‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 237 sur 309 · Actes des Apôtres , xv, 36 et suiv · texte numérisé non relu

Actes des Apôtres , xv, 36 et suiv

4. II Timothée , xv ; II Philàmon , xxiv; et'. Colossiens, iv, 10.

5. I Pierre , v, 13. Pierre appelle Marc, peut-être non sans raison, son fils. Cf. Actes, xii, 12; on l’explique par : «... filius a baptismo» (S anima conciliorum... Pctras papa primas).

et bientôt il fait de nouveau jour. On recueillit alors des souvenirs, des légendes, des traditions relatives à ce qui s’était passé pendant la nuit1, et l’on raconta alors, d’après l’enseignement de saint Pierre à Rome, que saint Marc avait écrit l’Évangile qui porte son nom, puis qu’il était venu prêcher le christianisme en Égypte. Il y aurait fondé l’Église d’Alexandrie, où il serait mort en l’an VIII de Néron2.

Le christianisme se propagea, d’abord, lentement en Égypte : ce ne fut que vers la fin du IVe siècle qu’il y triompha3.

Nous avons vu que, précisément, en ces temps-là, au commencement du IIe siècle, eut lieu la rédaction d’une

1. Voy., à ce sujet, Georges Macaire, Histoire de l'Église d'Alexandrie, p. 21 et suiv.

2. Le récit le plus généralement reçu de nos jours peut être résumé ainsi : « Marcus, discipulus et interpres Pétri, juxta cjuod Petrum refe- » rentem audierat, rogatus Romæ a fratribus, breve scripsitevangelium. » Quod quum Petrus audisset, probavit... Assumpto itaque evangelio » quod ipse confecerat, perrexit Ægyptum, et primus Alexandriæ Chris- » tum annuntians, constituit ecclesiam... Mortuus est autem octavo » Neronis anno, et sepultus Alexandriæ » (Ex catalogo scriptoruni ecclesiasticoruin, t. IV, 2''pa.rt., col. 102; Novu/n Tcstaincntuin , Parisis, mdccclxxix, p. vij et suiv.). Voy. Eusèbe; cf. Sumnia conciliorum , Petrus papa primas; Renan, Vie de Jésus, p. li et lxxxii; et Macaire, Histoire de l'Église d’ Alexandrie. — Grégoire IV siégea de 827 à 844 :

« Sub hoc corpus sancti Marci ab Alexandria a mercatoribus Venetis » in patriam delatum est, ubi nunc maxima veneratione habetur, ex- » structo templo in celebriore urbis loco » ( S uni nia conciliorum, p. 369 et suiv.). Si les morts pouvaient parler et raconter leur passé, celui-là, s’il voulait le dire, surprendrait peut-être bien des gens. Quant à savoir si Jean-Marc, Marc et saint Marc sont trois, deux ou une même personne, les documents font défaut. « Même en admettant l’hypothèse » que Jean-Marc ne serait pas identique à l’auteur vrai ou supposé du » second Évangile, son rôle serait encore très considérable )) (Renan, Les Apôtres, p. 107).

3. Voy., par exemple, Renan, Les Origines du Christianisme ( Les Éoangiles, chap. vin, et cf. le R. P. Georges Macaire, Histoire de l’Église d’ Alexandrie depuis saint Marc jusqu'à nos jours).

sorte de vade-mecum des magiciens qui, comme un rayon de lumière que projette la flamme d’une lampe de sorcier, perce les ténèbres et, en les éclairant d’une lumière blafarde, nous permet d’entrevoir l’effet que produisit en Égypte l’arrivée de la religion naissante.

Si, ainsi que le veut la tradition, saint Marc a fondé l’Église chrétienne en Égypte, on s’attendrait à trouver de ses traces dans l’écrit du magicien. Pourtant le sorcier ne paraît pas connaître Marc, pas plus que l’Évangile qui porte son nom; en tout cas, il n’y fait pas allusion. Toutefois cela n’a rien de surprenant, car, quand les formules du papyrus furent mises par écrit, la célébrité de Marc n’avait pas encore été établie.

L’écrit du sorcier est un véritable fatras. Des magiciens avaient recueilli beaucoup de petits renseignements que l’on comprenait plus ou moins mal. Les noms divins, il était facile de les transcrire, mais les petites phrases ou expressions, on les traduisait et, du moins quelquefois, on supposait que la traduction était soit le qualificatif, ou bien le nom même d’une divinité ; la traduction fut ainsi personnifiée, puis on l’invoqua comme si elle était le nom même d’une divinité. Ce n’est qu’en faisant une analyse des plus minutieuses des formules du papyrus qu’on peut quelquefois reconnaître la provenance de certains passages. Les sorciers paraissent avoir connu l’Ancien Testament, et, on est tenté de le croire, le Nouveau également. Peut-être les passages du papyrus qui semblent être l’écho de ce dernier ontils été inspirés par la tradition ou par l’enseignement oral ; en tout cas, on peut déduire de ces passages des conclusions des plus intéressantes quant aux origines du christianisme en Égypte.

La formule où le fondateur du christianisme est invoqué fournit un bon exemple. En voici une partie: « ... bunsanau-en-iési-éqompto-qêthô 1 », etc. Iési est bien Jésus; en

1. Notes d’an sorcier, colonnes XVII (XIX), 20 et suiv.; IX (X), 25;

supposant que le reste du passage est la traduction de quelque chose se rapportant à lui, on arrive à un résultat intéressant : on peut traduire iési-éqompto-qéthô par : « Jésus » étant un tremblement de terre, autre monde ». On peut se demander si ce passage étrange n’a pas été inspiré par la tradition relative au tremblement de terre qui, dit-on, aurait suivi le crucifiement, et si l’expression « autre monde » ne se rapporterait pas, soit à la résurrection, soit au renouvellement du monde que les premiers chrétiens croyaient proche. Toutefois il est question du tremblement de terre dans l’Évangile dit de saint Matthieu' et non pas dans celui de saint Marc.

Nous avons vu que les sorciers invoquaient « notre Père qui es aux cieüx ». Si c’est une citation, elle serait d’après l’Évangile dit de saint Matthieu 2, et non pas d’après celui de saint Marc; mais cette expression doit avoir été très populaire parmi les premiers chrétiens, et les sorciers ont dû l’avoir souvent entendu prononcer.

L’invocation ncisira « Nazaréen » serait aussi d’après l’Evangile dit de saint Matthieu.

Nous avons vu que Jésus, Jean et Pierre sont invoqués par des magiciens. Jean est invoqué une fois. En admettant que l’écrit du magicien soit un témoin fidèle des croyances, des connaissances qu’on avait du christianisme quand il fut rédigé, on dirait volontiers qu’on venait de prendre connaissance de saint Jean, et que l’écho de sa célébrité venait d’arriver en Égypte. Il est bon de rappeler que l’Évangile

cf. VII, 6 et suiv., et XVIII (IX), 16 et suiv. Peut-être faudrait-il lire : « iesié-qomto ». Les expressions « étant un tremblement de terre » ou « tremblement de terre », et « autre monde », sont évidemment des traductions de quelques expressions que des sorciers avaient recueillies, mais elles sont ici personnifiées et invoquées comme si elles étaient des divinités, comme l’expression « étant dans les deux ».

1. Matthieu , xxvii, 51 ; xxvm, 2. Cf. Marc , xv, 38, et Luc, xxm, 45.

Page 1