‹ Œuvres. Édition préparéeChapitre 7 sur 43 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

droit d'être surpris que le sel rabelaisien que l'auteur sème à pleines mains dans tous ses livres n'ait pas été du goût de ceux de ses contemporains qu'il appelle des medisans. « J'ay honte, disait-il dans l'Avant-discours de la Forest nuptiale, j'ay honte maintenant que ceux qui font marcher en public quelques œuvres ayent sujet de dresser la première aisle de leur bastillon à l'encontre des bastardes mesdisances des iniques et mal advisez contreroleurs. »

La publication des Matinées fut le point de départ d'une violente et furieuse agression de ces iniques et mal advisez contreroleurs. Le livre faillit être supprimé et mis au pilon, l'auteur poursuivi en justice. Les griefs qu'on faisait valoir pour l'attaquer et pour condamner son ouvrage ne sont pas bien définis dans cet Avis de l'Imprimeur, à qui le seigneur de Cholières avait assurément prêté sa plume pour se défendre lui-même contre ses envieux, en publiant une seconde édition des Matinées, la première édition ayant été interdite et peut-être retirée du commerce :

L'Imprimeur aux Liseurs.

Messieurs, comme je suis fort soigneux de vous donner toutes les récréations que je puis, ayant recouvert du sieur de Cliolieres ses Neuf Matinées, je n'ay voulu différer de les faire rouler sur ia presse. A peine en eus-je débité deux cens que quelques-uns me vindrent sifRer aux aureilles que cette mienne entreprise ne reûssiroit à fin, parce que certains contreroleurs se mettoient en peine d'y donner une rude attache. Je recognoistray devant vous que je tombis alors en telle altère que j'eusse bien voulu retenir mon espingle. Ah ! je ne fusse esté du jeu. On me menaçoit de parties à rencontre de moy ; en un mot, on me fit telle peur que peu s'en fàlut que je ne fisse mon compte d'avoir perdu mon temps, mon labeur et mon fonds en ces Matinées. Cest orage dura quelque temps, mais une petite pluye abbatit les boursoufflemens de ces esventez mesdisans. Dès lors, le commerce commença à s'eschauffer si bien et si beau que la première charge que j'avoie fait tirer se

SUR CHOLIERES XI

trouve vendue en despit des envieux. Je délibère remettre l'œuvre sur l'estampe, toutesfois sous le bon plaisir de l'autheur. Ce fut avec luy où j'eus bien de l'affaire : formellement il l'empeschoit, mettant en faict qu'il deliberoit de retenir ce labeur jusques à ce que parl'effectil eut rabattu les cornes satyriques d'un tas de prestecharité, qui avoient fait mine de luy vouloir faire la guerre. Enfin, comme il a cogneu que ceux qui se mesloient de vouloir juger de son intention ne meritoient pas qu'il prist la peine de les combattre, vaincu par la prière que je luy ay fait, avec plusieurs autres personnages d'honneur, il m'a departy quelques heures pour revoir, émender et amplifier ce qui restoit de trop crud en ces Matinées. En lisant, vous trouverez ce qu'il a apporté de nouveau. Au reste, parce que tous les esprits ne sont frapez à un mesme coin, et qu'il se pourroit faire que beaucoup d'entre vous feroient difficulté de jetter l'œil sur ces Matinées, pour avoir esté abbreuvez des calomnies et sinistres impositions de ces maistres repreneurs, j'ay pensé que, pour vous contenter, je ne dévoie moins que vous communiquer une missive qui a esté escrite à l'autheur par un sien amy, qui se doit faire aux objections des partisans contraires. Cependant joiiissez de ce labeur, esperans mieux.

Cette seconde édition, qui parut en i586, et dans laquelle Cholières avait promis plus de changements qu'il n'en a fait, est précédée d'une lettre de Félicien Valentin, un des amis de l'auteur, lettre apologétique destinée à combattre la fâcheuse opinion qu'on avait essayé de faire prévaloir contre le seigneur de Cholières et son ouvrage. C'est l'unique pièce justificative que notre auteur ait produite pour répondre à ses dénonciateurs :

Miisive du sieur Félicien Valentin, au seigneur de Cholières, sur LES Neuf Matinées.

Pour l'amitié que de tout temps je vous ay vouée, je n'ay pu me commander que je n'aye apporté ce que j'ay peu et ce que j'ay appris pour le faict de vos Matinées, ausquelles quelques estourdis et plus ecervelez qu'Icare ont voulu opposer les neiges de leurs phantastiques et ridicules conceptions. Au premier rayon que leur donnera vostre soleil matinier, je sçay que toutes ces niaiseries couleront comme le beurre ou la neige en plein midy de la canicule. Toutefois, puisque vous prenez plaisir d'estre payé d'effect par rai-

Page 1