Communication verbale de M. Barsanti
3. Peut-être fut-on, en quelque sorte, fasciné d’horreur par lui (comme un oiseau par un serpent) ; on le détestait trop pour détruire son corps, mais on le garda et on maudit ainsi son âme.
d’Amen. Peut-être le jour viendra-t-il où le voile qui couvre l’identité de la momie anonyme sera levé, et alors on saura qui il fut ; mais, en tout cas, pour le moment, aucune identification n’est plus plausible que de reconnaître que c’est celle du grand adversaire du culte et du clergé d’Amen, le roi Aménophis IV, c’est-à-dire Khou-en-aten 1 ,
Il y a des jours dans la vie, même des plus tristes, qu’on aime à se rappeler et à dire : « Alors je fus heureux », et de même que la vie d’un homme est celle d’un peuple. Des chagrins du présent font oublier ceux du passé, et on se plaît à se rappeler les gloires d’autrefois ; chez les Égyptiens on supposait, comme des réminiscences d’enfance, qu’il y avait eu, dans un passé lointain, un temps de parfait bonheur. Bien plus historiques furent des souvenirs des hauts faits et gestes des IVe, Ve et VIe dynasties et de même les gloires des temps de la XIIe dynastie, mais aucune époque dans l’histoire des anciens Égyptiens, même dans l’histoire du monde, n’a autant ébloui tous les peuples, et cela même jusqu’à ceux de nos jours, que les gloires, plus fictives que réelles, des règnes de Ramsès II et de Mer-en-ptah.
Jadis il y avait une croyance qu’aussi longtemps que le souvenir d’une personne durait sur la terre, son âme vivrait dans l’autre; la mémoire d’une personne était, en quelque sorte, inséparablement associée avec son âme. Quant a Khouen-aten, il est loisible de croire que les prêtres d’Amen, pour maudire son âme dans l’autre monde, auront gardé
1. Le visage de la momie ne paraît pas correspondre bien à celui de Khou-en-aten, tel qu’on le voit dans les représentations de ce roi, mais où il a été, peut-être, changé. — A ce sujet, voyez Maspero, Histoire des peuples de l’Orient classique , t. II, p. 325, 326 et 330 (et illustrations) ; cf. Mémoires de la Mission archéologique française au Caire , t. I, p! 550, etc., et pl. IX. J’espôre revenir sur ce sujet.
sa momie cousue dans la peau d’un mouton et dans un sarcophage qui n’était pas à lui; afin de ne pas réveiller sa réminiscence, pour que sa mémoire fût oubliée, on n’y aura pas tracé son nom. Quant à Mer-en-ptah, au contraire, sa momie a été soigneusement conservée, ornée de fleurs, et son nom, Ba-en-ra, qui l’assimilait au soleil et lui promettait de vivre éternellement, fut tracé sur le linceul, audessus de la place où fut son cœur. Le roi briguait l’immortalité; après plus de trois mille ans, sa mémoire est encore bien vivace et florissante. Aujourd’hui, il sort du tombeau en personne, son corps durera pour des siècles, mais on se souviendra, pendant bien des milliers d’années encore, du roi Mer-en-ptah Ba-en-ra.
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