‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 251 sur 309 · LA STÈLE DE MERENPTAH · texte numérisé non relu

LA STÈLE DE MERENPTAH

a parler des hauts faits du roi contre les Asiatiques, il n’était plus qu’un vieillard qui bégayait'.

Ainsi, il paraît bien que la guerre contre les Libyens, dont il est question aux 25 lignes et un tiers de la stèle de Merenptah, est bien de l’an 5, mais que le passage final, les deux tiers de la ligne 26 et les lignes 27 et 28 entières, dans lequel est une mention d’Israël, furent rédigés et gravés plus tard, à une époque indéterminée, sous la souveraineté de Merenptah; par suite, les allusions historiques qui se trouvent dans ce passage peuvent être rapportées à un temps quelconque après l’an 5. En tout cas, il ressort clairement de la mention, qu’au temps de Merenptah Israël résidait hors de l’Égypte et était encore à l’état d’une tribu.

1. Observations. — En haut de la stèle, les signes, les figures, les six premières lignes et une partie de la septième sont remplis d’une matière jaune qui fait ressortir les figures et signes ; la pierre où sont gravées les 25 premières lignes n’est pas aussi bien égalisée qu’aux lignes 26, 27 et 28 où se trouve le passage final. Sur l’autre côté de la pierre on voit également des retouches. Le texte avait été gravé sous Aménophis III ; le nom d’Amen, à divers endroits, fut donc martelé, puis regravé (on le voit un peu plus profondément creusé dans la pierre). Le fait qu'au passage final la pierre est autrement dressée que là où est gravé le récit, empêche même de penser que ce passage aurait été peu soigné accidentellement.

LE

Aux temps premiers, « le noyau primitif » de l’Église chrétienne employait comme langue l’hébreu; ce ne fut que plus tard qu’on se servit du grec1 2. Nous avons vu que le christianisme3, en Égypte, que nous font connaître les textes démotiques, se servait de l’hébreu, et par suite se rattachait au vieux fond, à la communauté primitive, indiquant que la religion nouvelle avait été annoncée dans la vallée du Nil bien avant la propagande grecque dite de saint Marc4. Il y aurait intérêt à serrer la question encore de plus près et à essayer de déterminer quand, où et par qui y fut, pour la première fois, annoncée « la bonne nouvelle ». Quand même on ne saurait résoudre ces questions avec une certitude absolue, on peut, du moins, faire une hypothèse

1. Publié dans le Bulletin de l’Institut égyptien , nouvelle série, 1899, t. X.

2. Renan, Les Apôtres , p. 110. Il est probable qu’assez longtemps après l’an 40 on continua, dans diverses communautés, à parler l’hébreu.

3. La désignation « chrétienne » ne devait pas être appliquée au « noyau primitif », mais elle fut employée de bonne heure. Voy. Act. Apostolorum, xi, 26; cf. Renan, Les Apôtres, p. 234.

4. Voyez, à ce sujet, Neale, A Historg of tlie Holg eastern Church, t. I, p. 4 et suiv., et mes Études sur la sorcellerie dans le Bulletin de l'Inst. èggpt., 1897, 1898 [; cf. p. 355-371, 374-379, 389-394, du présent volume).

des plus séduisantes qui paraît être très bien appuyée par des documents égyptiens.

On sait combien les magiciens furent préoccupés de la religion nouvelle et on ne sera pas surpris de trouver dans leurs écrits quelque trace de celui qui, le premier, leur aura fait connaître la religion naissante.

Dans les Notes d’un magicien1 se trouve, trois fois, une formule qui devait être prononcée sur une coupe de vin; une fois il y est question de saint Jean, mais dans toutes il y est fait mention d’une personne qui paraît bien être Philippe2.

1. Publiées par Hess, Der gnostiche Papyrus von London , Leemans, Le papyrus domotique n° 65 du Musée de Le y de (Monuments égyptiens du Musée d’antiquités des Pays-Bas à Leyde); analysées et commentées dans mes Études sur la sorcellerie ou le ijôle que la Bible a joué ches les sorciers, dans les Mémoires de l’Institut, égyptien , t. III, fasc. IV. Cf. Bulletin de l'Institut égyptien , 1897, avril et novembre; 1898, février et avril [; p. 353 371, 374-379, 389-394, du présent volume].

2. Mon étude Les débuts du christianisme on Egypte, dans le Bulletin de l’Institut égyptien, novembre 1897. Il est vrai que dans aucun des exemples le nom de Philippe n’est bien écrit et qu’il ressemble un peu à Philémon, mais le contexte « sorcier, Samaritain », s’oppose formellement à cette correction, et on reconnaît qu’il s’agit de Philippe l’évangéliste, on voit bien que c’est une transcription de son nom; d’ailleurs il est associé avec Jean (cf. Act. Apostolorum, vin, 14). La forme que donne le papyrus serait l’accusatif de «I> iXctctco^, ce qui donne à réfléchir : Pètéri ressemble au génitif latin Pétri ( Reçue égyptologique , t. IV, p. 12, et cf. la tradition qui voudrait que saint Marc soit venu en Égypte de Rome), mais nous préférons voir un équivalent, du vocatif grec de llézpo;, et on peut se demander s’il n’en est pas de même pour ioanè ou ioanné (( Jean » (?). Quant au nom de Jésus Trjao-j;, les vocatif, génitif et datif sont Tv)<rou et l’accusatif Tv^o-jv (Jésus, Jesu, Jesum). Les deux transcriptions s et ts montrent bien qu’il s’agit de la transcription du slùn hébreu et non pas du o- grec ; de plus, les passages où se trouvent les noms de Jésus et de Jean sont hébreux, et par suite les noms de Jésus et de Jean sont bien des transcriptions de l’original sémitique de ces noms. Voyez mes Etudes sur la sorcellerie dans le Bulletin de l’Institut égyptien, 1897, 1898. Nous laisserons de côté, pour le moment, la question de savoir si l’apôtre Philippe est un autre

Voici une traduction de la formule1 : « (La) bénédiction (du) Samaritain Philippe (et de) Yaho-Sabaoth, saipounitlias »; puis, autrement dit : « Je suis (la) bénédiction (du) sorcier samaritain Philippe (et de) Yaho-Sabaoth, sclsupounitha ». La version de la colonne XXVII (XVII), corrigée d'après celle de la colonne XXVIII (XIX), peut être traduite : a Je suis (la) bénédiction (du) sorcier samaritain Philippe, je suis Jean Sabaoth, sasupunithi ». Le but de la formule est qu'une personne aime une autre, et la formule elle-même se termine par un mot étrange, qui, en comparant les exemples entre eux, paraît devoir être lu satpoumtha. On croit y reconnaître la racine hébraïque sapctn a cacher », mais on se rappelle comment est raconté dans la Genèse- que « Pharaon appela le nom de Joseph sapenathpctneah »; or, les consonnes du mot du sorcier correspondent à celles de la première partie du nom qui, dit-on, fut donné à Joseph. Il est très probable que les magiciens transcrivirent ce nom et qu’ils l'employèrent comme un nom, ou dans des formules magiques. Mais ce qui nous intéresse davantage, c’est qu’il s’agit de « Philippe », d’après, en quelque sorte, l’état civil, qui est décrit « sorcier samaritain » ; il est même associé avec saint Jean3. Pour se rendre compte du fait que Philippe est célèbre chez les magiciens d’Égypte, au premier siècle, il suffit de jeter un coup d’œil sur les origines du christianisme.

« La persécution de l’an 37 eut. . . pour conséquence une

que Philippe l’évangéliste (voy. les observations de Renan, Les Apôtres , p. 151 et suiv.). Notons toutefois que Philippe l’apôtre est dit être de Bethsaïda, en Galilée (Jean, i, 44 ; xii, 21) ; dans le papyrus, Philippe est dit être Samaritain, et peut-être avait-on raison (quant à Philippe l’évangéliste), parce qu’on peut croire qu’il vint en Égypte de Samarie. Peut-être les diverses mentions contiennent-elles des souvenirs de Philippe l’apôtre et de Philippe l’évangéliste.

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