Voy. Mèm. de la Miss., t. V, p
4. Quant aux déesses, les diverses couleurs de Hathor, par exemple, d’éleetrum, dorée ou jaune, et verte ou bleue, peuvent être en rapport ou correspondre aux rôles de cette déesse se rapportant à ce monde-ci ou à l’autre (cf. Lepsius, Les Métaux (trad. Berend), p. 19, 37, et Chabas, Ant. hist ., p. 22, 25).
5. Expliquer la couleur verte ou bleue par la chair en décomposition est à écarter ; un juge en décomposition est une conception inadmissible (cf. Bull, de U Inst, ègypt., 1894, p. 255).
CHEZ LES ANCIENS ÉGYPTIENS
dues au fait qu’elles sont censées être éclairées par le soleil de l’autre monde1, ou assimilées à ce soleil. Comme complément à ce qui précède, examinons quelques objets assimilés au soleil nocturne et qui pour cela sont de couleur verte ou bleue. Le scarabée « représente dans l’écriture » hiéroglyphique le mot kheper, qui signifie devenir , pren- » dre forme, et au passif être devenu, exister. . . Cet » insecte était admirablement choisi pour symboliser la » grande loi de la transformation » 2. On voit souvent la représentation d’un scarabée qui « porte en tête le disque » du soleil, peint non plus en rouge, mais en vert. C’est le » soleil plongé dans la nuit, qui reprendra sa couleur lumi- » neuse lorsque le matin aura ramené sa nouvelle nais- » sauce »3. Rappelons aussi qu’on voit des représentations d’un bélier ayant sur la tête le disque du soleil de couleur verte ; à côté est écrit : « ce dieu grand (est le) maître de » l’autre monde, (Duaut-t) », ou bien c’est l’âme d’Osiris, maître du temps (gouverneur de l’éterpité), maître de l’autre
1. Il faudrait se garder de considérer l’idée fondamentale de l’autre monde comme étant un séjour des morts. Il est habité par les doubles, les âmes (l’âme étant le principe vital) de ceux qui avaient habité l’Égypte; le corps de la personne restait sur cette terre-ci, mais l’âme pouvait s’en aller continuer son existence dans l’autre monde. Mortis imago est sommas; au contraire, les Égyptiens considéraient la mort comme étant un sommeil, et la momie n’était pas considérée comme un corps brut, sans vie aucune. De même que le soleil disparaissait à l’occident, puis resurgissait à l’orient, de même la momie devait s’éveiller (voy. Oberziner, Il Culto del sole, p. 88 à 90, cf. p. 141, etc.; cf. Pepi, 1. 665, cf. 1. 641 ; Recueil de Travaux, t. VIII, p. 104, 98 et suiv. ; j’espère revenir sur cette question). Les divinités de l’autre monde étaient des divinités de ceux qui avaient vécu en Égypte, mais elles n’étaient pas des divinités mortes. On enveloppait la momie de vert pour l’assimiler au soleil nocturne (cf. Virey, Môm. de la Miss., t. V, p. 128, cf. p. 194 « Le vert sceptre magique », p. 148, cf. p. 194).
2. Pierret, Dict. d’Arch. èggpt., p. 493 et suiv.; cf. Mythologie, p. 129.
3. E. de Rougé, Notice sommaire des monuments égyptiens du Musée du Louvre, p. 105.
monde1 2. Ainsi les anciens Egyptiens prenaient soin non seulement de peindre la figuration graphique du soleil dans l’autre monde de couleur verte, mais, par la mention écrite à côté de la représentation, on éloignait toute équivoque à ce sujet. La couleur verte ou bleue 3 qu’on voit très souvent sur les scarabées doit être expliquée par l’assimilation entre le scarabée et le soleil nocturne, ou plutôt se rapporter à la transformation du soleil visible en celui de l’autre monde. Plus exactement peut-être encore, on peut admettre que ces représentations, à l’origine, se rapportaient au moment où le soleil à l’horizon semble changer de couleur3 5. On rencontre une mention de ce phénomène dans un texte égyptien où il est dit du soleil levant, assimilé au scarabée, au dieu Kheper : « (Les) âmes de l’orient adorent (le) dieu » Kheper en son essence1, (lorsqu’)il brille dans l’horizon )) oriental du ciel » , et plus loin, « salut à toi (te) trans- » formant à l’état du dieu Kheper, disque beau à l’état » d’émeraude3 ».
Pour bien faire ressortir la pensée des anciens Égyptiens conservée par ce texte, il faut se rappeler que, pour eux, Khepra est la dernière fonction du soleil nocturne se transformant de lui-même en soleil diurne. En réalité, Khepra, « celui qui se transforme, devient », n’est déjà plus le soleil nocturne, mais n’est pas encore le soleil levant 6 ; c’est le
1. Sarcophages d’Ammon au Musée de Ghizeh ; voy., par exemple, salle 83, sarcophage B 54 (couvercle), et salle 83, B 19 (voy. B 54), où également (de même qu’ai Heurs) Osiris est représenté avec un disque.