SUR UNE
On raconte que jadis tous les habitants de la terre parlaient la même langue et qu’il arriva, dans leurs migrations, qu’ils s’arrêtèrent dans une vallée. Alors ils parlèrent entre eux, disant : « Allons, bâtissons pour nous une ville et une tour, et (que) sa tête (soit) aux cieux, et faisons pour nous un signe, de peur que nous ne nous dispersions sur la face de toute la terre1 2. »
Voilà une conception de la plus haute et belle antiquité. La terre est censée être comme une vaste plaine, entrecoupée, il est vrai, par des collines et des vallées. Les habitants, à l’état nomade, comme un énorme troupeau, erraient au hasard, et il fallait que chacun fît bien attention; si l’on se séparait, peut-être ne se retrouverait-on plus. On est bien avant l’époque patriarcale, il n’y a pas encore de sentiers, il n’y a pas encore de guides, mais on entrevoit une préoccupation: « bâtissons pour nous uné tour », qui sera un signe,
1. Voir le Compte rendu de la séance du 20 février 1894. — Cet article a été publié dans le Bulletin de la Société khédiviale de Géographie, IVe série, 1894, p. 145-157.