‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 230 sur 309 · II. — La formule pour empêcher un naufrage · texte numérisé non relu

II. — La formule pour empêcher un naufrage

Dans les Notes d’un sorcier1, il y a une formule ayant pour but de prévenir un naufrage. Sur le fac-similé, on voit quelques signes qui m’ont beaucoup embarrassé 2 ; le contexte indique le sens général, mais rendre compte de ces certains caractères m’a paru bien difficile. Pour savoir s’il n’y avait pas de fautes dans le fac-similé, je me suis adressé à M. Hess, qui a vu le papyrus où se trouve le texte original. M. Hess a bien voulu me donner une copie de la formule faite d’après3 une copie de l’original

autant qu'il est représenté sur la planche. Horus doit avoir, à la main droite, un fouet. Il est représenté portant la main gauche à la bouche, la main fermée et le petit pouce étendu vers la bouche; il est assis sur un bloc, non droit en haut, mais qui touche le corps (flg. X), et le tout est colorié d’après diverses représentations au Musée de Ghizeh. On voit souvent le défunt en rouge et les divinités qui l’accompagnent en vert. Thot est quelquefois représenté vert et rouge, tête verte, le corps, les bras et les jambes rouges, allusion à son double rôle, de ce monde et de l’autre. Planche, flg. VIII; cf. Genèse , m, 17, iv, 11, etc., flg. X; Psaumes , xlix, 15; Job , xvm, 13. A propos des couleurs du soleil, voy. les observations sur le sarcophage, salle 79 (mur sud), n° B 188 du couvercle à côté; cf. sarcophage (cuve) n° 1146. J’espère revenir sur cette question.

1. Études sur la sorcellerie ou le rôle que la Bible a joue clics les sorciers, dans les Mémoires de l’Institut ègj/ptien , t. III, fasc. IV, p. 377 et suiv.

2. Les colonnes I àX (recto) et I à IX (verso) sont publiées dans Hess, Der gnostisclie Papgrus von London, et les colonnes X (I) à XXXI (XXII) (recto) et X (I) à XXXVI (XXVII) (verso) sont publiées dans Leemans, Le Papgrus domotique n° 65 du Musée de Legde (Monuments égyptiens du Musée d’antiquités des Pays-Bas). Le papyrus est analysé dans mes Études sur la sorcellerie, précitées. La planche à la fin de cette étude est d’après ces publications, Bull., 1897.

3. Publications de M. Leemans (précitées), col. XV, lig. 5 (verso), col. XXIV, verso du papyrus. Voy. mes Études sur la sorcellerie, p. 378.

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sur laquelle on lit distinctement hi-ti-hé(t) en-ti \ dont la traduction mot à mot est, naturellement, « sur la proue du navire2 ». La traduction du passage cité de la formule serait donc : « Ce nom, si tu le profères (étant) sur la proue » du navire, il3 sera sans naufrage, à cause des noms des » Dioscures qui sont dedans; afin qu’il sauve, tu diras : » Anuk AdonaV . »

1. Voy. à la planche (présente note, Bail., 1897), flg. I, où le fac-similé est corrigé d’après la copie de l’original que M. Hess m’a donné.

2. Nous, M. Hess et moi, avons parlé d’une autre hypothèse. La transcription hi-te-he-{t) a, en effet, une certaine ressemblance à la préposition hithè « devant » (voy. Stern, Koptische grammatlh, § 575, ante, coram, Peyron, Lexique , p. 335). On prononcerait la formule « au-devant du navire », un souhait de « bon voyage », le « bes-Salama » des Arabes de nos jours; ce serait une sorte de développement de l’idée fondameptale qui aurait donné naissance à la formule (voy. mes Études sur la sorcellerie). Je ne crois pas devoir discuter cette traduction (cf. Setna, IV, 19, Khe-te.-he{t)-en-te sherè « au-devant de la barque »; Revillout, p. 213; Hess, p. 140 et suiv. ; ici on a /die, non pas hi, et la préposition est suivie par l’article; cf. Stern, Gram., § 89), ni même relever des difficultés qui s’y opposent, mais garder la traduction littérale : « sur la proue du navire », le mot à mot du texte.

3. Il, probablement le navire, peut-être l'orage, difficilement le nom , la divinité; c'est-à-dire, la divinité qui a suscité l’orage ne causera pas de naufrages (?), ou elle fera cesser la tempête.

4. Bien entendu, tout ceci ne modifie en rien le commentaire qui se trouve dans mes Etudes sur la sorcellerie. Nous, M. Hess et moi, avons parlé de la possibilité de lire et traduire le passage (voy. planche, flg. Il) « afin qu'il sauve, tu les diras au case d’Adonaï ce qui est écrit en dehors » ; hnau servait à désigner «... l’évocation elle-même, soit l’apparition qui suivait l’évocation » (Maspero, Recueil de Travaux, t. I, p. 20 et suiv.), c’est-à-dire, « tu les diras pour évoquer Adonaï ». Ce serait bien selon les croyances de ces temps-là, une théophanie d’Adonaï (Yaho, Jéhovah), comme, dans la Bible, il se manifeste sous la forme d’une flamme on feu, d’où la raison qu’on l’aurait assimilé aux Dioscures. Mais cette explication est grammaticalement inadmissible. La signification des noms divins au commencement de la colonne ne me paraît être associée, ni avec la mer, ni à des tempêtes, ni à des napfrages; de plus, la formule est au singulier. Quant au mot A nu/,,

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Le sorcier devait être sur la proue du navire quand il le prononçait. On explique la puissance magique de ce nom en disant que les noms des Dioscures, c’est-à-dire les Dioscures eux-mêmes, sont en lui. On sait, par nombre de. textes bibliques, qu’Adonaï est un dieu qui suscite et qui calme à son gré les tempêtes. C’est une divinité puissante sur les tempêtes ; elle peut détruire ou épargner les navires, mais elle ne les sauve pas. « Les Dioscures étaient considérés comme des protecteurs des navires dans les tempêtes » et « annonçaient la fin des tempêtes en se manifestant par ou sous la forme de flammes brillant à l’extrémité des mâts des navires ».

Nous avons déjà cité des exemples où Adonaï et les

on est presque tenté, par moments, de lire aenun, c’est-à-dire arma (cf. Anna, Jouas, i, 14, et l’arabe ana ). Le mot Anuk est écrit sous une dizaine de formes différentes dans le papyrus (cf. planche, flg. III). Celle qui nous occupe (voy. planche, III, 6, Bull., 1897) serait une sorte de combinaison des formes les plus employées (voy. planche, fig. III); les trois signes qui se trouvent deux entre les signes A et Nu, l’un après le signe Nu, sont écrits d’une manière analogue à la planche Y, lig. 9 (fig. III, 5). Nous avons déjà constaté que la formule contient un certain nombre de fautes paléographiques (voy. Études, p. 381). Il est probable que le mot anuk se trouvait écrit dans un manuscrit que le sorcier copiait tel qu’on le voit à la colonne V, lig. 9 ; le magicien aurait écrit d’abord le signe A, puis copié le reste des signes tels qu’il les voyait, sauf qu’il aurait donné à l’avant-dernier signe la forme qu’on trouve habituellement quand l’A initial est écrit. Anuk « je suis », suivi par le nom d’une divinité (ou des divinités), est le mot habituel, consacré et constamment employé par les sorciers pour s’identifier avec, et pour s’assimiler à une divinité (ou à des divinités), pour l’évoquer (ou les évoquer), et dont on trouve un nombre d’exemples dans les formules des papyrus. Le sorcier aimait beaucoup à insérer des gloses, à donner des justifications aux affirmations, à citer des précédents (voy. Bulletin, 1897, p. 71 et suiv. ; l’origine égyptienne serait conforme au Talmud), cf. Renan, Eglise chrétienne, p. 374). La formule pour empêcher un naufrage n’est qu’un résumé succinct des résultats ; je me propose de revenir sur ces questions en citant des exemples à l’appui des affirmations.

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Dioscures sont invoqués pendant une tempête pour la calmer ; le sorcier1 semble donc avoir bien compris le rôle qu’on attribuait et à Adonaï et aux Dioscures2. Un certain nombre des mentions dans les Notes d’un sorcier attestent qu’on attachait beaucoup d’importance à l’endroit où le magicien devait se trouver quand il profère une formule3. Sur un navire, la place par excellence, l’endroit que les magiciens auraient, indubitablement, choisi pour invoquer une divinité, à l’approche ou pendant une tempête, c’est la proue ; c’est de là que le sorcier devrait proférer la formule destinée à calmer les flots et les vents4 5.

Ainsi, sur mer, à l’approche, ou pendant une tempête, un magicien devrait aller à la proue du navire et, de là, proférer au-devant du cyclone la formule toute-puissante : A/iuk Aclonaï. Alors, selon les croyances de ces temps-là, la tempête devait cesser et les Dioscures, les Malakin de la divinité invoquée, annonçaient, en se manifestant sous la forme de petites flammes au bout des mâts du navire, que tout danger était passé.

Dans une des formules conservées par les Notes d’un sorcier, le magicien invoque Ioanê ou Ioannê. Lors de la lecture de notes complémentaires âmes Études sur la sorcellerie1,

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