‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 4 sur 43 · SUR CHO LIER ES V · texte numérisé non relu

SUR CHO LIER ES V

Cependant il est un fait qui domine tout et qui ne nous permet pas de douter que le seigneur de Cholières était originaire de la Touraine : c'est en Touraine qu'on peut constater l'existence de plusieurs familles de Cholières au XVIP siècle. Ces familles sont mentionnées, avec leurs armes , dans l'Armoria/ général de France dressé par d'Hozier, juge d'armes, en vertu de l'édit de 1696. A cette époque, il n'y avait, dans les autres provinces du royaume, aucun noble du nom de Cholières, Il semble donc certain que le fief ou la seigneurie de Cholières était en Touraine. aux environs de Loches. Mais, comme les fiefs et les seigneuries passaient d'une famille dans une autre par suite de mariage, d'héritage, de vente amiable ou forcée, on ne peut pas dire que l'auteur des Matinées et des Après-Disnees fût en possession de la seigneurie de Cholières alors qu''il en portait le titre. Au reste, le nom patronymique du seigneur de Cholières est encore à découvrir sous l'anagramme compliquée où il s'est plu à le cacher en signant A. Diane ou Ange un sonnet, dont il se déclare l'auteur, en tête des Neuf Matinées, et un autre sonnet au Liseur, à la suite de V Avant-Discours de la Foret nuptiale. Nous avouons que cette anagramme est restée pour nous une énigme indéchiffrable.

N'est-il pas surprenant que, dans le cours de quatre ouvrages assez volumineux, l'auteur n'ait pas laissé davantage l'empreinte de sa personnalité? Il ne dit pas, il ne donne pas même à entendre quelle était sa profession. En lisant le chapitre Des lois et de la médecine, dans les Matinées, on hésite à reconnaître un jurisconsulte ou un médecin : car, s'il traite une question de droit, il le fait en jurisconsulte consommé, et il renvoie ses lecteurs à tous les textes de lois que lui fournit le droit romain; s'il traite une question médicale, il se montre aussi expert, aussi instruit en médecine, que pou-

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vait l'être un docteur de la Faculté de Montpellier. Et pourtant il déclare formellement, dans une de ses préfaces, qu'il n'est ni médecin ni apothicaire. N'étaitce pas seulement un amoureux de la science, un savant préoccupé de philosophie, de chimie, d'astronomie et de toutes les connaissances humaines ? On est tout surpris, en effet, de l'entendre parler des observations astronomiques de Copernic (Voy. Après-Disnees, p. Soy de notre édition), comme en eût parlé un véritable astronome, dans un temps où le nom de Copernic était à peine parvenu en France. Il parle aussi de la métallurgie {De l'or et du fer, première Matinée) comme s'il avait suivi les cours de Bernard Palissy, quoiqu'il ne le nomme pas parmi les autorités scientifiques qu'il invoque. Le seigneur de Cholières n'était peut-être qu'un gentilhomme érudit, philosophe et poète, qui vivait à sa guise, de même que le seigneur de Montaigne, s'adonnant à l'étude, se consacrant tout entier aux sciences, aux lettres, aux arts libéraux. « J'estois aussi grand seigneur, pour le moins, chez mon père, dit-il dans les Après-Disnées (p. i35 de notre édition), que le charbonnier en sa logette. «

Mais nous ignorons dans quelle province de France, dans quelle ville, dans quel château, il a passé sa vie. En i585, il était à Paris, peut-être de passage, pour faire imprimer ses Matinées, puisque la dédicace de cet ouvrage est datée de Paris. En i SSy, il datait de Saincte- Bonne lez Marignon la préface facétieuse de la Guerre des masles contre les femelles. Nous n'avons pas réussi à trouver Sainte-Bonne ni Marignon parmi les communes de France ; mais nous remarquons que le sieur Félicien Valentin, qui est un des entreparleurs des Après-Disnées, a daté de la Kéolle sa Missive au seigneur de Cholières, imprimée en tête de la seconde édition des Matinées, et datée du 17 mars i586. Faut-il en conclure que le sei-

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