‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 133 sur 309 · Lefébure, Rites égyptiens , p · texte numérisé non relu

Lefébure, Rites égyptiens , p

5. Maspero, Les premières lignes des mémoires de Sinouhit, dans les Mémoires de l'Institut égyptien , t. II, p. 2.

sur l’emploi des couleurs verte et bleue 223

Égyptiens auraient conclu que le soleil, de son coucher à son lever, était vert (ou bleu) et, par suite, l’autre inonde aurait été illuminé par un soleil vert (ou bleu) ; les divinités des Égyptiens assimilées au soleil nocturne étaient peintes en vert (ou bleu) : d’où le rôle funéraire de cette couleur ou de ces couleurs1. Maintenant, croyons-nous, pour que le double des inscriptions passât au double ou à l’âme du défunt dans l’autre monde, on peignait les hiéroglyphes en vert (ou bleu). Il est peu probable qu’on aurait laissé au hasard un fait aussi important que l’emploi des couleurs.

On trouve un nombre de textes peints en vert (ou bleu) dès les époques les plus reculées : par exemple, les hiéroglyphes dans la pyramide du roi Pépi sont peints en vert. Quant au tombeau d’Ounas, les hiéroglyphes y sont remplis (ou quelquefois ont été remplis) d’une matière de couleur bleue. De même les étoiles du plafond; pourtant, dans un nombre de cas (particulièrement dans la chambre du sarcophage) où la matière dont les étoiles furent remplies est tombée, on voit les étoiles peintes de couleur verte. Ou bien il faudrait supposer que les étoiles furent peintes de couleur verte et puis remplies de la matière de couleur bleue, ou bien la matière bleue appliquée sur la pierre blanchâtre lui aurait donné la couleur verte. En tout cas il se peut que, sous des circonstances favorables, la couleur (ou les couleurs) des étoiles fût vue à l’horizon. Alors on peut supposer que les anciens Égyptiens avaient observé, non seulement pour le soleil, mais aussi pour les étoiles, que leur couleur était verte (ou bleue) à l’horizon, au moment de leur disparition ou de leur apparition, et que cette observation aurait été

1. Bulletin de l’Institut èg aptien, mars et novembre 1 893 [; cf. p. 171 1CÛ, 190-193 du présent volume]. La couleur bleue avait peut-être un double rôle, celle de la mort, vert et bleu, et celle de la vie, rouge et bleu ; le premier rayon du soleil levant est souvent bleu. J’espère traiter prochainement encore plus en détail la question de l’emploi de chaque couleur.

QUELQUES NOTES

faite longtemps même avant la construction des pyramides. Car c’est par ce phénomène qu’il faut expliquer l’emploi de la couleur verte (ou bleue).

Ainsi les anciens Égyptiens auraient cru, ou bien représenté le tombeau illuminé par la lumière de l’autre monde, ou bien le tombeau lui-même dans l’autre monde, ou encore on croyait transmettre à l’autre monde le double des textes. Peut-être toutes ces idées furent-elles associées ; en tout cas, le résultat est le même, l’explication de l’emploi des couleurs ayant pour point de départ l’observation de la couleur du soleil dans l’horizon1 et par suite la haute antiquité de cette observation2.

. 1. Causé, je le crois, par la réfraction des rayons du soleil par l’atmosphère du désert. Voy. Bulletin de l’Institut égyptien , mars 1893, p. 149- 150, note[; cf. p. 172, n. 1, du présent volume].

2. Le soleil à l’horizon (se levant ou se couchant) est représenté par un signe où le disque semble percer l’horizon qui s’élève de chaque côté; j’ai constaté bien des fois, quand le soleil est à l’horizon dans le désert, que la représentation est en apparence exacte. Tandis que nous admirons l’exactitude des observations et représentations des anciens Égyptiens, on ne peut qu’être étonné de voir que le signe de la lune qui sert à désigner le mois (et une partie du mois) figure avec les cornes en bas, dans une position où on ne voit jamais la nouvelle lune au soir après le coucher du soleil. J’ai bien vu, en Égypte et au Désert, la vieille lune pendant le jour, à l’ouest du soleil, et de même la nouvelle lune au matin, à l’est du soleil, dans la position où on la voit représentée sur les monuments; il est plus probable que les Égyptiens commençaient le mois avec l’apparition de la nouvelle lune au soir qu’au moment de la disparition de la vieille lune, mais il reste à expliquer, dans ce cas, pourquoi les Égyptiens auraient figuré la lune telle qu’on voit, au jour, la nouvelle lune après son lever et la vieille lune à son coucher. On trouve la lune représentée telle qu’on la voit au soir, par exemple, dans l’écrin (salle 70 au Musée de Ghizeh) de la reine Ahhotep. Supposons que cette bijouterie ait été faite à l’époque des Rois-Pasteurs avant la fondation de la XVI1T dynastie : l’exactitude de la représentation de la nouvelle lune semble indiquer une certaine exactitude d’observations astronomiques, même pour ces temps si troubles.

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