous le prenez fort mal (va dire le S'' Fulgence) : où il est question d'efîect, les paroles ont bien peu d'efficace, et, comme dient lesAlemans, ce ne sont les mots qui remplissent la gibbeciere, ains ce qu'on fourre dedans; que s'il ne tenoit qu'a cajoler et remonstrer, les vieillards emporteroient les jeunes hommes : la vieillesse a le babil de peculier, ce luy est un gage duquel elle ne peut estre dessaisie que perdant le souffle avec la parole. C'est la reproche qu'on fait coustumierement aux vieillards, qu'ils ont du bec assez, mais c'est tout. Il faut qu'à ce propos je vous face un conte de deux jeunes frippons : l'un se plaignoit à son compaignon de ce que quelques fois les chiens luy faisoient si fort la guerre qu'ils le mordoient.

« Non (dit l'autre) ; je te veux apprendre une oraison laquelle empeschera que les chiens ne te meffacent, je l'ay esprouvée; et, afin que tu me croyes mieux, lors que nous passerons devant des chiens, je la diray : tu verras qu'ils ne nous

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sauteront dessus. » Il vous prend un bon baston. et, comme ils furent auprès de deux gros mastins, remuant son baston, il vous commence à marmonner ceste belle oraison : les chiens ne s'approchèrent aucunement. Cela mit tellement le cœur au ventre à celuy qui avoit esté auparavant mordu qu'il ne cessa qu'il ne la sceut par cœur. Un jour, comme il repassoit seul devant ces chiens, il commence à cracher ses gros mots d'exorcisme, mais leschiens n'en tindrentpasgrand conte: ilsestoient Normands, et l'oraison estoit Latine : ils se ruent sur ce pauvre diable de charmeur, le vous pelaudent et houspillent de si honeste façon que ses habits estoient tout déchirez, et luy denté en plusieurs parts. Il n'eut pas retrouvé son compaignon qu'avec une infinité de plaintes il s'en va luy conter sa misérable fortune. « Tu n'as pas dit l'oraison ( va dire l'autre ) . — Si ay ( respond il ) plus de dix fois, mais au diable si ces chiens ne s'acharnoient de tant plus sur moy. — Je sçay bien d'où vient toute la faute (dit le docteur du charme), je gageray que tu n'avois verge ny baston. — Non (respond il). — Apprensdonc (dit l'autre) qu'une autrefois, si tu te trouves en tel hazard, qu'il faut dire l'oraison, mais au bout faut avoir le baston, qui en un besoin servira pour rabattre leur colère. » De mesmes les remonstrances ont beau

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trotter par compagnie, si vous n'avez dequoy rappaiser la fureur des femmes, elles tiennent autant de conte de vos paroles que firent les chiens de ceste oraison. La liaison du mary avec la femme ne tend pas a ce que l'on devise ensemblement ; le but est d'éterniser le genre humain par la continuelle succession des enfans qui sont engendrez. Un vieil regrigné comment pourra il fournir a l'appointement? Il a ses outils forbeux, maigres, lasches, secs, aloiiis, poltrons, debiffez^ esclopez : la pluspart de l'attelage cassé, brisé et rompu, tout son cas si flaque que, s'il faut donner dedans la bresche, il l'y faut guider par art. D'ailleurs il est si mal propre à aimer : il ne mignotte point; faut il parler des begayans baisers, accoler et donner autres petis entre-gents et truchements d'amour, il n'y entend que le haut Alemand. Le bonhomme est si revesche et contraire h soy mesmes qu'il se hargne à son propre naturel.

— C'est a ce coup que je vous tiens (va dire le S'" Libanius) ; vous ne m'eschaperez pas, vous rebutez les vieillards de s'accointer en mariage avec les jeunes, parce qu'ils sont infertiles. Or je vous soustiens que la stérilité ne peut empescher le mariage, principalement entre les chrestiens, qui tiennent que le mariage n'est pas afin d'avoir des enfans, comme estoit la loy de nature, laquelle

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encores ne partisoit si fort qu'on diroit bien pour la génération des enfans [consensus enim, non concubitus nuptias facit], mais est seulement permis afin de subvenir à l'infirmité humaine, ne iirantur, Can. Nuptiarum 27. qiisest. i, pour esteindre la chaleur et bruslement de nature. Pource la lignée est appellée le bien et non pas la cause du mariage, Can. Omne 27. qusest. 2. C'est ce que S. Augustin nous enseigne en son traité Du Bien du vefvage, que autresfois le mariage a esté l'obéissance de la loy, mais à présent c'est le remède de l'infirmité, et à aucuns le soûlas de l'humanité. Et de fait Jean Wiclef fut condamné au concile de Constance, parce qu'il disoit que l'homme ne devoit pas habiter avec la femme, sinon pour avoir lignée, Encores donques qu'il n'y eut aucune espérance en un vieillard qu'il puisse avoir des enfans, vous ne devez pas conclurre que le mariage luy doit estre interdit avec une jeune femme : vous condamnez les chrestiens, qui le perm.ettent, suivant la glose Can. Nuptiarum, cotté cy dessus. Ne pensez pas qu'ils ne soient fondez sur raison. Quintilien, en sa seconde Déclamation, nous en fournit : uxoriœ charitatis ardqrem flagrantius frigidis concupimus affectibus. De fait, encores que (comme escrit S, Augustin au traité De Bono conjugii) en un mariage sur-anné l'ardeur de l'aage

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entre le masie et la femelle soit abbatue, toutesfois l'ardeur de la charité du mary et la femme est en force et vigueur.

— Ce sont (respond le S'^Fulgence) là des moyens qui vous semblent fort pregnans, S"" Libanius, mais je n'y trouve nés : car, quoy qu'on ne les vous debatit point, ce seroit, à vostre conte, mettre le vieillard à son aise pour alangourir la jeune pucelle. Vous dites que le mariage est institué pour prévenir la chaleur naturelle qui pourroit nous faire sursaillir à pis; afin que vostre argument soit concluant, il faut que le mariage ne soit estably que pour le mary, ne uratur, car, pour rafraischir un vieillard, qui de soy n'est que trop froid, vous voulez, au moins n'en faites difficulté, qu'une pauvre pucelle, qui est ensoulfrée d'un feu plus véhément que n'est le grégeois, haigne en son ardeur sous les os secs d'un vieil chenu. Ce n'est pas mal fait de souhaiter bien aux masles; mais, au détriment et géhenne des femmes, il n'y a point d'apparence. Prenez bien cecy, car je l'emploie pour l'autre membre de la division que j'avoie cy dessus fait des malheurs et inconveniens du mariage du suranné et de la trop tost mariée. Maintenant je vay reprendre ce que vous avez déduit pour monstrer que le mariage ne peut estre interdit au vieillard pour l'infirmité de son aage et in-

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capacité d'engendrer. Vous avez les Romains, qui formellement sont bandez contre vous, et tiennent que le mariage n'est ordonné que pour la création des enfans, i. Sed est qusesitum, de Lib. et posth. L. Si serva in fi. de Ju. dot. L. Spadonum, de Verb. signif. Et, entre les chrestiens, encores que nous n'ayons point tant le mariage pour avoir lignée que pour estaindre la chaleur et ardeur qui est es personnes, si faut il que nous usions de ce remède de nostre imbécillité à quelque bonne fin, c'est à sçavoir pour avoir lignée, ainsi que dit S. Augustin au troisiesme livre contre Julien: de sorte que celuy qui a totalement perdu l'espérance de lignée ne se doit point marier, parce qu'aussi bien la compaignie de la femme ne luy peut servir d'aucun relaschement. Et de fait S. Augustin, au livre i5 contre Faustus, reprend les Manichéens de ce qu'ils vouloient user du mariage seulement pour le plaisir, evitans d'avoir des enfans. Je soustiens donc que le mariage est permis entre les chrestiens in solatium infirmitatis, modo tamen insit aliqua spes prolis, et par conséquent que les vieillards en doivent estre reculez, parce qu'ils ne sont assez roides pour pousser dehors la semence, ou, s'il y a de l'ejaculation, semen non est prolificu.m. : ce ne sont que rosées fantastiques et imaginaires, ou bien ce sont eaux

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qui se verglassent, et ne fertilisent le champ. — II faut que l'on parle à vous à ce coup (va dire le S"" Libanius); vous voulez que les outils des vieillards soient sans force ny vigueur, qu'ils n'osent mettre le pied en l'escole de Venus; s'il n'y avoit que Cupidon qui en-amoura, vous auriez quelque apparence, d'autant qu'il est fort jeune, et à peine un vieillard pourroit compatir sous les folicS de ce jeune teste légère; mais Venus a sa cour, elle y dresse et façonne tous les jours ceux qui ne sont autrement tenus pour apprentis. A elle quelquesfois s'adressent les vieillards, ausquels elle r' apprend encores le mestier, mesmes elle les contraint de se ranger à l'attelier. C'est la plainte que le poëte fait à Venus, qu'elle l'appelle au choc, encores qu'il y ait longtemps qu'il ne l'eut courtisée. Et Pline, au vingtdeuxiesme livre de son Histoire naturelle, chap. 22, remarque expressément, que l'herbe Scandix (qui est tenue par aucuns pour celle qu'on nomme pecten Veneris) a cela de singulier, qu'elle remet en nature ceux qui se sont essimez sur les femmes, mesmes qu'elle rend ceux qui sont desja sur l'aage gentils compaignons envers les dames. Si donques, ou par nature ou par art, les vieillards peuvent estre resveillez à la besoigne, vous leur faites tort de les chasser si loin des femmes. Ils sont hommes aussi

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bien que vous et moy, et ne pensez pas que l'aage ait peu leur faire perdre l'envie et force qui nous est naturelle de nous monstrer hommes. Que direz vous à l'advis de Diogenian, qui porte qu'il faut accointer une jeune fîlle avec un vieillard plustost qu'une vieille ? Il fonde son advis sur ce que la fille pourra raviver la chaleur du vieillard, et accomplir par ce moyen les effets de mariage.

— La response (dit le S'' Fulgence) est toute preste par ce que nous trouvons au premier chapitre du troisiesme livre des Rois : là il est porté que le roy David devint vieil et avoit beaucoup d'aage, tellement qu'on le couvroitd'habillemens, et il n'eschauffoit point ; si luy dirent ses serviteurs : « Qu'on cerche à nostre sire le roy une jouvencelle vierge, laquelle se tienne devant le roy, et qu'elle l'entretienne et dorme en son sein, et qu'elle l'eschauffe. » Ce qui fut fait; et luy fut amenée Abisay Sunamite, belle tout ce qui se pouvoit, laquelle entretenoit le roy et luyservoit; mais il est notamment cotté qu'il ne la cognent point. On suppose donc des jeunes pucelles aux vieillards seulement pour les eschauffer, non point pour les repaistre de la qualité conjugale. Mais (à vostre advis) n'y a il point de conscience de tenir si fort longtemps en haleine une pauvre

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femme altérée exorbitamment, et la mettre auprès d'une fontaine où elle n'osera prendre de l'eau, d'une goulée où en deux passades elle l'auroit tarie ? On plaind celles recluses qui passent leur jeunesse sans la compaignie des hommes, d'autant qu'au travers de leurs Chartres Cupidon leur darde assez souvent des traits d'amour qui empraignent leur ame d'une amoureuse flamme. J'en cognois qui jouent de terribles jeux, et jettent des souspirs de desespoir fort pitoyables; au moins leurs yeux ne voyent pas continuellement le feu qui les embrase, ce n'est qu'une imagination. Les poules de nos vieux chapons sont et jour et nuit sous l'aile chenue; elles meurent de faim : elles ont la viande, mais c'est une chose si crue et de si peu de goust que, quand mesmes on leur en voudroit donner leur portion congrue, elles seroient bien faschées qu'une seule goutte fust entrée dans leur corps ; elle les offenseroit plus qu'elle ne proffîteroit ; pour tout potage ce seroit une goutte d'eau qu'on jetteroit sur un grand brasier qui renflammeroit d'avantage l'ardeur. Et c'est pourquoy les unes s'appellent vefves, quoy qu'elles ayent leurs maris auprès d'elles, mais autant vaudroit avoir pas rien que d'avoir un mary qui ne fait rien ; les autres se portent pour ennemies de leurs espoux, lesquels elles

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servent de groin, de chagrin et de reproches; les autres de despit enroolent leurs maris en la confrairie de la lune; les autres finalement, pour se detraper de si ennuyeux maistres, complotent leur mort, et les vous envoyent tout doucement au tombeau. Voila les beaux fruicts de l'inégalité du mariage : les maris sont en peine, les femmes languissent sous les tourmens, les uns et les autres sont mal contans.

— Messieurs, vous avez assez (vai je dire) pourmené ceste question ; si est ce qu'il faut que je vous voie encores escrimer un petit pour les vieilles, à sçavoir si un jeune homme doit tendre à une vieille.

— Quant à moy (va dire le S'" Libanius), je veus tousjours appareiller les partis au mariage, et trouve que les jeunes qui s'accrochent à des vieilles sont plus sots que les filles qui s'humilient aux vieillards. De fait, tel pense avoir trouvé la fève au gasteau espousant une bonne vefve avec beaucoup de biens, en fin il se trouve de S. pris avoir espousé

Une mauvaise bague, une rosse si molle,

Si froide qu'ell' le noyé et morfond s'il l'accole.

Elle sera si froide que, s'il levé quelque chose en son terroir, voicy une lavasse d'eaux qui ravine

la semence, deiave si bien le vaisseau que l'œuvre encommencée se pert, se rompt et se gaste. En après les médecins nous apprennent que ces vieilles goutieres ramassent des humeurs si très pernicieux et corrompus dans leur esgout que le jeune levron, pensant fureter quelque proye de plaisir es forests d'Ericine, il s'embourbe en des puans, sales et infects marests. S'il peut s'en desgager, ne pensez pas qu'il relevé la teste pour la queste du gibier : on l'y a trop mal traité. Il y a plus, qu'il n'y a aucun plaisir avec telles aridelles : elles sont fascheuses et ennemies des plaisirs amoureux, leurs flancs sont engourdis, leur aine et leur cuisse endormie. Estes vous accouplé avec une d'elles, vous trouverez qu'elle est plus froide qu'un glaçon et plus dure que fer : quand vous auriez tous les brandons d'amour, elle ne pourroit estre eschaufée. Que si elle prend envie de fringuer, elle s'en acquitte si laschement que ny elle ny celuy qui la presse n'en reçoivent plaisir; elle est si longue à la descharge que ce qu'elle a receu propre pour faire lever la paste, en l'attendant, s'esvante et refroidit, se gaste. D'estre groignardes, revesches, et mal plaisantes, ne le faut demander : ce sont les fleurs de la vieillesse. Quant à la qualité de vefve, elle est si terrible qu'il n'y a cheveu qui ne doive hérisser en la teste de celuy

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