‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 219 sur 309 · Renan, Vie de Jésus , p · texte numérisé non relu

Renan, Vie de Jésus , p

a l’étude sur la sorcellerie

» à l’an 75 que de l’an 80 à l’an 150. » Ce fut précisément en cette époque si obscure de l’histoire chrétienne — vers l’an 125 — qu’aurait eu lieu la rédaction des « Notes d’un sorcier », qui nous font si bien voir et nous permettent de nous rendre compte des croyances de la populace en Egypte en ces temps-là. Nous avons vu qu’on ne constate pas, dans les formules du papyrus, des emprunts clairs et directs à la religion chrétienne, et qu’elle ne s’y est pas révélée franchement, mais onia pressent; on peut relever des expressions qui ont une analogie marquée avec certains passages du Nouveau Testament Il est vrai qu’on peut mettre en doute si les sorciers connaissaient directement aucun des écrits qui forment ce recueil ; mais on peut supposer qu’ils eurent une certaine connaissance du christianisme, d’après la tradition et l’enseignement oral. Quant aux passages du papyrus qui semblent s'en faire l’écho, il est impossible de savoir si c’est bien du christianisme qu’il s’agit ou si c’est un écho des croyances qui eurent généralement cours au moment de la rédaction du papyrus. Peut-être, en réalité, et le christianisme et les formules du papyrus se sont-ils inspirés à la même source, c’est-à-dire aux croyances populaires du grand mouvement de l’esprit humain de ces temps-là.

La façon dont on décrit Osiris, dans une formule du papyrus, ferait penser, il est vrai, aux êtres fantastiques des visions d’Ézéchiel et de Jean ; mais, dans le cas d’Osiris, il est probable qu’il s’agit d’un débris des croyances de l’Égypte ancienne, qui se serait conservé par les « Notes d’un sorcier » 1 2. La scène où Jésus aurait calmé la tempête présente de grandes analogies avec la formule du papyrus, où l’on apaise la tempête en invoquant Adonaï. Il est possible que

1. Voy. Revillout, Reçue ègyptologique., t. I, p. 172; cf. Le Roman de Setna , p. 30, et mes Études sur la sorcellerie.

2. Voy. Revillout, Le Roman de Setna , p. 30, et mes Études sur la sorcellerie , XXIIIe (XIV) colonne du papyrus.

NOTES SUPPLÉMENTAIRES

les sorciers aient eu connaissance, par la tradition orale, de cet épisode dans la vie de Jésus ; toutefois, il est probable que la formule du papyrus et l’épisode se rattachent, mais indépendamment, à la même croyance commune. Notons, à ce propos, qu’on dit que c’était par la puissance magique du nom tétragramme que nous lisons Adonaï, que Moïse aurait fait des miracles en Égypte, dont plusieurs sont intimement associés avec des phénomènes naturels et bien d’accord avec le rôle d ’ Adonaï de dieu puissant de la nature, puisque ce fut par la puissance de ce nom que Moïse aurait fendu et amoncelé les eaux de la mer Rouge pour laisser passer le peuple1 ; ce miracle, fait en invoquant Adonaï , est bien dans le même ordre d’idées que ceux que nous avons signalés dans notre étude. Dans une formule ayant pour but de déterminer une femme à aimer un homme5, après avoir décrit la fabrication d’une composition parmi les ingrédients de laquelle l’homme devait mettre de son propre sang, il est dit qu’on devait la mettre dans du vin, puis donner à boire le tout à une femme. Dans une sorte d’invocation qu’on devait prononcer plusieurs fois sur la potion, il est question du sang d’Osiris qui aurait été donné à Isis, lequel sang devait être mis (ou vient ou devint ?) dans le vase, puis il est dit : « Ce vin, qu’il soit (du) sang » d’Osiris, (qu’)il a donné à Isis », afin qu’elle l’aimât continuellement; puis, ajoute le texte : « (Ainsi) soit le sang » d’un tel le fils d’un tel, pour le donner (à) une telle (la) » fille d’une telle, (lequel sang) est dans ce vase », afin qu’elle l’aime, etc. Dans cette formule, on semble faire allusion à un épisode de la légende osiriaque, où, pour qu’Isis aimât Osiris, on lui avait fait boire du sang d’Osiris ; puis, dans la formule du papyrus, on demande que le vin dans le vase devienne du sang d’Osiris, et que le sang qui s’y trouve

1. Voy. Buxtorf, Lexicon hebraicum et chaldaicuin, p. 160 et suiv.

2. Colonne XVII (VIII), recto du papyrus. Voy. mes Études sur la sorcellerie.

a l’étude sur la sorcellerie

d’un homme agisse sur une femme à laquelle on donne à boire le breuvage, de la même manière que le sang d’Osiris sur Isis, c’est-à-dire lui fasse aimer l’homme dont elle aurait bu le sang. Dans le passage où il est dit : « Ce vin, » qu’il soit (du) sang d’Osiris », on serait, en effet, bien tenté de reconnaître une allusion à une formule de l’Eucharistie des chrétiens 1 ; peut-être que l’Eucharistie ! et la formule du papyrus font écho à une croyance en cours en ces temps-là, ou mieux, et plus probablement encore, dérivent l’une et l’autre, indépendamment, d'une source antérieure3. Il faudrait reconnaître pourtant que le but fondamental de l’Eucharistie et la formule du papyrus sont différents; puis, c’est à noter, on dit qu’Osiris « découvrit la vigne..., » but le premier du vin et apprit aux hommes la culture » de la vigne, l’usage du vin, sa préparation et sa conser- » vation4 ». Peut-être le vin aurait été dit le « sang d’Osiris », et de là serait éclose la légende dont fait écho la formule du papyrus, d’après laquelle on aurait donné à Isis du vin •= sang d’Osiris, afin qu’elle l’aimât.

1. Voy. les observations à ce sujet par M. Revillout, Le Roman de Setna, p. 37, note, et Roc. ègyptol., t. I, p. 172; cf. mes Études sur la sorcellerie.

2. Voy. Matth ., xxvi, 26, 28; Marc , xiv, 22-24; Luc, xxn, 19-20; / Cor., xi, 23 et suiv. ; cf. Jean, vi. Voy. Renan, Vie de Jésus, p. 498

et suiv., et 316 et suiv. Voy. SjCUI û' yül vers ’ cf- Sale,

The Koran, p. 87 et suiv.

3. Les idées fondamentales de l’Eucharistie me paraissent être bien anciennes. Voy. Bull, de l’ Inst, ègypt., 1885, p. 15 à 19 : Exode, iv, 9, vu, 17 à 25; cf. Psaumes , lxxviii, 44, cv, 29; Apocalypse, xvi, 4; cf. 6; vin, 10 et 11, et mon Étude sur le Papyrus d'Orbiney, p. 35; cf. p. 23 et 39. Origine égyptienne (?), de même que le nom divin ; cf. mes Études sur la sorcellerie, et Buxtorf, Lexicon , p. 160, 161 = sangd’Isis, Rituel , chap. 156 ; cf. au Musée de Ghizeh l’objet n° 756 ; cf. Rituel , chap. 18, 1. 21, 23. J’espère revenir sur cette question dans une dissertation spéciale.

4. Pierret, Dictionnaire d' Archéologie égyptienne, p. 565 ; cf. Marc, xiv, 22 et suiv., etc.

NOTES SUPPLÉMENTAIRES

Nous avons vu que les sorciers ne se sont pas bornés aux divinités, mais qu'ils invoquaient, déifiaient même certains hommes qui, selon la Bible, auraient joué un rôle remarquable, par exemple. Abraham et Lot1. Dans certaines formules du papyrus, il est question de Iési, transcrit ieci; il est probable qu’il s’agit de « Jésus ». Une autre divinité invoquée est Ioané ou Ioanné, transcrit uo*.ne, ce qui ressemblerait à «Jonas», mais serait peut-être pour «Jean*». Ici, nous arrivons sur un terrain bien plus ferme que là où il s’agissait des passages, dans les formules du papyrus, où l’on serait tenté de croire que, peut-être, on s’est inspiré du christianisme, et que, peut-être, ces passages contiendraient des allusions vagues à cette religion alors naissante ; mais il paraît que, dans l’invocation de Iési et de Ioané ou Ioanné, c’est bien de « Jésus » et de « Jean » qu’il s’agit. La renommée de Jésus avait dû l’avoir fait entrer assez de bonne heure dans le panthéon des magiciens. La forme de son nom, dans le papyrus, Iési, ieci, est intermédiaire entre la forme

de la transcription grecque ’irjaoùç et celle de l’arabe la forme Iési du papyrus paraît être un équivalent du nom propre prototype hébreu3, ou mieux, peut-être, de la forme

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