Maspero, Histoire ancienne , p
3. Pourtant le mystère qui plane sur son origine et sur son sort, puis le fait que sa momie paraît manquer (mais peut-être se serait-elle perdue par un accident quelconque) fait penser que, peut-être, on le considérait comme un usurpateur. On peut supposer qu’il était de famille noble ou un homme du peuple qui aurait obtenu une influence, et les prêtres d’Amen se sont servis de lui pour aider à rétablir le culte d’Amen, puis l’ont abandonné ou se sont débarrassés de lui (lorsque Ramsès I” parvint au trône). Voyez Maspero, Histoire ancienne, p. 212 et suiv.
4. Voyez Maspero, Histoire ancienne , p. 273-289. Il est probable que la plupart d’entre eux n’ont jamais régné; leurs momies, par suite, n’ont pas été honorées par la protection des prêtres d’Amen.
5. Voyez Maspero, Histoire ancienne , p. 288, 354, etc. On peut expliquer l’absence de sa momie de diverses manières ; peut-être serat-il mort et aura-t-il été enseveli loin de Thèbes, ou sa momie aurat-elle été détruite, peut-être est-elle parmi celles non encore identifiées.
6. Voyez Maspero, Histoire ancienne, p. 414. Bien entendu, les momies des rois tanites de la XXIe dynastie manquent. Ces rois, à l’origine du moins, furent loin de Thèbes et furent considérés comme étant plus ou moins des adversaires du culte d’Amen.
uns des derniers Ramessides, et de Ra-men-kheper soient parmi les momies trouvées à Deïr el-Bahari, au tombeau d’Aménophis II, ou parmi celles des prêtres d’Amen, et qu’on ne les ait pas encore reconnues.
Une des momies trouvées avec les momies royales à Deïr el-Bahari est intentionnellement anonyme. Il semble bien que la personne soit morte empoisonnée; puis, pour maudire son âme dans l’autre monde, on a cousu son corps dans la peau d’un mouton, et on l’a mis dans un sarcophage probablement usurpé, mais, en tout cas, on s’est abstenu d'y inscrire son nom ou la moindre indication qui révélerait son identité1. Mais, lorsque, pour les sauvegarder, on réunit et on cacha les corps des souverains de l’Égypte, on se souvint de celui-là et son corps' fut mis soigneusement avec ceux des potentats. Tous ces faits indiqueraient qu’il avait été un personnage fort important, difficilement un prince. Il est vrai qu’un prince peut bien avoir été assassiné pour une cause politique quelconque, mais maudire son âme est une vengeance du clergé contre un adversaire de la religion, un prince n’aurait pas eu l’autorité nécessaire pour être un adversaire bien dangereux du culte d’Amen et, par suite, pour avoir attiré sur lui une haine atroce du sacerdoce. La momie doit donc être celle d’un roi ennemi du culte et du sacerdoce d’Amen, mais de quel roi? Quant aux rois dont les corps paraissent manquer, assurément on n’a pas de raison de croire qu’on aurait cherché à maudire l’âme d’Amenmésès, non plus que celle d’un des derniers rois de la XXe dynastie, encore moins celle d’Hor-em-heb ou de Her-hor ; enfin, Ra-men-kheper fut un grand prêtre d’Amen
1. Le sarcophage fut, peut-être, celui d’une femme (ou fut destiné à une femme). Voyez Virey, Notice sur les Monuments du Musée de Gizeh ; Maspero, Les Momies royales, dans les Mémoires de la Mission française au Caire ; Contes populaires (roman de Sinouhit), etc. Cf. mon étude, La fdle du Pharaon, dans le Bulletin de l’Institut égyptien, 1895-1896 [; cf. p. 273-319 du présent volume].
lui-même. Il ne reste donc que les derniers rois de la XVIIIe dynastie; mais, sauf un seul d’entre eux, ils ne paraissent pas avoir été des ennemis acharnés du culte d’Amen. On peut même croire qu’il y eut entente entre eux et le clergé; on comprend bien que les prêtres d’Amen ne se seraient pas préoccupés de sauvegarder les corps de ces rois, mais la haine du clergé contre eux dut être arrêtée au seuil de leurs tombeaux. De tous ces rois il ne reste donc qu’un seul, Khou-en-aten. Il serait bien intéressant que la momie anonyme fût celle du grand adversaire du culte et du sacerdoce d’Amen1.
Le tombeau d’Aménophis IV a été détruit. Son sarcophage a été brisé, peut-être, en cinq cents fragments, par ou à l’instigation des prêtres d’Amen ; il paraît qu’il y avait des fragments d’étoffe dans le tombeau, ce qui porterait à croire que sa momie fut détruite2, mais rien ne nous prouve que Khou-en-aten y fut jamais enseveli. De plus, la destruction de son corps n’aurait fait, selon les croyances de ces tempslà, que tuer son âme dans l’autre monde, ce qui n’aurait pas suffi à apaiser la rage du clergé contre lui; il leur aurait fallu maudire son âme, dans l’autre monde, pour tout le temps et l’éternité. C’est bien sans nom ou sans aucune indication qui révélerait son identité, soigneusement conservée par les prêtres d’Amen, mais cousue dans une peau de mouton et dans un sarcophage probablement usurpé, en tout cas sans un nom sur lui, qu’on devra trouver la momie de Khou-enaten3. Il paraît bien que le personnage dont la momie est anonyme serait mort empoisonné ; il est possible qu’Aménophis IV ait été assassiné par ou à l’instigation des prêtres
1. Voyez mes observations dans le Bulletin de l’Institut égyptien , 1898, p. 238, etc.