Non pas de l’autre monde
9. Et non pas au soir, quand le ciel et la terre sont plongés dans les ténèbres.
LES COULEURS DU SOLEIL
bien au soleil levant qui chasse les ténèbres, éveille la Nature et fait revivre le monde. Il ressort du passage précité du temple d’Edfou que, quand le soleil levant darde ses premiers rayons de lumière à l’horizon du ciel, le disque surgissant est semblable à une émeraude1 2, c’est-à-dire tel que, lorsque l’atmosphère est pure, on le voit encore de nos jours : le disque du soleil apparaissant est de couleur verte (ou bleue). Nous allons maintenant étudier une curieuse croyance qui dérive ou qui est intimement associée avec le phénomène de la couleur verte du soleil levant. Il est dit dans le Livre clés Morts 5 : « (Je) connais ce syco- » more de mafek par lequel sort Râ, par lequel il passe et » où Sliou soulève les piliers du ciel » ; et encore : « Je » connais ce sycomore en mafek où apparaît Râ lorsqu’il » marche pour faire se lever Shou vers la porte de l’est du » ciel, par laquelle sort Râ ». Nous avons vu que le mot mafek servait à désigner l’émeraude. On se demande quel est le rapport entre l’assimilation du disque du soleil à une émeraude et la croyance que le soleil levant apparaissait dans un arbre d’émeraude. D’abord, c’est une idée bien étrange, celle d’un arbre en pierre3 ; quant à son origine et au rôle qu’il joue relativement au soleil levant, on peut émettre plusieurs hypothèses. Sans essayer de faire une étude comparative, rappelons le rôle important que les arbres ont joué dans la mythologie de divers peuples ; par exemple, on dit que « les dieux efféminés de l’Asie naissaient d’un » arbre et se changeaient en arbres 4 » . « Dans les textes de
1. Ce passage est dans le Temple d'Edfou, où le soleil est assimilé à une topaze.
2. Chap. cix, 1, 3, édit. Pierret, p. 326, et chap. cxlix, 1,7, et p. 508 et suiv. Voy. Mèl. d'Arch., t. II, p. 162, 163.
3. On se demande s’il n’y a pas un rapport quelconque entre eet arbre en pierre et le bois pétrifié qu’on trouve à l’est et à l’ouest de l’Egypte, — les Égyptiens connaissaient assurément ce bois pétrifié. J’espère revenir sur cette question.
4. Voy. Mélanges d’Arch., t. Il, p. 162- Rappelons : « Le pin dans
d'après les anciens égyptiens
» la vieille magie clialdéenne, le cèdre est l’arbre protec- )) teur par excellence, qui repousse l’action des mauvais es- » pritsb »
On se rappelle, selon la Bible, le rôle de l’arbre ou des arbres dans la légende du paradis terrestre2, puisque « cer- » tains arbres, comme le térébinthe, passaient pour fati— » diques3 », et qu’a au temps des prophètes, on rendait » dans le Liban un culte aux cyprès et aux cèdres les plus » remarquables par leur taille4... »
En Egypte, « le perséa et le sycomore » étaient des arbres « sacrés et ombrageaient les temples..., le dieu Thoth était » représenté par un cocotier3... » Dans la légende osiriaque, « un tamarisque pousse à l’endroit où a été déposé le coiïre » contenant les restes d’Osiris et l’enveloppe dans son » tronc0 ». Dans le Conte des Deux Frères , la vie de Batau dépend de celle de l’arbre ou la fleur de l’arbre as; Batau se transforme en taureau, mais le taureau est tué et de son sang naissent deux arbres, et c’est Batau qui s’est transformé en arbre. On coupe les arbres, un copeau s’envole et rend enceinte une femme ; l’enfant qui naît est une nouvelle transformation de Batau7. Hathor est qualifiée dame du sycomore
l’histoire d’Atys et, dans celle d’Adonis, l'arbre de la myrrhe dans l’écorce duquel le jeune dieu passe dix mois comme dans l’utérus d’une femme » (Lenormant, Les premières civilisations, t. I, p. 383). — « Dans la mythologie Scandinave, les dieux tirent les premiers humains du tronc des arbres, et la même croyance existait chez les Germains », etc. (Lenormant, Les origines de l’histoire, 1. 1, p.48 etsuiv.).