‹ ŒuvresChapitre 82 sur 96 · LE VIEUX MUR · texte numérisé non relu

LE VIEUX MUR

Le vieux mur est usé et ploie ainsi qu'un homme; Jadis il se chargeait d'un poids rouge de pommes : Un espalier géant s'attachant à ses clous. Il défiait le gel, la pluie et les vents fous; L'été, quand le travail des champs bout et halète. Luisaient au plein soleil ses tuiles violettes. Et le grain de sa brique était de sang et d'or. Maintenant, il est las et mordu par la mort; Un tonnerre lointain l'ébranlé et l'intimide; Des insectes visqueux peuplent ses joints humides; L'arbre qu'il élayait s'écorce et se détruil, Le vers mange la feuille et la guêpe le fruil. La joubarbe, l'orpin, l'aigremoine et l'ortie Ont pris racine en ses pierres désassorties; D'un Irou large et brutal son flanc est traversé: Un de ses contreforts a chu dans le fossé. Il est morne et couvert de lèpres et de taies Et le plâtre s'écaille autour de ses cent plaies.

Mais ceux qui l'ont connu, au temps de sa vigueur, L'ayant vu tous les jours, ne voient pas sa ruine; Ils s'assemblent en juin sous sa longue fraîcheur, Au tournant du chemin qu'il borde et qu'il domine: Ils regardent la plaine et se parlent longtemps; Le mur écoute en eux la voix des anciens temps. En août, aux jours joyeux des kermesses paillardes, Filles et gars, longtemps, dans la nuit s'y attardent. Soit aux billes, soit au cerceau, chaque jeudi. Les enfants de l'école y jouent l'après-midi. L'été durant, le mur appelle, accueille, invite : Même en automne, encor, les plus vieux s'y abritent, Le soir, pour voir rentrer, de loin, les fourrageurs Et leurs grands chars bougeants, pleins d'ombre et de lueurs, Qui lentement, là-bas, par les routes circulent Et semblent charrier, Veis les hameaux pacifiés, Les blocs croulants du crépuscule.

AxMOURS

Voici le dernier mois vermeil :

Lunes rouges, pourpres soleils.

Et bellement, le long des haies, Comme des clous, pointent les baies; Et brusquement c'est le coq clair, Qui déchire d'un spasme et d'un éclair Et d'un grand cri de violence Le mol silence Dont les voiles pendent et s'affaissent dans l'air.

Et c'est le temps aussi où les servantes, Le soir, en des vergers assombris d'or. Offrent aux valets lourds l'aubaine ardente Et la kermesse de leur corps.

L'élé ils s'assaillaient parmi les champs superbes, Là-bas, au coin des bois, ici, au pied des gerbes; Mais aujourd'hui l'amour se mélange à la peur; La ferme est là qui inquiète et des lueurs Bougent et regardent, de loin, dans les villages ; Aussi, bien qu'on se pille et se saccage, Rien de s'entend du triomphal combat; Les dents mordent les crins, les pieds mordent la terre, Comme un flux de bonheur s'épand en chaque artère. On s'écrase le spasme à coups de baisers gras î Oh ! cet étoufïement et ces luttes muettes, Et ces amours d'autant plus fous, d'autant plus forts. Que leur ardeur est plus fermée et plus secrète. Au fond des vergers noirs et des herbages d"or. L'air est complice et doux; dss brumes ilottenl: Le veiil so bombe et s'apaise comme un désij-.

Pour se gonfler encor et puis mourir; Unique, un cri s'entend, de pie ou de hulotte.

Lunes rouges, pourpres soleils.

Oh ! ces heures du dernier mois vermeil.

Et la fête ne s'alentit et ne s'achève Qu'à l'heure oii le matin se lève Et s'essore des langes clairs de l'aube; La plaine alors, étincelante d'or.

Brille, de toutes les fleurs de sa robe :

Les bois, les toits, les eaux Semblent de la clarté mise en faisceaux. Et lentement, filles et gars reviennent A leurs besognes quotidiennes; Les uns mènent vers les labours Le pas massif des chevaux lourds; Et les autres, la chair encore en fête.

Partent traire et soigner leurs bêtes

Et grappillent et caressent, longtemps Encor, les pis que leur tendent les flancs

Fermes et chauds du bétail blanc.

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