Brugscli, Die Ægi/ptologie, p
NOTES SUPPLÉMENTAIRES
par suite, des papyrus les contenant, devaient provenir souvent de ce nome ; il est probable même que les sorciers devaient y vivre volontiers pour y respirer l’atmosphère typhonienne 1 2 . Aussi, rien d’après ce que nous savons n’empêcherait que le papyrus dont nous nous sommes occupé eût été réellement écrit dans le nome Oxyrrhinque, ou, du moins, dans la région voisine.
Que la rédaction du texte actuel du papyrus, où se trouvent les « Notes d’un sorcier », ait eu lieu au commencement du IIe siècle ou vers l’an 125 de l’ère chrétienne, cela doit être probablement exact, mais nous croyons devoir exposer ici, encore plus en détail, les faits et considérations qui nous avaient conduit à cette constatation \
Nous avons vu, dans l’analyse du papyrus, qu’il n’y est pas question, directement, de la doctrine fondamentale de la religion chrétienne ; nous n’y avons relevé aucune allusion ni à une vie d’outre-tombe, ni à la résurrection. L’écrivain, le sorcier, ne devait pas, ce semble, avoir pu ignorer ces croyances, mais il aura voulu les écarter. Ainsi qu’on peut le voir, nous n’avons pas eu à noter un seul passage pour protéger l’âme contre des dangers dans l’autre monde ; le but et la conception générale de nombre de formules est d’entrer en communication ou de se servir d’êtres invisibles, mais qui sont bien de ce monde-ci. Les croyances auxquelles les formules du papyrus semblaient, pour ainsi dire, faire écho, sont bien plus d’accord avec celles de l’Ancien Testament 3
1. Peut-être croyait-on entrer plus facilement là en rapport avec des êtres invisibles, mais peut-être notre sorcier avait-il pris des notes en divers endroits où il se trouvait.
2. Voy. mes Études sur la sorcellerie, p. 348, et cf. ce qui précède.
3. Pourtant, dans les formules, on ne traite plus avec une divinité comme, selon la Bible, on faisait à l’époque patriarcale. On ne lui dit pas : « Faites ceci pour moi, et je ferai cela pour vous » (voy. Bull, de l’Inst ., 1893, p. 41), on ne fait pas de supplication, plutôt on ordonne, a La prière n’était pas comme chez nous une pétition que l'homme
a l’étude sur la sorcellerie
qu’avec celles de la religion de l'Egypte ancienne ou du christianisme naissant. Le sorcier croit pouvoir entrer en rapport avec des divinités, des esprits, des démons, évoquer des morts et maudire des vivants ; mais, quant à un paradis ou à un enfer, le magicien ne s’en occupe pas, peut-être même ne les admettait-il pas. Bien qu’on puisse relever de vagues ressemblances entre certains passages du papyrus et certaines doctrines, croyances ou pratiques du christianisme qu’on trouve décrites dans le Nouveau Testament1, et qu’on puisse en outre noter des analogies entre certains passages du papyrus et les livres hermétiques et même la Pistis Sopliia, la conception fondamentale, le but des formules conservées par les « Notes d’un sorcier », en diffèrent profondément5. Il paraît bien que dans le papyrus on rencontre des croyances de la populace en Égypte vers la fin du Ier et au commencement du IIe siècle, et que ce fut précisément parmi ces superstitions, sur ce sol fétide pour ainsi dire, que tombèrent les semences du christianisme. Elles germèrent, prirent racine, s’épanouirent, devinrent mûres, puis, à leur tour, jetèrent au loin leurs germes dans le monde nouveau qui s’éveillait, qui renaissait des ruines, des décombres du vieux monde mort.
Lorsqu’on compare les croyances malsaines dont font écho les formules du papyrus avec les doctrines de la religion naissante, on peut se rendre compte quel pas immense
» présente au dieu, et que le dieu est libre d’accepter ou de refuser à » son gré ; c’est une formule dont les termes ont une valeur impérative,
» et dont l’énonciation exacte oblige le dieu à concéder ce qu’on lui » demande )) (Maspero, Bull, de l’inst. èggpt., 1885, p. 23). C'est bien là l'idée, l’esprit fondamental, dans les évocations, des formules du papyrus, qui s’y rapportent.
1. Voy. les observations de M. Revillout, Mélanges d’ Archéologie, t. III, p. 41 et suiv., note; Reçue èggptologique, 1. 1, p. 172, et le Roman de Setna, p. 37.
2. Ces notes sont plutôt, selon les idées de ce temps-là, pratiques et non pas philosophiques.
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dans la voie du progrès le christianisme fit faire aux peuples d’alors qui l’embrassèrent.
Les plus anciens documents où il soit fait mention du christianisme sont naturellement les Évangiles, ou plutôt, si l’on veut, les divers écrits qui forment le Nouveau Testament ; on peut attribuer la rédaction des divers ouvrages qui s’y trouvent au Ier siècle. Après, ou plutôt à côté de ce recueil, il y a quelques rares allusions au christianisme chez des écrivains qui auraient vécu vers cette époque. Suétone parie des Juifs qui auraient été chassés de Rome parce qu’ils avaient excité des troubles « à l’instigation d’un certain » Chrestus 1 2 ». Selon Tacite, vers l’an 64, Néron aurait fait accuser des chrétiens d’avoir été les auteurs de l’incendie de Rome, et un grand nombre d’entre eux furent mis à mort5. Josèphe3, vers la fin du Ier siècle, ferait mention de Jésus, mais dans un passage qui donne lieu à de très graves doutes quant à son authenticité4. Enfin, « les passages des deux Gé- » mares», où le fondateur « du christianisme est nommé, » n’ont pas été rédigés avant le IVe ou Ve siècle5 ». Toutes ces mentions sont plus ou moins sujettes à caution, car, bien entendu, les manuscrits où elles se trouvent ne sont pas des originaux, et les textes peuvent bien avoir été plus ou moins altérés au cours des siècles.
« Par une singularité rare en histoire, nous voyons bien » mieux ce qui s’est passé dans le monde chrétien de l’an 50
1. Suétone, Claude, XXV (édition et traduction Nisard, p. 139) : « Judæos impulsore Chresto assidue tumultuantes Roma expulit »; cf. Actes , xvm, 2.
2. Tacite, Ann., XV, 44; cf. Suétone, Nero, XVI : « afflicti suppliciis christiani, genus hominum superstitionis novæ ac maleflcæ», éd. Nisard, p. 153.