Lepsius, Los Métaux , p. 61 et
LES COULEURS DU SOLEIL
disparaissant tout juste à l’horizon, est l'émeraude. Alors il ressort du texte précité1 que, chez les anciens Égyptiens, le disque du soleil à l’horizon était assimilé à une émeraude. Cette assimilation aurait été suggérée par le fait que, quand l’atmosphère est pure, c’est précisément la couleur du soleil à l’horizon2; ainsi, nous relevons une mention du phénomène naturel qu’on voit encore de nos jours.
Dans le temple d’Edfou3, Horus est représenté disant au roi : a (Je) te donne le temps sans bornes, à l’état de régent » de l’éternité, à l’état de prince avec l’Uræus, à l’état » d’établi sur (le) trône d’Horus. Dit Hor-hut le dieu grand, » maître du ciel, rayonnant (?)*, sortant de l’horizon dans
1. On y remarque une sorte de parallélisme : lu taureau pendant la nuit et roi du ciel; 2° chef au jour et souverain de la terre; 3° disque beau d'émeraude et forme grande dans l’horizon du ciel. C’est précisément l’atmosphère étant pure, quand le soleil est à l’horizon, qu’on voit le disque de couleur verte.
2. Il est naturel, l’atmosphère étant pure, qu’en voyant le soleil disparaître et reparaître de couleur verte ou bleue, les anciens Égyptiens aient cru qu’il était de cette couleur, ou de ces couleurs, entre son coucher et son lever, c’est-à-dire pendant qu’il illuminait l’autre monde.
3. Le marquis de Rochemonteix, Le Temple d'Eclfou , dans les Mèm. de la Miss, franç., t. X, p. 130. En Égypte, les textes les plus jeunes reproduisaient le plus souvent des conceptions beaucoup plus anciennes (D. Mallet, Le culte de Neit à Sais , p. 94).
4. Dans le Vocabulaire (p. 559), M. Pierret lit les signes qui se trouvent ici dans le texte, sti su, et les traduit : « darder la lumière, rayonner». Dans son cours à l’École du Louvre, il les lisait ah su, et les traduisait : «aile de diverses couleurs n,'ab, « tacheté, peau tachetée» ( Vocab ., p. 6) et su, « aile » (Vocab., p. 576). On aurait alors une allusion aux diverses couleurs du soleil, ou plutôt, puisqu’il est question du disque ailé, de la lumière de diverses couleurs du disque (cf. Oberziner, Il Culto del sole, p. 110, 115 et 123, et Virey, Sept tombeaux thebains, dans les Mèm. de la Miss, franc., t. V, p. 200 et note 1). Mais ab signifie aussi « resplendir » (Vocab., p. 68) et su « lumière» (Vocab., p. 575); ab su signifierait donc « resplendissant de lumière » ou « rayonnant ». Nous croyons devoir signaler ces diverses traductions sans insister sur aucune.
d’après les anciens égyptiens
» atat-qerna', disque beau en* émeraude'1, remplissant (le) » ciel et la terre de son rayonnement4 ». (Il) dit : « (Je) te » donne (le) vaste abîme céleste, (l’)étendue de la terre, (des) » lieux verdoyants tous, (des) illustres, chefs de la terre... » Hor-hut est le disque ailé du soleil dans son cours de l’orient à l’occident3. L’expression « sortant de l’horizon » est fréquemment employée pour indiquer le lever du soleil3, et ici le contexte nous engage à l’interpréter ainsi, à part le fait que c’est Horus, une personnification du soleil levant7 (visible)8; c’est précisément au matin, quand il apparaît à l’horizon du ciel, qu’il remplit le ciel et la terre de ses rayons0. Le discours au roi : « (Je) te donne le vaste » abîme céleste, l’étendue de la terre, etc. », s’applique
1. Atat-qerna / peut-être faudrait-il lire atur-qerna et l’identifier avec atar res, désignation de mer du VP nome ou pehu du XP nome de la Haute Égypte (Pierret, Vocab., p. 58) ; mais la détermination exacte de l’endroit n’inllue nullement sur le sens du contexte.