‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 78 sur 309 · ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE

Les anciens Égyptiens disaient à propos de l’origine du Nil5 : « N’est pas connu son lieu : (on) ne trouve pas (ses) retraites au moyen des écrits magiques1 2 3. »

Ces sources du Nil furent inconnues des anciens. Tandis que l’Institut égyptien s’intéresse à la solution de ce problème, qui a embarrassé des savants depuis bien des siècles, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de faire une étude en quelque sorte corrélative, ayant pour but de rechercher le prototype et d’écrire l’histoire du mot qui a donné naissance aux noms employés dans nos langues modernes pour désigner le fleuve dont l’Égypte est le don.

On est assez généralement d’accord, à déclarer que les noms usités dans les langues européennes pour désigner le fleuve ne sont que des variantes et se rattachent par filiation

1. Communication faite à l’Institut égyptien dans la séance du 4 novembre 1892; publiée dans le Bulletin , 3e série, t. III, p. 165-175, avec tirage à part.

2. J’espère que les mots transcrits en lettres latines seront reconnaissables. Pour la transcription de l’hébreu, voir, par exemple, Preiswerk, Grammaire. Je transcris Yalcph tantôt par a, tantôt par ’, hc par h ou tet et tac par t., ain par 5C, phè toujours par p., et semck, sin par shin par s.

3. Papyrus Sallier 11 , 12, 8, et Anastasi Vil , 9, 2; voir Guieysse, Hymne au Nil, dans le Recueil de Travaux , et Pierret, Dictionnaire d'archéologie égyptienne, au mot Nil.

LE NIL

au nom employé par les textes grecs, Néilos, lequel serait lui-même la transcription du sémitique nâ’ar (nâru, cf. nahar, etc.), fleuve1 2. Pourtant des objections graves s’opposent à la dernière hypothèse. Admettons que le mot Néilos puisse correspondre à une transcription de naâr, la terminaison os étant ajoutée; admettons même que les Sémites, en parlant leur langue entre eux, aient employé le mot naâr comme nom commun : on ne voit aucune cause qui aurait engagé les Grecs à adopter ce mot comme nom propre du fleuve d’Égypte. Au contraire, il serait bien plus naturel de supposer qu’ils auraient choisi soit un mot de leur langue, ou bien, mieux encore, qu’ils auraient adopté une désignation populaire des Égyptiens.

Les textes des anciens Égyptiens font connaître plusieurs noms par lesquels on désignait le fleuve. Hâpi était le nom sacré. lama , hébreu, yâm « mer », était employé dans la langue littéraire. Atul — atur* servait comme désignation topographique, ou plutôt hydrographique; aal = nul en était le nom populaire, et iuoul, la forme vulgaire3.

Le nom atul = atur, dont le sens verbal paraît avoir été « couler » 4, se trouve usité dès les plus hautes époques. Il est

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